Silence électoral

Motus et… bouche cousue ?

EN CAMPAGNE. Et soudain, le silence. À partir de ce vendredi soir minuit, tous les candidats au premier tour de l’élection présidentielle seront tenus de ne plus communiquer dans le cadre de leur campagne, et ce jusqu’à dimanche à 20h.

 

Plus de propagande électorale sur quelque support que ce soit. Plus de tracts, plus de démarchage par téléphone, ni de mails publicitaires. Plus de réunion électorale non plus, fini les meetings. C’est pourquoi les candidats ont pour la plupart mis les bouchées doubles cette semaine.

Le passage des candidats par l’isoloir est fréquemment suivi par les différentes chaines de télévision. À cette occasion, les candidats apparaissent souvent réservés lorsqu’ils sont sollicités. Un « Votez pour moi » face aux micros et caméras serait en effet répréhensible. Ils peuvent cependant encourager leurs concitoyens à aller voter, ou faire part de leur espoir d’une participation maximale.

Les sondages aussi sont interdits pendant cette période. Cette interdiction était fixée à une semaine au siècle dernier. En 2002, le législateur a fait passer ce moratoire sur les sondages à deux jours, de la veille du scrutin à minuit jusqu’à la proclamation du résultat. Les mêmes mesures s’appliquent aussi au second tour.

L’objectif de cette mesure ? Empêcher les candidats de se lancer dans une guerre de communication incontrôlée la veille et le jour du vote, pour ainsi donner aux citoyens un temps de libre réflexion.

En 2012, l’acteur et metteur en scène Alexandre Astier avait une sortie assez remarquée concernant ce dispositif sur le plateau de Ce soir ou jamais.

 

 

Les médias étrangers, une faille classique

Il reste toutefois aux candidats de nombreux moyens de contourner cette loi.

Des sondages peuvent être réalisés, à la sortie des bureaux de vote par exemple, mais leurs résultats ne peuvent pas être divulgués « sur l’ensemble du territoire national ». C’est pourquoi, chaque année, un curieux manège se met en place entre les médias, les candidats, et les autres observateurs avertis. Nombreux sont ceux qui scrutent les médias étrangers, en quête de sondages en sortie d’isoloir, d’un début de tendance permettant d’anticiper les résultats. Les médias belges francophones sont ainsi particulièrement surveillés.

Les quotidiens étrangers ne sont pas non plus concernés par la loi interdisant aux quotidiens de publier des entretiens avec un ou des candidats. Le New York Times, le Guardian, ou encore El País, par exemple sont totalement libres dans leurs publications. Un moyen d’action limité, mais qui peut tout de même avoir une légère influence sur le vote des Français à l’étranger.

 

Du bon usage des réseaux sociaux

Au cours des années 2000, les réseaux sociaux sont complètement venus bouleverser l’espace médiatique. En matière de communication politique, ils sont désormais considérés comme un média à part entière. À ce titre, les candidats ne peuvent pas s’y exprimer sur la campagne les week-ends d’élection, leurs messages y étant considérés comme publics. Le texte qui couvre cet usage stipule qu’« il est interdit à tout candidat de porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale à un moment tel que ses adversaires n’aient pas la possibilité d’y répondre avant la fin du scrutin ». Une définition qui reste donc relativement floue. En revanche, rien n’empêche a priori un candidat de faire partager à ses followers sa couleur préférée ou son repas de midi.

De même, le Conseil Constitutionnel ne peut pas limiter la liberté d’expression de tous les citoyens. Dès lors, n’importe qui en dehors du candidat peut exprimer son soutien à celui-ci dans un tweet, et même appeler à voter pour lui. La loi ne prévoit pas de limite de proximité avec le candidat, du type membres de l’entourage familiale, ou de l’équipe de campagne. En pratique donc, le directeur de campagne de François Fillon, Vincent Chriqui, peut parfaitement appeler à voter pour son candidat sur Twitter, s’il fait valoir qu’il parle en son nom propre et pas en sa qualité de directeur de campagne.

 

Des sanctions limitées

Quoi qu’il en soit, les risques pour les candidats qui contreviendraient à cette règle sont assez minimes, de même que l’influence réelle de leur action. À moins d’un résultat extrêmement serré, et d’une infraction vraiment abusive, il est largement improbable de voir le Conseil Constitutionnel annuler une élection pour ce genre de motif. Tout juste les candidats et les médias contrevenants seront-ils soumis à de fortes amendes, d’un montant de 75 000€ pour la divulgation de sondages par exemple.

Bastien Roques


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