Fin de campagne pour les militants socialistes

EN CAMPAGNE. Mercredi 19 avril, Benoît Hamon joue sa dernière carte. Le dernier grand meeting de sa campagne doit remplir la place de la République, à Paris, alors que le candidat du Parti socialiste semble distancé par son rival à gauche, Jean-Luc Mélenchon. D’après lui, 20 000 personnes sont venus assister à la fin de sa campagne.

 

La place de la République à Paris se remplit dans l’attente de Benoît Hamon.. Péniblement. Traînent encore quelques skateurs. Ils circulent avec indifférence entre les stands. Des sympathisants et quelques badauds, passés là par curiosité. Des militants qui se tiennent aux abords de la place, pour rameuter les curieux, arborant des t-shirts enjoignant « à faire battre le cœur »

Une voix retentit au micro, scandant des slogans de soutien au candidat. Peu d’écho, la ferveur ne semble pas encore au rendez vous. Il est encore tôt. Mais au fur et à mesure, la foule grossit sous le soleil parisien.

Sur scène, les soutiens de Benoit Hamon se relaient au micro : Yannick Jadot, Martine Aubry ou encore Najat Vallaud-Belkacem.  Côté militants, on s’agite, on distribue des autocollants, des drapeaux.

Une foule agite des drapeaux français, européens, arc-en-ciel et scialiste sous la statue de a place de la Réublique.

Les drapeaux européens, français, socialiste et arc-en-ciel se mélange place de la République. Photo: C. Bolano

Les médias sur le banc des accusés

Un groupe de fidèles du Parti Socialiste s’est regroupé autour de quelques musiciens survoltés qui jouent du djembé au milieu de la place. Ils tapent des mains en cœur. 

Mais passé l’effervescence des premières minutes, certains ne dissimulent plus leur ressentiment. Les médias, « victimes des sondages », sont tenus pour responsable de la situation. Des médias qui, éjectant de la scène leur candidat, ont favorisé la dynamique empruntée par Jean Luc Mélenchon. Ils sont en colère : « Le temps de parole est parasité par la soi-disant ascension de Mélenchon, quand ce n’est pas pour les affaires Fillon.  On ne parle plus de Hamon. Surtout, on ne parle pas de son programme, jamais », déplore une militante, visiblement exaspérée.


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« Pour qui se prennent-ils, les journalistes,  à décider qui doit être audible, qui ne doit pas l’être », abonde son amie. Pour un peu, on croirait entendre les  partisans d’un « petit » candidat, négligé par les médias traditionnels. Et on en oublierait presque qu’il est question du candidat du Parti Socialiste, une machine qui structure la vie politique depuis plus de 30 ans.. Des militants abasourdis, donc, qui critiquent à bâtons rompus le rôle joué par les journalistes dans l’effacement progressif de la campagne de Benoît Hamon.

 

Mélenchon désavoué

Au sein du petit groupe, un argument tourne en boucle : « On ne s’intéresse pas à la personnalité, on s’intéresse au programme », proclame Nathalie, une infirmière qui milite depuis longtemps au PS.  Une attaque à peine voilée contre Jean-Luc Mélenchon. Chez les supporters de Benoît Hamon, en effet, aucune indulgence pour le candidat de la France insoumise.  « C’est un opportuniste. Il s’est réveillé il y a six mois sur l’écologie. Et il veut détricoter l’Europe, alors que l’Europe c’est la paix », affirme sa voisine.

Pas de porosité entre les programmes, incompatibilités entre les deux candidats : il serait impossible pour ces militants de basculer vers Jean-Luc Mélenchon : « Je soutiens Hamon, qui a un programme novateur, mais je suis aussi attachée au Parti socialiste, je ne suis pas une partisane de la rupture ou du “dégagisme” », explique Nathalie.

 

 Hamon n’est pas l’homme providentiel

Les militants d’Europe Ecologie les Verts sont là aussi. « Parfois, les bonnes idées ne prennent pas », soupire Baptiste, étudiant à Nanterre et militant écologiste. « Je ne regrette pas l’alliance avec Benoît Hamon, précise-t-il, parce que je pense que c’est le plus sincère. »

« Le programme de Mélenchon n’est pas si différent de celui de Hamon, mais il a une vision plus centralisatrice et verticale de la manière dont on doit procéder », explique l’étudiant, qui ne « déteste pas» le candidat de la France insoumise mais regrette les « sirènes du vote utile ». Le pire, pour lui, « ce serait Emmanuel Macron, tranche-t-il, entourée d’une flopée d’opportunistes qui voteraient ce qu’on leur dit de voter. »


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« Peut être a-t-on oublié que la culture de l’homme providentiel reste forte en France », glisse-t-il, regrettant, lui aussi, que l’on n’ait « pas assez parlé des programmes ». Lisa, une simple sympathisante, partage ce constat et dit vouloir rester fidèle à Benoît Hamon : « Je ne vais pas voter pour Mélenchon parce qu’il gueule plus fort que les autres. Et le vote utile je m’en fous, je vote pour le candidat qui me plait, qui a le meilleur programme. »

L’homme providentiel : c’est bien comme ça qu’apparaît Jean-Luc Mélenchon aux yeux de nombreux de ces électeurs. Un phénomène amplifié par les « débats télévisés qui fonctionnent sur un mode césariste et qui ont favorisé Mélenchon », reconnaît Jérôme Guedj, porte parole du candidat socialiste.

« C’est dommage, on avait de quoi faire quelque chose de bien. On n’a pas assez parlé des programmes, l’attention a été mobilisée par les petites phrases, les égos, c’est très pénible », regrette-t-il, avant de fustiger, lui aussi les sondages.

Une militante fondue dans la foule brandit une pancarte en forme de coeur, où est inscrit le slogan "faire battre le coeur de la France".

On brandit des pancartes, pour encourager son candidat. Photo: C. Bolano

Le soleil se couche lentement sur la place, on scande le nom de Benoit Hamon qui décline son programme sous forme de bilan : « J’ai défendu la gauche sur son axe historique, vers la justice sociale et le progrès.  J’ai tenu bon ! », répète-t-il,  plusieurs fois, face à la foule.  Une fois son discours terminé, le candidat s’éclipse rapidement. Et la place de la République se vide peu à peu. Quelques centaines de personnes sont restées pour écouter le concert, les autres sont parties trainer dans les bars environnant ou sont rentrées chez elles. Au sol, quelques cannettes de bière. Et quelques drapeaux. Des drapeaux, rouges et blancs, qui appellent à faire battre le cœur.

Roxane Poulain


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