À droite : le jour d’après

Reconstruire la droite après cette cuisante défaite. Vaste programme pour François Fillon. Le candidat déchu sait qu’on ne lui fera aucun cadeau dans sa famille politique, que son entêtement à se présenter est la première cause de la débâcle. Il assume : « Cette défaite est la mienne et c’est à moi et moi seul qu’il revient de la porter ». Lundi après-midi, suite au déjeuner de Nicolas Sarkozy avec les ténors du parti, il ajoute : « Je n’ai plus la légitimité pour mener le combat des législatives ». Habituée à se rassembler derrière un chef, la droite s’en cherche un depuis l’annonce des résultats. Une crise de leadership malvenue à la veille des prochaines échéances électorales auxquelles s’ajoutent de véritables fractures idéologiques entre les plus modérés et les plus droitiers. 

Le chantier semble d’autant plus délicat qu’une majorité d’élus Les Républicains refusent d’assumer la responsabilité de cette défaite. L’eurodéputé Renaud Muselier, qui a lâché la campagne de François Fillon dès le mois de mars, n’hésite pas à tweeter : « Tirer un penalty sans gardien et rater le but… C’est la présidentielle de Fillon ». Sur France 2, Jean-François Copé, ex-adversaire de François Fillon à la présidence du parti, expliquait la nécessité d’une « grande reconstruction » au sein de la droite. Laurent Wauquiez et Eric Woerth rappellent que ce ne sont pas leurs idées qui ont été battues mais bien la personne de François Fillon.

 

Car si les consignes de vote pour le second tour font l’unanimité chez les cadors du parti, la stratégie à adopter face à Emmanuel Macron demeure une question des plus épineuses. Le communiqué du parti, qui fait suite au bureau politique élargi de lundi soir, exprime ainsi le compromis entre les différentes tendance : « Face au Front national, l’abstention ne peut être un choix, nous appelons à voter contre Marine Le Pen pour la faire battre au second tour de l’élection présidentielle ». Pas de consigne de vote claire en faveur d’Emmanuel Macron, donc. Une unité de façade qui est loin de camoufler le clivage à droite. 

 

Pour résumer, Marine Le Pen, qui est passée devant François Fillon dans plusieurs départements, est bien l’adversaire du parti, mais le candidat d’En Marche ! n’est pas l’allié de tous. Eric Ciotti et Laurent Wauquiez auraient préféré que le bureau politique laisse ouverte la possibilité de l’abstention pour ceux qui le souhaitent. « Si notre seul discours, c’est le ralliement à Macron, alors on va nous ressortir l’UMPS. Et ce message sera très compliqué à défendre dans la perspective des législatives où nous allons devoir affronter ses candidats », a défendu ce dernier devant les siens, tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand souhaitaient un appel clair en faveur d’Emmanuel Macron. 

Pour faire face aux échéances à venir, Les Républicains doivent donc traverser une profonde crise idéologique. La première étape consistant à appliquer une cure de déradicalisation au programme de François Fillon. Nicolas Sarkozy a ainsi appelé à lancer une campagne législative « plus ouverte sur la droite populaire ». L’ex-chef de l’Etat souhaite voir ajouter au projet de son parti la défiscalisation des heures supplémentaires, tout en abandonnant l’augmentation de deux points de TVA et la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. De leur côté, les juppéistes proposent de recentrer le parti et d’éviter « le rétrécissement de la droite sur une ligne politique exclusivement identitaire et conservatrice ». Si les différentes composantes du parti ne mettent pas le doigt sur les mêmes thèmes et n’ont pas l’air de se contredire, il n’est pas sûr qu’une si fragile unité tienne jusqu’aux législatives. 

 

Yassine El Azzaz


À lire aussi : PS, LR : quelle est la suite du film ?


 
   

Copyright © 2020 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.