À Lille : les militants à la chasse aux indécis

Tractage, “boîtage”, collage, le vocabulaire est rodé pour les militants. Fatigués mais motivés, ils donnent tout pour le dernier sprint à trois jours du premier tour de l’élection présidentielle. Dans cette campagne numérique, le terrain reste la clé pour convaincre les indécis.

 

Ils sont cinq insoumis, professeur de philosophie pour certains, étudiant pour d’autres, tracts de “Jean-Luc” sous le bras, prêts à commencer le porte à porte dans le quartier du Faubourg de Béthune, à Lille-Sud. La bande de militants coupe à travers les terre-pleins pour demander à quatre jeunes du quartier où se trouve l’entrée du bloc. La discussion s’enclenche sur l’enjeu de dimanche prochain. « Moi, Mélenchon ou les autres, c’est tous les mêmes » lance l’un d’eux. Son voisin tire une nouvelle fois sur son joint. « Mais il veut légaliser le cannabis aussi. Comme ça la police arrêtera de vous embêter », explique Samy, militant depuis plus d’un an. Tout le monde éclate de rire, même si les quatre jeunes du quartier haussent les épaules en soupirant.

 

Opération porte à porte au Faubourg de Béthune pour les militants de la France insoumise. Photo : Q. DUVAL

 

Porte close de la France indécise

C’est toujours la même technique pour ces militants. Ils montent par groupes de deux ou trois dans l’ascenseur étroit, direction le 11ème étage. Chaque groupe se sépare pour frapper à toutes les portes, qui restent souvent closes, même si l’on entend du bruit à l’intérieur des appartements. Sur plusieurs étages, les tracts sont coincés entre la porte et le mur. « C’est rassurant, ça veut dire que les gens travaillent » lance Nicolas, insoumis depuis février 2016.

Sur plusieurs étages de nombreuses portes restent closes. Photo : Q. DUVAL

Parfois une porte s’ouvre. Ici, un habitant essaye de comprendre ce qui se passe dimanche avant d’avouer qu’il ne peut pas voter n’étant pas français. Au dixième étage une femme de 55 ans explique que son cœur balance pour Emmanuel Macron. Elle n’aime pas le programme international de Jean-Luc Mélenchon. « Madame, Madame, je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites. Vous avez internet Madame. Je vous invite à voir le reportage de Gérard Miller sur M. Mélenchon » argumente Issa. « Oui mais j’insiste, il copine avec Poutine », rétorque-t-elle. « Lisez cette partie du programme, nous proposons le droit de vote aux étrangers. Jean-Luc Mélenchon est le seul à soutenir les plus pauvres » : les arguments s’enchaînent, s’adaptent au public, dans l’espoir de convaincre ces précieux indécis.

 

« Madame, un tract de François Fillon
— Ah sûrement pas ! »

 

En bas de l’escalator de la gare Lille Europe, ils ont entre 16 et 21 ans et soutiennent François Fillon et sa “Volonté pour la France”. « Madame, un tract de François Fillon »,  « Ah sûrement pas ! »,  parfois les réponses sont cinglantes quand ce n’est pas le bruit du papier déchiré. Ils sont jeunes mais ils encaissent. Louis, Emma, Loïc, Pauline et Louis ne perdent pas espoir de voir leur candidat gagner alors que « les médias ont détruit leur campagne ».

Loïc Duhanez est coordinateur du mouvement des jeunes socialistes à Lille. Pour lui, « les gens les plus difficiles à convaincre sont ceux qui ont voté PS toute leur vie mais ont très mal vécu le vote de 2002. Ça les a déstabilisés, ils ont peur ». Une peur qui peut conduire au vote Macron.

 

Parcours du combattant

À la station de métro Gambetta, Loïc Duhanez ne distribue pas de tracts. Ce serait trop risqué, car il est seul. « Je pense que vous êtes au courant du meeting de Benoît Hamon place de la République à Paris », explique le jeune homme. Ses camarades sont à Paris. Militant, c’est aussi prendre des risques. « Il y a trois ans on s’est fait courser par des fachos », raconte le jeune militant.

Dans cette guérilla, les pratiques sont parfois sournoises. « C’est fréquent qu’on retrouve du verre pilé dans des affiches » expliquent les jeunes militants LR.

« C’est le FN qui fait ça ! »
« 
Non, ils le font tous. »

Les insultes, les coups dans le paquet de tracts ou encore le risque de se faire « casser la gueule », les craintes sont nombreuses pour ceux qui bravent l’inconnu.

 

À l’école du militantisme

Le porte à porte est au cœur de la campagne de Benoît Hamon. « Pour déclencher un vote, il faut quatorze portes », assure Loïc Duhanez. Sous son costume ajusté et ses lunettes de soleil, le jeune étudiant en droit de 22 ans porte fièrement son titre de coordinateur au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) même si il ne « conçoit pas la politique comme une carrière ». Pour le soutien de Benoît Hamon, le militantisme est l’occasion de « partager avec les gens mes valeurs, c’est un engagement ». Avec la candidature de Benoît Hamon, près de 40 personnes sont devenues militantes, après une courte formation sans « formater l’esprit », précise Loïc Duhanez.

« Je suis militant depuis très longtemps » raconte Loïc Carlier, à seize ans le lycéen a déjà passé deux ans chez les jeunes Les Républicains. Cette année, il milite pour la première fois pour un candidat.

Pauline arrive un peu en retard. « Bonjour, je viens pour le… tractage », lance t-elle un peu essoufflée. À tout juste vingt ans, elle participe à son premier tractage, faute de temps entre sa formation d’assistante sociale et son travail le week-end.

Nicolas, professeur d’Histoire dans le bassin minier profite des vacances scolaires pour militer un maximum. Photo : Q. DUVAL

Chez les insoumis, les nouveaux militants ont davantage la trentaine. Déjà convaincus par Jean-Luc Mélenchon en 2012, ils ont rejoint la France insoumise depuis quelques mois. « Plus de 100 comités insoumis se sont créés dans les Hauts-de-France » explique Adrien, candidat de la France insoumise pour les élections législatives.

Les jeunes militants LR distribuent les tracts de François Fillon.

Les jeunes militants LR distribuent les tracts de François Fillon. Photo : Q. DUVAL

En marche souple

Chacun est libre de distribuer les quelque 300 000 tracts de JLM 2017, qu’il faut recommander tous les quinze jours.
« On a vu des gens distribuer des tracts sans être dans un groupe d’appui », poursuit Adrien. La souplesse est de mise dans ces nouvelles formes de militantisme. Des “Hamons-apéros”, aux criées des insoumis dans le métro – des prestations théâtralisées pour aborder le programme de Jean-Luc Mélenchon –  chacun joue l’originalité.

Arnaud quant à lui, n’est pas novice en politique. Après six ans au PS, le cadre trentenaire défend désormais le mouvement En Marche !. Devant la gare Lille Flandres, les marcheurs distribuent le programme d’Emmanuel Macron.

 

« Moi je voulais bien tracter, mais assister au meeting ça me gonfle »

 
« L’organisation du mouvement permet à la fois d’avoir accès aux leviers du militantisme et en même temps de s’investir de manière plus souple », explique Arnaud. Sophie, pour En Marche ! également, parle d’un « militantisme individuel ». Elle poursuit : « On se mobilise pour un projet, moi je voulais bien tracter, mais assister au meeting ça me gonfle. »

Même en soutien d’un candidat issu d’un parti traditionnel, certains militants restent libres dans leur organisation. Loïc Duhanez explique : « Au MJS on dispose d’une certaine autonomie. Même si le planning est commun avec le PS, on peut proposer des actions individuelles. »

En début de soirée, ces militants vont peut-être se croiser pour coller et recoller leurs affiches. Le lendemain ce sera encore une journée de tractage pour certains ou de porte à porte pour d’autres. Comme le résume Adrien : « On ne s’économise pas dans cette campagne. »

Quentin Duval


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