Les délocalisations détruisent-elles vraiment l’emploi industriel ?

INFAUX. L’usine Whirpool d’Amiens déménage en Pologne. Marine Le Pen brandit souvent cet exemple pour proposer la taxation à 35 % des produits des entreprises françaises qui délocalisent leur production. Sauf que si l’on regarde les chiffres, ce ne sont pas vraiment les délocalisations qui ont mené à la suppression de plus de deux millions et demi d’emplois industriels depuis les années 1970.

 

Dans son meeting en terre ouvrière à Lille le 26 mars dernier, Marine Le Pen a défendu sa réforme de taxation des entreprises. L’impôt à 35 % pourrait selon elle « faire réfléchir à deux fois les entreprises » qui plient bagage et laissent sur le carreau leurs anciens ouvriers. Mais ces délocalisations, argument clé de son « patriotisme économique », ne sont pas les vraies coupables du déclin industriel.

Pour comprendre, il faut plutôt regarder du côté des gains de productivité. La productivité désigne la quantité de travail nécessaire pour produire une certaine quantité de biens ou de services. Les gains de productivité permettent donc de produire davantage en travaillant moins. Or, depuis 30 ans, ils sont bien plus importants dans l’industrie que dans les autres activités. Entre 1995 et 2015, la productivité a augmenté de 3,4 % par an en moyenne, contre 1,4 % seulement pour l’ensemble des activités économiques. Un écart bien plus important qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne, qui explique la baisse des emplois industriels en France.

Selon la direction générale du Trésor, les gains de productivité sont responsables de la perte d’un emploi sur trois entre 1987 et 2007, et de plus d’un sur deux entre 2000 et 2010. La robotisation et les nouveaux modes d’organisation sont donc les premiers responsables de la baisse de l’emploi ouvrier, notamment pour les postes faiblement qualifiés.

Dans la disparition des emplois industriels, la robotisation a un complice de poids : l’intérim. Un emploi industriel sur quatre supprimé entre 1980 et 2007 a en réalité été confié à des travailleurs intérimaires. Dernier constat : le déclin de l’industrie française est effectivement lié à la concurrence de pays où le coût de la main- d’œuvre est plus bas. Mais ces emplois sont captés par des industries locales qui sont désormais en mesure d’exporter de larges gammes de produits vers la France. Et non plus des entreprises françaises qui auraient délocalisé une partie de leur production.

Des pays comme la Chine et l’Inde disposent aujourd’hui d’industries technologiques à forte valeur ajoutée, largement capables de concurrencer l’industrie française, dans la fabrication de pièces pour les téléphones par exemple. Ce ne sont pas les propriétaires du dernier smartphone Huawei qui diront le contraire.

 

Mahaut Landaz


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