Alliance EELV-PS: le Vert est dans le fruit

EN CAMPAGNE. À l’approche du premier tour, certains militants écologistes regrettent l’alliance passée entre leur ex-candidat Yannick Jadot et le candidat socialiste Benoît Hamon.

 

Crédité de 8 % des intentions de vote selon le dernier sondage (OpinionWay/Orpi pour Les Echos), Benoît Hamon paraît en bien mauvaise posture à quelques jours du premier tour de la présidentielle . Si rien n’est écrit et que le premier tour reste encore largement incertain, nul doute que ces résultats suscitent l’inquiétude dans ses rangs. Alors que le Parti socialiste essaye d’endiguer la fuite des votes de ses cadres et militants vers Emmanuel Macron, le parti écologiste EELV éprouve également des difficultés à rassembler ses forces derrière la candidature d’Hamon.

Une décision prise « sans les militants »

En cause, la stratégie de Yannick Jadot, vainqueur de la primaire écologiste, qui accepte le 23 février 2017 de rejoindre Benoît Hamon, retirant du même coup sa candidature à la présidentielle. Un abandon que déplorent beaucoup de militants : « J’étais pour le maintien de Jadot dès le début, et contre une alliance avec Hamon », avoue Joe Dabit, membre du bureau de Lille EELV. La militante dénonce une décision qui s’est fait « sans les militants ». L’alliance a en effet été annoncée par Yannick Jadot la veille de l’ouverture du vote aux militants, qui devaient ou non approuver cette éventualité.

 

« Les militants étaient d’accord pour discuter, mais pas nécessairement pour une alliance. En plus on ne nous a jamais proposé formellement une alliance Jadot-Hamon, mais une alliance large Jadot-Hamon-Mélenchon », dénonce Charlotte Talpaert, du groupe local EELV à Lille. L’erreur aurait braqué de nombreux militants. Certains sont partis, d’autres ont choisi de donner leur voix à un autre candidat.

Le repli Mélenchon

« Je veux voter Mélenchon, et je pense que beaucoup de militants vont voter pour lui dimanche », assume Joe Dabit. Pour elle, face à Macron ou Le Pen, Mélenchon incarne le choix le plus sûr, le seul qui ait la capacité d’arriver au second tour. Les militants écolos sont encouragés par la remontée spectaculaire du candidat de la France insoumise, qui atteint 19 % d’intentions de vote dans les derniers sondages. Ils mettent également en valeur la teneur écologique de son programme : « Mélenchon propose des mesures écologistes depuis 2012. Hamon n’a découvert l’écologie qu’en 2016, et il s’est contenté de reprendre tout notre programme. »

Sur qui reporter son vote?

Antonin, ex-militant Jeunes écologistes, a fait lui aussi le choix de voter Mélenchon au premier tour. Il désapprouve l’alliance Jadot-Hamon : « Je pense qu’il fallait qu’EELV reste en rupture avec le PS. »

Au local des écolos de Lille, on reconnaît sans hésitation que l’alliance divise beaucoup les militants. « L’autre jour, nous étions une dizaine  de militants en réunion, raconte Charlotte Talpaert, et sur les dix, nous étions deux à revendiquer vouloir voter Mélenchon, plus deux qui veulent voter blanc, contre seulement deux en faveur de Benoît Hamon. »


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Des hésitations réelles mais qui tiennent plus de l’épiphénomène que d’une vraie tendance pour Bernard De Veylder, du groupe des Écolos de Wasquehal. « Yannick Jadot n’aurait pas pu faire mieux que Benoît Hamon », martèle-t-il, expliquant que l’ex-candidat écologiste était pris en étau entre les candidatures pro-écologiques de Hamon et Mélenchon. Il rappelle que l’accord entre les deux candidats socialiste et écologiste a été validé à plus de 70 % par les votants : « Les sympathisants écologistes qui s’étaient rallié à la primaire écolo ont voté massivement pour cet accord. Les réticences ne proviennent que d’une petite part de militants. »

Des militants nordistes plus à gauche ?

Malgré les résultats décevants de Hamon dans les sondages, De Veylder conserve son optimisme pour les résultats de dimanche. Là où le bât blesse selon lui, c’est dans la différence de ligne politique entre militants et sympathisants écologistes : « Les sympathisants se retrouvent largement dans la campagne Hamon, ce qui n’est pas le cas des militants NPDC ». Les militants Verts du Nord seraient ancrés plus à gauche que leur électorat, d’où le fait qu’ils ne se retrouvent pas dans le soutien à Hamon.


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Bernard De Veylder ne comprend pas pour autant le repli des militants écolos vers Mélenchon. Il invoque particulièrement la problématique de l’Europe, et le conflit entre la ligne traditionnellement très pro-européenne des Verts, et la ligne plus eurosceptique de Mélenchon. « Hamon n’a peut-être pas le programme écologique le plus ambitieux, mais le plus conséquent », défend-il.

C’est la première fois que les Verts ne présentent pas de candidat à la présidentielle depuis 1974. Plus que l’alliance avec le PS, c’est cela que semblent majoritairement regretter les militants. « Pour la première fois on était enfin pris au sérieux, les Verts étaient écoutés, et il [Yannick Jadot] a tout lâché pour des affaires électorales », conclut Joe Dabit. « C’est dommage, il aurait pu faire une bonne campagne, peut-être même meilleure que celle de Hamon. On s’est ridiculisé. »

 

Pauline Vallée


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