Non, l’euro n’est pas “un boulet” pour une “très large majorité de Français”

INFAUX. Marine Le Pen ne cesse de le répéter : elle veut que la France sorte de la zone euro. Elle n’est pas la seule parmi les candidats, mais c’est la plus déterminée. Ses arguments tiennent-ils la route ?

 

Qu’a dit Marine Le Pen  ?

Interrogée par Fabien Namias sur Europe 1 à propos de son projet de retour au franc, alors que la majorité des Français, selon les sondages, sont attachés à la monnaie unique, Marine Le Pen a répliqué qu’une« très large majorité de Français […] considèrent que l’euro est un boulet absolu. Un boulet pour l’emploi, un boulet pour la compétitivité, un boulet pour le pouvoir d’achat. »

La « très large majorité » des Français voit-elle vraiment l’euro comme un “boulet”

Les sondages donnent tort à Marine Le Pen. Comme le mentionnait Fabien Namias dans sa question, un sondage Ifop du 25 mars révélait que 72 % des Français rejettent le retour au franc. Un sondage Elabe pour Les Échos, daté du 9 mars, aboutit à la même conclusion : 72 % des personnes interrogées sont opposées à la sortie de l’euro. En 2010, ce pourcentage s’élevait à seulement 62 %. En sept ans, la sympathie pour l’euro a donc crû de dix points. La “très large majorité de Français” se prononce plutôt pour l’euro qu’en sa défaveur.


À lire aussi : Mise au point: la sortie de l’euro


L’euro, un boulet pour l’emploi ?

Depuis l’entrée en vigueur de la monnaie communautaire, le taux de chômage a augmenté en France. Selon la méthode de comptage du Bureau international du travail*, il s’élevait à 7,5 % de la population active en décembre 2001. Après l’entrée en vigueur de l’euro, le 1er janvier 2002, le taux de chômage a grimpé sans discontinuer, jusqu’à atteindre 8,7 % à la fin de l’année 2005. Il a ensuite reflué régulièrement, pour retomber à 6,8 % à la fin du premier trimestre de l’année 2008.

La crise économique et financière a fait remonter le nombre de chômeurs en France, qui a passé la barre symbolique des 10 % au deuxième trimestre de l’année 2013. Depuis, le taux de chômage flirte avec cette limite. Au niveau strictement français, l’euro n’a donc pas aidé les chômeurs à retrouver un emploi.

Plus généralement, au sein de la zone euro, le taux de chômage a grimpé de 8,3 % (2001) à 10 % (2016). Mais ce chiffre continental cache des réalités très différentes. En Allemagne, le nombre de personnes sans emploi a été divisé par deux depuis 2001, là où le nombre de chômeurs espagnols a presque doublé sur la même période.

Quoi que révèlent les statistiques, il est de toute façon hasardeux de justifier les variations du taux de chômage par la seule introduction de l’euro.

 

L’euro, tueur de compétitivité ?

La capacité de la France à se démarquer par rapport à ses concurrents commerciaux a globalement décru depuis la mise en circulation de la monnaie unique. Le World Economic Forum (WEF), qui évalue chaque année la compétitivité de nombreux pays sur base d’une centaine de critères, classait la France au 12ème rang en 2001. En 2007, elle avait reculé de trois places ; cinq ans plus tard, elle se positionnait au 18ème rang. Dans le dernier rapport du WEF, l’Hexagone occupe la 21ème place.

La compétitivité de la France a donc clairement régressé depuis l’arrivée de la monnaie communautaire. Au niveau de la zone euro, le recul a été moins marqué. En 2001 comme en 2016, trois pays utilisant la monnaie commune se situent dans le top 10 de la compétitivité mondiale. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont reculé chacun d’une place dans le classement, tandis que la Finlande est passée de la 1ère à la 10ème place. Des pays comme Singapour ou les États-Unis, qui n’appartiennent pas à la zone euro, se sont maintenus ou ont progressé.

Les statistiques tendent donc à démontrer que l’euro n’a pas favorisé la compétitivité des pays qui l’ont adopté.

 

L’euro, fossoyeur du pouvoir d’achat ?

L’institut d’études économiques Xerfi a publié une étude en mars 2017 ; elle affirmait que le pouvoir d’achat des ménages français avait progressé de 20 % depuis la mise en circulation de l’euro. Après une forte hausse entre 1999 et 2007, il aurait progressé plus modestement depuis 2008. Les chiffres de l’Insee confirment les résultats de l’étude de Xerfi.

Quoi qu’en pense Marine Le Pen, le pouvoir d’achat des Français a donc bel et bien progressé depuis 2002.

*Le Bureau International du Travail définit comme chômeur « une personne en âge de travailler (c’est-à-dire ayant 15 ans ou plus) qui n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine donnée, est disponible pour travailler dans les deux semaines et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent (ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois). »

Damien Gaudissart


Lire aussi : 5 mesure de Marine Le Pen


 
   

Copyright © 2020 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.