De larges fractures territoriales après un premier tour inédit

EN CAMPAGNE. Mondialistes contre patriotes : c’est le duel tant attendu par le clan Le Pen. Censée incarner le nouveau clivage structurant la scène politique française, cette opposition s’illustre par une fracture territoriale nette entre les partisans des deux finalistes. À l’issue de ce premier tour, deux France se font face.

 

D’un côté, une France « aisée, insérée, optimiste, une France guidée par des préoccupations économiques », selon les mots de Brice Teinturier, invité ce 24 avril sur France Inter.

De l’autre, des Français sensibles aux discours droitiers et antimondialistes, « taraudés par les questions de terrorisme, d’immigration et de sécurité ». Une France qui serait, selon le sondeur, plus inquiète pour l’avenir. 

Infographie : V. ZAMMIT

 Ainsi, « ce face-à-face entre les partisans d’une France ouverte et les partisans d’une France de protection, c’est ce que met en scène ce premier tour tout à fait inédit», résume Brice Teinturier.  

 

Le monde rural et les centres urbains

Un clivage qui correspond globalement à la fracture territoriale : celle qui oppose les grandes agglomérations aux territoires périphériques. Le monde rural, qui s’estime lésé par la logique mondialiste, aspirerait donc à ce « repli » que propose Marine Le Pen, contrairement aux centres urbains, en phase avec une société ouverte au monde. 

Pas surprenant, donc, qu’Emmanuel Macron ait réalisé ses meilleurs scores dans les centres-villes, ces pôles vecteurs de richesse et qui ont su s’insérer confortablement dans la mondialisation. 

Le géographe Jacques Lévy note, toujours sur France Inter, que la carte des votes du premier tour de l’élection recoupe par exemple « celle de 1992 sur le référendum de Maastricht ». La rupture s’incarne donc parfaitement dans un vote en faveur d’Emmanuel Macron, seul candidat à avoir embrassé durant la campagne le projet européen, sans jamais le remettre en cause.

À Paris, Emmanuel Macron réalise par exemple un score de 34,83 %, alors que Marine Le Pen n’atteint pas 5 %. Le fondateur du mouvement En Marche ! arrive également en tête à Bordeaux, Strasbourg, Lyon et Nantes, des grandes villes dans lesquelles Marine Le Pen réalise des scores très bas.

À cet égard, l’écart entre les centres urbains et le reste du département est tout aussi significatif. Les exemples sont nombreux : 16,26 % des suffrages exprimés dans le Rhône pour la candidate du Front National, mais seulement 8,86 % à Lyon ; en Haute-Garonne, Marine Le Pen recueille 16,71 % des voix, mais moins de 10 % des Toulousains ont voté pour elle.

De même, dans le département du Nord, la candidate frontiste se hisse au-dessus de 28 % des voix, arrivant en tête, mais n’obtient que 13 % des suffrages à Lille.

Une logique qui s’applique un peu partout en France et qui en dit long sur les fractures françaises : on vote significativement moins pour Marine Le Pen dans les villes que dans les territoires qui les entourent.

 Une tendance qui progresse depuis une vingtaine d’années, en même temps que les inégalités territoriales se creusent. Les zones rurales subissent de plein fouet les délocalisations, la dégradation des services publics ou encore la raréfaction de l’emploi.

 

Fractures géographiques

À ce clivage rural-urbain s’ajoute une coupure régionale, « stable et nette », selon le démographe Hervé Le Bras, invité ce matin sur France Culture.

Ainsi, le nord-est de la France vote majoritairement en faveur de Marine Le Pen – à l’exception de la Côte- d’Or ou de l’Île-de-France. Dans l’ensemble du pourtour méditerranéen, Marine Le Pen réalise également de très bons scores.

Dans l’ouest du pays, notamment en Bretagne, mais aussi dans le centre et dans le sud-ouest, Emmanuel Macron a emporté une bonne partie des suffrages. Des terres traditionnellement socialistes, mais acquises au candidat d’En Marche ! grâce à des circonstances électorales exceptionnelles.

À l’occasion du premier tour, on observe donc une certaine constance dans la répartition géographique des votes.  La géographe Béatrice Giblin évoque des résultats correspondant au vote FN traditionnel dans le sud et sur le littoral, mais pointe en revanche une expansion importante du parti d’extrême droite dans le Grand Est et les Hauts-de- France.

 

L’exemple du Pas-de-Calais

Le département du nord de la France a toujours été un bastion de la gauche. La bascule opérée vers le Front national constitue à ce titre un exemple éloquent. Béatrice Giblin y voit ainsi une « forme de radicalisation » du Pas-de-Calais, les voix additionnées d’un Jean-Luc Mélenchon et d’une Marine Le Pen dépassant les 50 %.

Une terre « qui se sent délaissée, abandonnée » et offre ainsi un terreau propice au FN. Sur le littoral d’abord, confronté à la crise migratoire – notamment à Calais, ancienne ville communiste – mais aussi dans le bassin minier, qui subit de plein fouet les conséquences perverses de la mondialisation et qui connaît un taux de chômage élevé.

Le Front national a donc su parfaitement s’y implanter. Le transfert des voix de gauche vers Marine Le Pen est à cet égard significatif, à l’heure où le candidat du Parti socialiste a récolté un peu moins de 5 % des voix,  un résultat inférieur à son score national.  

 

Percée de Jean-Luc Mélenchon

Si le Parti socialiste ne réalise évidemment pas les scores espérés dans des terres qui lui sont traditionnellement acquises, c’est le fait d’un départ visible d’une partie des voix socialistes vers Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France insoumise a ainsi connu une percée fulgurante dans de nombreuses agglomérations, comme à Marseille ou à Toulouse. De même, Jean-Luc Mélenchon s’est imposé de façon significative à Grenoble et à Montpellier.

Une cartographie qui permet à Jacques Lévy de dresser le portrait du second segment qui compose l’électorat de Jean-Luc Mélenchon. Relative nouveauté dans cette élection, de nombreux jeunes diplômés, issus de centres urbains, ont cette année rejoint les rangs de la France insoumise. Une analyse sociologique qui vient recouper les fractures territoriales françaises. Et qui, par là, vient les redessiner légèrement.

Roxane Poulain

 
   

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