Les amitiés européennes de Marine Le Pen

ADN. Eurosceptique, la candidate du Front national n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour réunir ses alliés européens au sein d’une coalition hétéroclite, mais dont les membres partagent des objectifs et surtout une idéologie similaire.

 

Le 21 janvier 2017, Marine le Pen et Frauke Petry, dirigeante du parti allemand Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne), ainsi que les autres eurodéputés du groupe ENL (Europe des nations et des libertés) se rencontrent lors d’une conférence de presse commune à Coblence en Allemagne. « C’est un symbole très fort », se serait alors réjoui auprès de LExpress Ludovic de Danne, le conseiller de la présidente du FN en charge des questions européennes.

Cependant, le Front national reste généralement discret sur ses alliances avec d’autres partis de l’Union européenne dans l’espace médiatique français. Et pour cause, avant la naissance de ces nouvelles alliances, l’adhésion à l’EAF (Alliance européenne pour la liberté) de la présidente du parti en octobre 2011 avait soulevé quelques contestations. À l’invitation de l’EAF et du FPÖ (parti autrichien d’extrême droite), elle s’était rendue à un bal à Vienne. Sa présence aux côtés de membres  de « corporations pangermanistes », pouvait-on lire dans L’Express, avait fait grand bruit.

Au Parlement européen, Marine Le Pen noue des amitiés.

Le site de l’ENL, formation créée en octobre 2014 par Marine Le Pen et Geert Wilders (président du Parti pour la Liberté, PVV, néerlandais), est en anglais, et plutôt minimaliste.  La coalition a obtenu le statut de groupe parlementaire européen en juin 2015, étant parvenu à réunir les 25 eurodéputés de 7 nationalités différentes requis. Il est donc financé par l’Union européenne, à hauteur de 2,7 millions d’euros sur deux ans, selon Marine Turchi et Mathias Destal, auteurs de Marine est au courant de tout..

Passée à travers le filtre dédiabolisant de Marine Le Pen, la coalition ne regroupe plus les mêmes membres que l’AEMN (Alliance européenne des mouvements nationaux) fondée en 2009. Autrefois présidée par Bruno Gollnisch, Marine Le Pen lui a d’abord demandé à lui et à son père, Jean-Marie Le Pen, de quitter la formation, avant de s’atteler à en construire une nouvelle, le MENL (Mouvement de l’Europe des nations et des libertés), présidée par Louis Alliot. Le compagnon de Marine Le Pen présidait d’ailleurs un colloque « sur les 10 ans du non au traité constitutionnel européen » le 29 mai 2015 .  « C’est la France qui doit être le moteur du retour de l’indépendance des nations », avait-il alors conclu.  Si les partis néonazis ou fascisants tels que le Jobbik hongrois ont disparu de la coalition, on y retrouve des anciens de l’AEMN.

C’est le cas du Vlaams Belang (« Intérêt flamand », parti nationaliste flamand en Belgique), avec Gerolf Annemans qui en est l’ex-président. La Ligue du Nord (Italie) est elle aussi toujours représentée par Lorenzo Fontana, très fier de sa proximité avec l’eurodéputée frontiste. Ainsi que par Matteo Salvini, secrétaire du parti italien.


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Marcel de Graaff, membre du PVV (Parti pour la liberté néerlandais), co-président du MENL n’apparaît plus dans l’organigramme des membres du bureau sur le site de la coalition, mais les membres du groupe sont principalement des nouveaux eurodéputés.

Marine le Pen se garde bien de s’afficher avec Martin Graf, membre du FPÖ et d’une corporation nostalgique du IIIème Reich, Olympia, interdite aux femmes et aux juifs, mais en présence duquel elle avait autrefois valsé à Vienne. Le Parti de la liberté d’Autriche est tout de même présent à travers Harald Vilimsky, trésorier du MENL.

Janice Atkinson, anciennement membre du Ukip (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a œuvré pour le Brexit) dont elle a été exclue en mars, est également présente. Elle retweete régulièrement le Front national, affichant son plein soutien à la candidate dans sa course à la présidentielle, et son accord sur les mesures qu’elle propose, comme sa récente promesse de « mettre fin à toute l’immigration ».

Un soutien partagé par Nigel Farage, président du Ukip. Si sa coalition ELDD (Europe de la liberté et de la démocratie directe) apparaissait comme concurrente de la formation de Marine Le Pen (la Ligue du Nord avait notamment quitté la formation en 2014, avant de rejoindre celle de la frontiste), il semble que tous deux soient désormais prêts à s’accorder. Lors d’un entretien avec Marine Le Pen en mars dernier, il se réjouissait de sa possible accession au fauteuil présidentiel. « Merci de nous avoir montré l’issue de cette gigantesque prison que représente aujourd’hui l’Union européenne », lui a-t-elle lancé. 

Autre rencontre, autre alliance : en avril 2016, Marine Le Pen se réjouit de l’invitation de son « ami et collègue » Rebega Laurentiu à Bucarest (Roumanie), pour discuter du « totalitarisme de l’UE », sans la « disparition » de laquelle, il n’y a « pas de prospérité, pas de sécurité, pas de défense de l’identité possibles ».  L’ancien du parti Roumanie Unie s’est par ailleurs porté candidat à la présidence du Parlement européen au nom du groupe ENL en janvier 2017.


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Également membre du bureau du groupe parlementaire, Mishal Maruzik est le président du KNP (Parti polonais de la Nouvelle Droite) depuis janvier 2015, succédant à Janusz Korwin-Mikke. Un allié plutôt encombrant, lorsqu’on sait que le parti remet en question le vote des femmes par exemple.

Présent dans le mouvement (et non dans le groupe parlementaire), on trouve aussi le SPD tchèque, absent du parlement européen, avec son leader Tomio Okamura. Un parti qui s’est notamment fait remarquer pour avoir proposé de promener des cochons autour des mosquées afin de se protéger de l’islam.

L’AfD est quant à lui représenté depuis 2016 par Marcus Pretzell, chef de file du parti en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest) et mari de Frauke Petry, présidente du parti. Bien que le FN et l ‘AfD aient des divergences idéologiques importantes, ce dernier ne souhaitant pas la sortie de l’UE par exemple. Les alliés de Marine Le Pen en Europe ne constituent pas un bloc idéologique parfaitement homogène.

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Front idéologique européen

Notamment sur le plan économique. Le Front national est le seul parmi ses partenaires européens à souhaiter un État plus interventionniste. Les autres sont plutôt libéraux. L’AfD, par exemple, revendique son attachement à l’économie de marché. Lors de la rencontre de Frauke Petry avec Marine Le Pen, plusieurs cadres du parti ont exprimé leurs « réticences à se rendre à Coblence », estimant que le Front national était trop « socialiste ». Le PVV néerlandais, le KNP polonais, le FPÖ autrichien, ou encore la Ligue du Nord italienne, sont tous sur une ligne plus libérale, non interventionniste.

Pour autant, leurs thèmes de prédilection sont souvent identiques, et sur les réseaux sociaux, ils s’en donnent à cœur joie. D’abord sur la dénonciation de l’islam (radical, et parfois l’islam tout court) et de l’immigration, qui sont par ailleurs souvent associés avec le terrorisme. Le 10 avril dernier, Gerolf Annemans, du parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang, exprime sa crainte de voir sa culture « mourir » en raison d’adaptations « aux habitudes étrangères », le tout agrémenté d’un petit cochon rose tout sourire. 

Harald Vilimsky, du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), déplore également « une croissance rapide du nombre de musulmans en Autriche ». Il fait ainsi écho à Geert Wilders, qui, lui, va jusqu’à parler d’un « remplacement » par les musulmans. « Si nous ne nous réveillons pas bientôt, et si nous n’agissons pas en conséquence, nous seront remplacés », écrit-il. Le leader et fondateur du PVV estime par ailleurs que le Fidesz de Viktor Orban (Hongrie), accusé de dérive autoritaire notamment par  son atteinte à la liberté des médias, serait le bienvenu au sein du groupe Europe des Nations et des Libertés.

L’immigration est par ailleurs au cœur de la critique de l’UE, que ces partis estiment souvent coupable d’entrées incontrôlées sur le territoire, et d’une perte d’identité des nations.

Les alliés de Marine Le Pen sont aussi plutôt prorusses. Selon une note du politologue Jean-Yves Camus pour la Fondation Jean Jaurès, intitulée  Le FN et les relations internationales, « dans 93 % des votes de juillet 2014 à juillet 2015, les députés membres du groupe Europe des nations et des libertés […] ont voté au Parlement européen, contre les résolutions défavorables aux intérêts du Kremlin ».

En raison de leurs rhétoriques communes, notamment contre l’islam et l’Union européenne, ces partis s’inscrivent dans ce que Nicolas Lebourg, membre de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP), appelle les « nationaux-populistes » et « néo-populistes », qu’il distingue de « l’extrême droite radicale », dans laquelle s’inscrivent par exemple le Jobbik hongrois et les Grecs d’Aube dorée. Et selon lui, ils ont « le vent en poupe » en Europe. Outre leurs thèmes de prédilection, leur dénominateur commun se trouve dans leur opposition de l’élite au peuple, dont ils seraient seuls à défendre les intérêts.

À en croire la politique d’alliance de son parti au Parlement européen, l’Europe de Marine Le Pen  serait celle des nations, de l’identité, de la fermeture des frontières, et davantage tournée vers l’Est.

Léa Guedj


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