Jean Lassalle en meeting à Besançon

Non, la France n’a pas perdu 750 000 entreprises en dix ans

INFAUX. Dans un entretien du 29 mars 2017, accordé au journal web Causeur, le candidat à l’élection présidentielle Jean Lassalle a déclaré : « c’est un désastre national. La France a perdu 750 000 entreprises en dix ans ». Une phrase que le député centriste a ensuite relayée sur son profil Twitter. Mais le chiffre interpelle.

 

Un chiffre gonflé et peu évocateur

D’après les données de la Banque de France, s’arrêtant à janvier 2017, le nombre de défaillances d’entreprise annuelles est en moyenne de 60 000 par an. En reprenant les chiffres de chaque année jusqu’à 2007, on constate que “seulement” 597 095 entreprises ont mis fin à leur activité.
Soit environ 150 000 de moins par rapport aux chiffres avancés par le candidat du mouvement Résistons ; une marge d’erreur de 25 %.

Pris en compte seul, ce chiffre n’a pas grande signification. Il doit être comparé au nombre de créations d’entreprises. Rien que pour l’année 2016, l’INSEE recense 554 000 créations d’entreprises en France. Elles correspondent au nombre total de nouvelles immatriculations dans le répertoire SIRENE, censées signifier un début d’activité. Sur les dix dernières années, 5 100 000 entreprises ont ainsi été créées. Un chiffre presque dix fois supérieur à celui des défaillances.

 

Un écart à recontextualiser

Il faut tout de même prendre des pincettes quant à l’écart entre défaillances et créations. L’INSEE rappelle qu’il est beaucoup plus difficile de chiffrer le nombre de défaillances d’entreprises. En effet, l’outil retenu pour quantifier la création d’entreprises, à savoir les nouvelles immatriculations dans le répertoire SIRENE, inclut des redémarrages d’activité et les demandes d’immatriculations des microentreprises. Tout cela a tendance à gonfler le nombre de créations d’entreprises.

Par ailleurs, les entreprises concernées ne sont pas obligées de communiquer sur leur cessation d’activité. Et cela n’est pas aussi directement quantifiable que le nombre de nouvelles immatriculations dans le répertoire SIRENE. Les défaillances sont donc nécessairement sous-évaluées par rapport au nombre de créations, ce qui va dans le sens de Jean Lassalle.

 

Rien d’un « désastre »

750 000 pertes d’entreprises, soit « un désastre » pour Jean Lassalle. Qu’en est-il véritablement ? Et bien, c’est faux.

 

 

Jean Lassalle prend la veille de la crise financière comme point de départ d’une déliquescence nationale. Entre 2007 et 2009, effectivement, le nombre de défaillances d’entreprise augmente significativement de 23 %. Toutefois, la situation se stabilise jusqu’en 2015, le nombre annuel de fins d’activité oscillant entre 59 000 et 63 000. La Banque de France enregistre même une baisse du nombre de fin d’activité sur l’année 2016, un signe prometteur qui remet en question le postulat du député centriste.

 

 

Bien plus, la création d’entreprises a été facilitée à partir de 2008 avec la mise en place du statut d’auto-entrepreneur. Avant cette année charnière, on comptait environ 325 000 “nouvelles” entreprises par an. Depuis, ce chiffre tourne autour de 550 000. Le plus étonnant est que cela n’a pas entraîné de boom proportionnel en termes de défaillances, en dépit d’un contexte de crise financière. Tout sauf un désastre.

Andréa La Perna


Voir tous les articles de la rubrique Infaux, où l’on démêle le vrai du faux dans les déclarations politiques


 
   

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