Le vote utile ne fait pas l’unanimité

EN CAMPAGNE. Souvent réservé au second tour, le vote utile a envahi la campagne présidentielle avant même le premier. À l’approche du vote,  les militants prêchent auprès des électeurs de gauche pour leur candidat à coup de « vote utile » ou de « vote de cœur ».

 

Plus d’un quart des électeurs ne savent toujours pas quel bulletin ils placeront dans l’urne. Vote par conviction ou vote utile ? C’est une question récurrente dont la réponse est plus difficile à trouver cette année, en vue du nombre de candidats. Pour Alexis Debuisson, coordinateur de campagne de Benoit Hamon – placé 5ème  (7,5%) dans le dernier sondage Ipsos – dans le Nord, la donne a changé. « Le vote utile a toujours existé, à chaque élection. Avant, on avait l’UMP et le PS, le vote utile servait à faire barrage au FN comme en 2012 quand certains électeurs ont voté Hollande pour sortir Sarkozy. Maintenant, le PS n’est plus le vote utile, on a d’autres partis considérés comme utiles et plus de candidats potentiels », explique-t-il.

Contrer les extrêmes, un but du vote utile toujours d’actualité pour Romane Bouillez et Dalila Bouzar, jeunes adhérentes lilloises de 18 ans au mouvement En Marche ! dont le candidat Emmanuel Macron arriverait premier (24%). « Quatre candidats se tiennent au coude à coude, mais Mélenchon (19%) et Le Pen (22%) n’ont jamais été aussi hauts. Il y a une montée du populisme et certains peuvent avoir l’idée de voter utile et par conviction en les choisissant », précisent-elles. Pour elles, pas de doute,  Macron est le candidat du changement : « Il y a vraiment un vote utile à avoir et il aura une importance sur les élections. »

 

Utile quand ça arrange ?

La tentation du vote utile pour certains électeurs, les militants la ressentent sur le terrain. Engagé depuis douze ans auprès de Benoit Hamon, Alexis Debuisson veut réapprendre aux gens à faire un choix. « Quand on fait du porte à porte, on entend les gens nous dire que Benoit Hamon est le plus proche de leurs idées, mais que Jean-Luc Mélenchon est plus haut dans les sondages et comptent donc voter pour lui », raconte-t-il. Un non-sens du vote utile selon lui, car « tous les candidats peuvent battre Le Pen au second tour ». Le candidat socialiste appelait d’ailleurs ses électeurs à ne pas « céder à la facilité et à la peur » en votant utile lors de son meeting parisien mercredi 19 avril. Alors, la faute à qui ? « Au microcosme Macron et à la couverture médiatique et les sondages qui influencent le vote utile. Il n’y a pas de grande différence entre le discours mélenchoniste de 2012 et celui de 2017 », juge-t-il.

Le vote utile, Raphaël Vienne, militant pour la France insoumise – Jean-Luc Mélenchon est en troisième position avec François Fillon (19%) -, en est allergique. Bien que révolté par une décision qui consiste, selon lui, à « miser sur le bon cheval », il admet que « pour certains électeurs, Macron est le ‘’moins pire’’ même s’ils ne sont pas d’accord avec lui, et le reste est trop extrême. Macron cristallise l’idée du vote utile. Mais être citoyen, c’est savoir défendre ses idées et avoir un vote qui peut changer la politique dans le bon sens. Alors là, le vote utile, c’est Mélenchon. »  Mais que faire ?  Voter Hamon sans tenir compte des sondages ? S’en inquiéter et voter Mélenchon ? Opter pour un « juste milieu » prôné par les macronistes ? Le vote utile propose plusieurs options, c’est l’originalité de cette élection. Résultats dimanche soir…

Pauline Dewez et Camille Ruffray


3 questions à… Rémi Lefebvre, politiste, professeur de science politique à l’Université de Lille II et chercheur au CNRS

N’y a qu’un vote utile et un vote par conviction ?

C’est réducteur de dire qu’il n’y a que ces deux votes. On peut voter par conformisme familial, par fidélité, par habitude… Les considérations d’ordre stratégique fondées sur les sondages progressent. Les électeurs se servent de plus en plus du vote des autres électeurs pour faire leur choix. Et c’est une perversion car on ne doit pas voter par rapport aux autres, c’est l’idée de l’isoloir. Pourtant, les sondages influencent le vote. Quand on leur demande par quelles considérations les électeurs votes, si c’est par exemple pour écarter le FN, ils mesurent leur influence dans les sondages, c’est bien qu’ils le prennent en compte.

 

Quelle est l’origine du vote utile et quelle peut-être sa conséquence ?

Certaines personnes considèrent le vote comme un mécanisme limité qui n’a pas forcément de pouvoir. Ils ont de moins en moins de préférence et le vote d’adhésion est en train de décliner. Certains votent FN même s’ils n’y adhèrent pas, d’autres votent Macron par peur d’un scénario Fillon-Le Pen, des socialistes votent pour Mélenchon en vue de la baisse de Hamon dans les sondages. Le vote utile est flagrant dans cette élection car les électeurs avaient, auparavant un choix bipolaire à faire. Le vote utile est multiple et influencé par la généralisation des sondages : les électeurs se prononcent sur des considérations par défaut ce qui affaiblit la démocratie représentative.

 

Peut-on établir un profil d’électeurs qui votent utile ?

Attention, c’est compliqué. Mais selon moi, les électeurs qui votent utile sont assez politisés, informés et au courant pour pouvoir être stratégiques. L’effet sur les moins politisés, c’est qu’ils ne vont pas aller voter car ils n’ont pas les ressources et ne vont pas vouloir « se prendre la tête » à établir une stratégie. Cela renforce le coup d’entrée du vote et va inciter à l’abstention.

 

Retrouvez la tribune du politiste Rémi Lefebvre sur le vote utile dans Le Monde.

 

Propos recueillis par Camille Ruffray


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