Mise au point sur… la sortie de l’euro

Ligne de fracture à gauche comme à droite, jamais la question européenne n’aura autant pesé sur une élection présidentielle. Une potentielle sortie de l’euro a son lot important d’enjeux.

 

Quelles conséquences concrètes sur l’économie française ?

Les adversaires de la sortie affirment que la crédibilité de cette monnaie serait à reconstruire. Selon eux, les taux d’intérêt auxquels emprunte la France, mais aussi les ménages et les entreprises, augmenteraient mécaniquement. Le prix des importations risque d’augmenter également puisque le pays ne bénéficiera plus d’une « monnaie forte ». Pour finir, la sortie de l’euro précipiterait la France dans une zone de turbulence aux conséquences inconnues et difficiles à anticiper.


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Pour les partisans de la sortie de l’euro, la France retrouverait sa souveraineté monétaire. L’État pourrait donc régler son déficit budgétaire par émission de monnaie et par inflation – ce que la Banque centrale européenne (BCE)  interdit aujourd’hui. Grâce à la dévaluation du franc par rapport à l’euro, les entreprises gagneraient en compétitivité et pourraient exporter plus, ce qui améliorerait leur carnet de commande. Une telle situation favoriserait peut-être le marché de l’emploi et une relance de l’économie par la consommation. La baisse du coût du travail ne serait plus obtenue par une baisse des salaires. A condition que les Français se tournent massivement vers le marché intérieur pour consommer du made in France.
 
Quel est le lien entre le fonctionnement de l’euro et l’austérité ?

À travers les traités qui en régissent le fonctionnement, l’euro impose une politique monétaire unique à dix-sept pays dont les économies sont hétérogènes. Or, un taux de change unique ne peut fonctionner correctement que si la situation est la même partout. Ce qui est loin d’être le cas depuis la crise des dettes souveraines en 2011. En temps de crise donc, l’euro ne fonctionne pas car il interdit aux pays qui en ont besoin de dévaluer leur monnaie. C’est le transfert de souveraineté que critiquent certains candidats et que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne résume ainsi : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». La baisse des salaires devient donc le seul moyen de gagner en compétitivité.


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C’est alors le début d’un cercle vicieux puisque l’austérité qui résulte de la dévaluation sociale conduit à la baisse du pouvoir d’achat et à la hausse du chômage. En effet, les entreprises préférent s’installer dans les pays les plus attractifs au niveau des cotisations sociales et de la fiscalité. De plus, l’indépendance de la Banque centrale européenne et sa politique contre l’inflation interdisent de financer la dette publique sans passer par les banques privées. Si cette politique favorise les retraités et les épargnants, qui représentent une grande part de l’électorat allemand, elle asphyxie les pays endettés dont la population est relativement jeune, à l’image de la France.
 
Peut-on changer le mode de fonctionnement de l’euro ?

Il est aujourd’hui difficile de proposer une réorientation de l’euro. Très difficile, mais pas impossible. Par exemple, pour engager les travaux sur un parlement de la zone euro, la majorité simple suffit. Engager un nouveau projet est donc une procédure assez simple. C’est l’adoption des textes qui se révèle bien plus délicate. L’unanimité est requise pour toute décision majeure. Comme l’explique l’économiste Thomas Piketty – soutien de Benoît Hamon, « sur la fiscalité, il suffit d’un veto du Luxembourg pour tout bloquer ». Les ministres de la commission veillent aux intérêts particuliers de leur pays respectif. Un compromis se révèle souvent compliqué. Comment imaginer l’Allemagne d’accord pour changer des règles qui favorisent une grande partie de sa population et de ses entreprises ? Sur la monnaie, par exemple, l’Allemagne tient à l’indépendance de la BCE, seule institution capable de maintenir l’inflation à moins de 2 %. Réorienter le fonctionnement de la BCE se heurterait donc au véto allemand à chaque fois.

 

Yassine El Azzaz


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