Emmanuel Macron et les intellectuels: « Je t’aime moi non plus. »

ADN. En 2014, L’Express le décrit comme « charmeur », « sympathique », « brillant ». Quelque temps avant de devenir ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, diplômé en philosophie, fascine déjà par son parcours, « une hyperbole de l’excellence ». Aujourd’hui, cet héritage intellectuel, le leader d’En Marche le revendique haut et fort. Mais ce n’est pas toujours réciproque.

 

Il y a d’abord le philosophe Paul Ricoeur, dont Emmanuel Macron a été l’assistant éditorial en 2000 pour l’ouvrage La Mémoire, l’histoire, l’oubli. « C’était François Dosse, un de mes professeurs, qui m’a conduit jusqu’à lui parce que Ricoeur cherchait quelqu’un pour faire ses archives. Nous ne nous sommes plus quittés », raconte Emmanuel Macron sur France Culture. Filiation réelle ou factice ? Pour Myriam Revault d’Allonnes, membre du conseil scientifique du Fonds Ricoeur, l’étudiant qu’était Emmanuel Macron à l’époque était chargé de la mise en forme du livre, des archives, des notes de bas de page. « Il y a d’autres politiciens qui ont des diplômes universitaires et qui ne mettent pas en scène leur culture littéraire », ironise la philosophe.

 

Think-tanks et libéraux en marche

Le leader d’En Marche a su construire autour de lui une galaxie de personnalités influentes. C’est le cas de Marc-Olivier Padis, directeur des études du think-tank progressiste proche du Parti socialiste Terra Nova. Le directeur général, Thierry Pech, n’est autre qu’un proche d’Emmanuel Macron. Si Marc-Olivier Padis a loué « l’agilité intellectuelle » de l’ancien ministre de l’Economie, Thierry Pech dément en août 2016 dans Libération marcher main dans la main avec celui-ci.

Emmanuel Macron peut compter sur le soutien d’autres directeurs de think-tanks comme Laurent Bigorgne de l’Institut Montaigne, cercle de réflexion réputé proche du patronat. C’est d’ailleurs à l’adresse personnelle de la femme de Laurent Bigorgne, Véronique Bolhuis, que « l’association pour le renouvellement de la vie politique » (ancien nom d’En Marche) a été hébergée.


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En janvier, certains proches du leader d’En Marche ont vu d’un mauvais œil le soutien de l’essayiste Alain Minc, alors partisan d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite. Le secrétaire général du mouvement, Richard Ferrand, a qualifié l’écrivain de « girouette » en raison de sa prise de position critique dans L’Express en octobre 2016 contre l’ancien ministre de l’Économie, « produit le plus réussi du système éducatif, du système de recrutement des élites. » Aujourd’hui, pour Alain Minc, « c’est le seul candidat authentiquement européen (…) Il a intérêt à faire très attention : il ne faut pas qu’il devienne la roue de secours de la gauche », explique-t-il dans Le Journal du Dimanche.

Autre soutien récent : celui de Bernard Henri-Lévy. Dans un billet publié le 10 avril sur le site de la revue littéraire et philosophique La Règle du Jeu, l’écrivain opte pour la nuance. Capable selon lui « de tenir un point de vue et son contraire », Emmanuel Macron serait toutefois le « meilleur moyen d’écarter ceux qui, dans la hargne ou l’amertume, naufragent la République ou ajournent le moment du sursaut. »

 

Jacques Attali, botte secrète d’Emmanuel Macon ?

Mais s’il est un intellectuel qui inspire particulièrement Emmanuel Macron, c’est Jacques Attali. Les deux amis se sont rencontrés en 2007, lorsqu’Emmanuel Macron a été nommé rapporteur général adjoint de la Commission Attali sur la « libération de la croissance ». Une commission convoquée par Nicolas Sarkozy qui a remis ses « 300 décisions pour changer la France » en janvier 2008.

Ces travaux, très libéraux – parmi les 42 membres de la commission Attali/Macron, on comptait dix-sept PDG ou anciens PDG, et des économistes libéraux – ont largement inspiré Emmanuel Macron une fois nommé ministre de l’Économie. Une nomination d’ailleurs obtenue après un passage comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, poste qu’il doit au talent d’entremetteur de Jacques Attali qui l’a fortement recommandé à François Hollande.


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Sur les idées, la filiation entre les deux hommes est assez évidente. Les deux hommes ont tous deux une vision très moderniste, optimiste, tournée vers la jeunesse et l’avenir, à l’opposé du court-termisme qu’ils dénoncent mais aussi au-delà d’un clivage gauche-droite.

Autre point commun : un goût certain pour l’entreprise. Avec sa loi de 2015 par exemple, Emmanuel Macron reprend de nombreuses idées de la Commission Attali. Professions règlementées, travail le dimanche, libéralisation du transport en autocars… Sans oublier les exonérations de charges aux entreprises du crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) et du pacte de responsabilité. Ou encore la loi El Khomri, dans laquelle on reconnaît sa patte.

Une influence de Jacques Attali que les deux hommes tentent de minimiser. « Attali, je l’aime bien, mais son rapport avec trois cents propositions, ça ne marche plus comme ça », dit Emmanuel Macron. L’initiative du candidat « n’a rien à voir avec la notre », renchérit Jacques Attali. Au jeu du « Je t’aime moi non plus », les deux amis sont pourtant trahis par de fortes ressemblances entre leurs propositions.

Deux programmes, une vision ?

Jacques Attali vient de publier 100 jours pour que la France réussisse. Un livre-programme qui, quoi qu’il en dise et tout comme les propositions de la Commission Attali de 2008, se rapproche de celui d’Emmanuel Macron. La frontière est poreuse.

Sur les fonctionnaires par exemple, le diagnostic est le même, le remède aussi : tous deux veulent harmoniser les régimes de retraite des secteurs privé et public pour en finir avec « l’injustice » du système actuel de retraite.

Sur la libéralisation du marché du travail, les deux hommes affichent une volonté de réduire le « coût du travail » à travers une baisse des cotisations sociales et la volonté de redéfinir le dialogue social dans les entreprises. De même, leur vision optimiste et moderniste se retrouve en termes d’écologie et de numérique : deux secteurs dans lesquels les deux hommes souhaitent positionner la France en première place. Tous deux proposent par exemple la numérisation de l’administration dans un objectif d’efficacité.

Toujours dans un souci d’efficacité, Jacques Attali préconise la suppression de collectivités territoriales (et notamment les départements). Et Emmanuel Macron de répondre par programme interposé : « Nous réduirons le millefeuille administratif. Nous supprimerons au moins un quart des départements. » Là où Jacques Attali préconise la baisse du nombre d’élus, Emmanuel Macron propose de réduire d’un tiers le nombre de sénateurs et de députés.

Si la filiation semble certaine, les relations entre les deux hommes sont tout de même compliquées. Après avoir jugé que Macron était « l’incarnation du vide », Jacques Attali a finalement expliqué que « le vide commence à se remplir » et que c’est Emmanuel Macron qui reprend le plus ses propositions, « de loin, sur l’économie, sur l’école, sur la fiscalité ». La poule semble donc commencer à reconnaître l’œuf.

 

VIDEO : Les allers-retours de Jacques Attali sur Emmanuel Macron

Article : Emeline Cocq et Maëlys Septembre
Vidéo : Timothée de Rauglaudre


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