Roms : les oubliés de la campagne

EN CAMPAGNE. À Lille, un camp de Roms a été démantelé dans le quartier de Fives. L’occasion de se pencher sur les politiques d’accueil des candidats. Scolarisation des enfants, droit au logement… Quelles sont leurs propositions ?

 

Des bébés, une vieille femme malade, une autre enceinte. Au total une trentaine de personnes. Toutes sont devant ce qui reste de leur habitat : un bidonville non loin du centre de Lille. À Fives, les camions-bennes pénètrent l’enceinte du camp de Roms. Au fond, un camion de chantier s’occupe de tout attraper sur son passage : vêtements, canettes, morceaux de frigo, de machine à laver qui s’entassent dehors… Les expulsés assistent impuissants au spectacle. Selon Alex, l’un d’entre eux, ils vivaient là depuis environ « six ans ». À l’entrée du terrain, la police veille à « empêcher les gens de rentrer et de se blesser ».

L’expulsion est peu conventionnelle. D’habitude, les caravanes sont épargnées par les pinces métalliques. Cette fois, « elles vont être détruites », regrette Alex. Sur le trottoir d’en face, un élu de Fives observe. Pour Sébastien Duhem, membre du conseil municipal, il s’agissait d’une nécessité en raison des « problématiques sanitaires pour ceux qui y habitaient comme pour les riverains ». Il est catégorique : «ça n’était plus tenable […] les différents trafics, de la prostitution à la mécanique ». Les enfants, censés être scolarisés, ne se rendraient pas à l’école. Le discours entre en total contradiction avec celui d’Alex, qui assure que les enfants vont en cours. Lui, travaille en intérim pour des missions de nettoyage, parfois à Euralille.

Évacuation d’un camp de Roms à Lille Fives.

« Première expulsion sans aucune solution de la préfecture »

Le cas est inédit dans le Nord. D’habitude, « une semaine d’hôtel est proposée. » L’association sur place ce matin (elle ne souhaite pas être citée) en a toujours été témoin. Cette fois, ses membres assistent à « la première expulsion sans aucune solution de la préfecture ». Sébastien Duhem n’en sait pas plus. La mairie ne gère que le « nettoyage » ; « c’est l’Etat qui s’occupe du relogement ».

En l’occurrence, les dossiers sont traités par la préfecture du Nord. Après avoir été contactée, elle répond d’un court mail : « Un état des lieux sanitaire et social avait été réalisé afin de détecter les situations les plus vulnérables et d’établir la volonté et la capacité des occupants du campement à s’insérer. » Une réponse vague ne permettant pas savoir si un logement provisoire a été proposé.

Julien, membre de l’association présente, voit cela comme un épouvantail : « On est en période électorale. Quand on a peur des extrêmes, on met des choses en place. » Et d’ajouter : « Les Roms sont un public sur qui tout le monde peut taper. »

Ce qui reste du camp va être enlevé dans un camion-benne.

Les Roms : un enjeu électoral

Le Collectif national des droits de l’Homme RomEurope milite pour un traitement digne des personnes vivant en Bidonville. En Février 2017, RomEurope envoie un courrier à tous les candidats à la présidentielle. L’association définit des priorités et demande des « éléments précis » sur le programme des candidats. Résultat : cinq réponses jugées peu concrètes par Manon Fillonneau, déléguée générale de l’organisation.

  • Jean-Luc Mélenchon propose l’inscription du droit au logement dans la Constitution, « au même titre que le droit de propriété », ainsi que des sanctions pour les communes dont le parc social serait insuffisant.
  • Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière, reste perplexe face à la législation actuelle. Elle n’est pas convaincue que son « renforcement suffise à faire reculer le racisme ».
  • Troisième réponse, celle de Philippe Poutou. L’arrêt immédiat des expulsions, des obligations de quitter le territoire français et du harcèlement policier.
  • Benoît Hamon propose la création de 15 000 places d’hébergement pérennes et la stricte application de la circulaire Valls de 2012. Celle-ci oblige un diagnostic d’état et de solution.
  • Enfin, Emmanuel Macron souhaite en finir avec les expulsions de bidonvilles et de squats « sans solutions alternatives ». Les sommes dépensées pour la destruction devraient être utilisées pour mener des politiques d’insertion.

Ligne de fracture

Si RomEurope a obtenu des retours de certains candidats, la question des Roms – et plus largement celle de l’extrême pauvreté et du logement – est loin d’avoir rythmé la campagne. Manon Fillonneau regrette que la question sociale ait été écartée. Mais, dans le milieu associatif, personne ne voulait « que la question Rom soit au cœur des débats ». « Quand c’était fait, c’était juste une ligne de fracture », observe-t-on. Après un Sarkozy « très très dur face à la question des Roms, en 2012, le gouvernement Hollande est arrivé ». En fin de compte, pour Marion Fillonneau, les Roms, « c’est juste une façon de s’écharper » entre politiques en campagne.

Maïlys Khider


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