Marine Turchi, journaliste à Médiapart et Pascal Wallart, journaliste à La Voix du Nord à Hénin-Beaumont.

« Marine Le Pen dans ses meetings, c’est une rock star ! »

Depuis sa fondation en 1972, le Front national s’est progressivement imposé dans le paysage politique français. Aujourd’hui créditée de plus de 20 % des intentions de vote, sa candidate-phare Marine Le Pen vient d’accéder au second tour de l’élection présidentielle. Comment analyser une telle ascension ?

 

Pour répondre à nos questions, Marine Turchi, journaliste à Médiapart spécialisée dans l’étude de la droite et l’extrême-droite, et Pascal Wallart, chef de rédaction au quotidien La Voix du Nord de Hénin-Beaumont (Nord).

Existe-t-il une manière « type » de mener une campagne FN ?

Marine Turchi : Le FN mise beaucoup sur les zones périurbaines et rurales. Le parti y organise de petits meetings, et joue la carte « nous sommes les seuls à aller là où personne ne va ». Il se nourrit du dégoût d’une partie des électeurs vis-à-vis des autres partis politiques.

Pascal Wallart : À Hénin-Beaumont en 2014, le candidat FN à la mairie Steeve Briois partait sur le terrain 24h/24. Il n’hésitait pas à aller à la rencontre des gens, sur les marchés, dans les cités, c’est très caractéristique. Il était un peu devenu « le gars que tout le monde connaît ».

Marine Turchi : Et puis, il faut voir Marine Le Pen dans les meetings, c’est une rock star ! Elle séduit beaucoup les jeunes. Il faut les voir se prendre en selfie avec elle. Il ne faut pas oublier que si le premier parti de la jeunesse est l’abstention, le deuxième c’est le FN.

Pourtant la campagne de la candidate FN semblait patiner un peu. Le dernier sondage Ifop-Fiducia la plaçait à 22 %, derrière Emmanuel Macron à 23 %…

Marine Turchi : Son socle électoral reste particulièrement solide. Le FN ne rencontre pas des problèmes de mobilisation, contrairement à d’autres partis politiques. Marine Le Pen n’avait presque pas besoin de faire campagne, elle était assurée d’être là au second tour. Après, c’est vrai qu’elle a été moins présente dans cette campagne, par rapport à 2012. Ses thèmes de prédilection, le terrorisme, l’immigration, ont été moins abordés. Les débats se sont majoritairement axés sur le chômage, le travail… Et il ne faut pas oublier que François Fillon a énormément occupé l’espace médiatique avec ses affaires.

Pascal Wallart : On peut dire effectivement que sa fin de campagne a été décevante. Elle avait un boulevard devant elle, et s’est contentée de rouler à 30 km/h dessus. Mais cela s’inscrit dans l’atmosphère générale de cette campagne présidentielle. Les électeurs ont perdu leurs repères. Il semble que Marine Le Pen ait aussi perdu les siens.

Est-ce que l’attentat de jeudi 20 avril a pu changer la donne en provoquant un sursaut électoral en sa faveur dimanche ?

Marine Turchi : L’attentat à Paris de jeudi soir a pu effectivement provoquer un effet « Papy Voise ». En 2002, l’agression d’un retraité avait fait la une de l’actualité pendant les deux derniers jours avant le premier tour. Certains observateurs estiment que l’affaire Voise a eu une incidence de dernière minute sur le vote des électeurs et a fait monter Jean-Marie Le Pen. Mais dans notre cas l’effet n’a pas été spectaculaire, étant donné que Marine Le Pen était pratiquement assurée d’être présente au second tour. La question était plutôt de savoir qui aurait été face à elle.

Pourquoi les affaires financières du FN n’ont pas eu plus d’impact sur les intentions de vote ?

Pascal Wallart : Les affaires qui ont touché le FN n’ont pas eu de retentissement chez les électeurs convaincus, qui considèrent que les affaires sont un complot politico-médiatique. Ils n’accordent aucun crédit au travail des journalistes.

Marine Turchi : Marine Le Pen n’hésite pas à jouer sur la défiance de la population vis-à-vis des médias et de la justice. Elle sait que personne ne va venir lire les articles de désintox. Lorsqu’elle est convoquée et qu’elle ne se rend pas chez les juges, c’est calculé. Elle sait que si elle ne rencontre pas les juges, alors médiatiquement son procès n’existe pas.

Imaginez. 7 mai 2017, 20h, les résultats tombent, Marine Le Pen devient la première femme présidente de la République française. A quoi peut-on s’attendre ensuite ? Quelle équipe va-t-elle rassembler autour d’elle si elle est élue ? Comment se passerait l’après-élection ?

Pascal Wallart : On peut tout à fait imaginer qu’elle intègre Steeve Briois et David Rachline au gouvernement, à des postes régaliens. Jean-Richard Sulzer, son conseiller financier, sera aussi très certainement recruté.

Marine Turchi : Elle placera très probablement Florian Philippot à Matignon. Ensuite pour le reste de son équipe c’est plus incertain. Marine Le Pen a annoncé qu’elle ne voulait ni de Marion Maréchal-Le Pen, ni de Louis Aliot dans son futur gouvernement. Son véritable problème si elle accède à la présidence de la République, ce sera de rassembler une majorité politique pour gouverner. Je ne crois pas que le FN arrivera à remporter une majorité aux législatives en juin. Si Marine Le Pen est élue, le scénario le plus probable pour les cinq prochaines années sera une cohabitation avec un parti adverse.

Pauline Vallée


À lire aussi : Les cinq mesures phares de Marine Le Pen


 
   

Copyright © 2022 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.