Mise au point sur … le populisme

MISE AU POINT. Correspondre au vrai candidat du peuple, ou ne représenter que la caricature d’un leader luttant contre l’establishment ? Le populisme n’est-il que d’extrême droite ? Est-ce qu’être populiste c’est forcément être nationaliste ? Si le terme de populisme fait aujourd’hui autant débat c’est qu’il renferme une multitude de sens, de vérités.

 

Le populisme est synonyme de droite extrême

Le terme populisme vient du latin populus qui… pour cette fois on va zapper l’étymologie latine pour rentrer directement dans le XXe siècle avec le poujadisme. Pierre Poujade crée en 1953 un mouvement revendiquant la défense des petits commerçants et des artisans. Formé en opposition au développement des grandes surfaces en France, le mouvement condamnait également «l’inefficacité du parlementarisme ». Jeune député poujadiste en 1956, Jean-Marie Le Pen reprend dans le Front National qu’il fondera plus tard l’idéologie poujadiste. C’est à dire à la fois la protestation contre les élus, contre les partis dominants, et contre « l’État prévaricateur », mais aussi l’affirmation d’une identité nationale française contre tout ce qui la menacerait : l’immigration, et l’Europe notamment. En France, le populisme d‘extrême droite d’aujourd’hui tire en grande partie ses racines du poujadisme.

Dans les démocraties occidentales de ces dernières années les populistes sont souvent résumés à des leaders d’extrême droite exaltant la figure du nationalisme. La rhétorique du populisme (sous entendu qui n’est pas encore au pouvoir) d’extrême droite réunirait dans la majorité des cas, quatre idées principales.

-D’abord la mise en avant du nationalisme et de l’exaltation de la nation en elle-même. Prendre conscience de former une communauté nationale, mais une communauté nationale d’exclusion. Autrement dit, être conscient des liens qui relient les membres d’une même communauté mais en opposition à quelque chose ou quelqu’un.

-Rassembler le peuple derrière leur mouvement : mettre en avant la vision du culte d’un peuple un, et de la nation une. Un peuple qui se définit à partir de mécanismes d’exclusion et de différenciation. C’est à dire face à un ennemi commun, face à un bouc émissaire, face à une cause responsable de tous les malheurs. Tantôt l’immigration (les Mexicains aux États-Unis, les musulmans en France notamment), tantôt les élites (principalement l’Europe, mais aussi les médias) l’adversaire peut changer mais la méthode reste la même.

-L’idée d’un patriotisme économique et donc d’un protectionnisme à la sauce nationaliste.

-Enfin la vision d’une démocratie qui devrait être directe en établissant un lien direct entre le peuple et ses leaders notamment via le référendum.

Les succès que rencontrent actuellement les partis nationalistes d’extrême droite s’inscrivent dans ce que Pierre Ronsanvallon (Historien français de la démocratie) appelle un « basculement historique et séculaire des démocraties. » Des forces historiques nouvelles émergent de manière « brutale » et apportent une réponse – bonne ou mauvaise – aux maux actuels des démocraties occidentales.

C’est notamment dans ce cadre que l’on peut expliquer la montée du  parti des libertés de Geert Wilders aux Pays-Bas, du FN en France, du PiS en Pologne ou encore de l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban en Hongrie.

L’historien explique également qu’une fois au pouvoir, et c’est le cas en Pologne et en Hongrie notamment, intervient le populisme de gouvernement. Au nom du peuple majoritaire toutes les minorités seraient rejetées, de façon à expurger le pluralisme, notamment en ce qui concerne les médias. Une censure au nom du pouvoir démocratique puisque le pouvoir populiste serait le peuple et parlerait au nom du peuple. La volonté également de simplifier les institutions démocratiques constituerait le second axe du populisme de gouvernement. Lutter contre les cours constitutionnelles (les pouvoirs neutres et impartiaux donc) conduirait à l’avènement d’autocraties consacrées par les suffrages et le référendum (au nom du peuple donc) comme en Turquie récemment.

Le populisme, synonyme d’insulte politique ?

Mis en avant voire revendiqué par certains politiques, le terme de populisme (ou populiste ici) représente avant tout une qualité pour ceux qui se disent candidats du peuple. Porté comme un véritable étendard face à une élite qui serait corrompue et détachée des réalités, le mot « populisme » est également, quand il sort de la bouche de certains, considéré de manière péjorative. Il servirait même à disqualifier les partisans d’une rupture avec le « système », ou tout simplement à discréditer un adversaire politique au yeux de l’opinion publique.

Où se trouve la vérité dans tout cela ? À la fois nulle part et un peu de chaque côté. Le terme est tellement polysémique qu’il faudrait faire du cas par cas pour comprendre les intentions de chaque locuteur. Mais là où la distinction mérite d’être opérée, c’est entre les termes « populisme » et « démagogie ». Quel candidat n’a jamais fait de promesse pour un seul et unique but électoral ? Étaient-ils tous pour autant populistes ?

Existe-t-il un populisme de gauche ?

« Vive le populisme » de gauche, écrivait en substance l’économiste Thomas Piketty dans les colonnes du journal Le Monde le 17 janvier dernier. Le populisme se constituerait-il alors au gré des courants et valeurs politiques ? Si selon les définitions les plus simples, le populisme de gauche correspondrait à la rhétorique populiste avec les valeurs de gauche, la réalité est un peu plus complexe.

S’il est parfois rébarbatif de revenir au latin pour expliquer une notion, il nous faudra pourtant revenir quelque peu dans le temps pour expliquer « el populismo de izquierda ». L’Argentine de Juan Péron (de 1946 à 1955 et 1943-1974) est le premier gouvernement populisme moderne. S’il s’appuie sur l’électorat ouvrier pour conquérir le pouvoir, son arrivée ne se fait pas contre l’élite, celle-ci y est d’ailleurs plutôt favorable. Son action consiste principalement à une large redistribution des richesses en s’appuyant sur les ressources agraires de l’Argentine. Le terme de populisme de gauche sera également employé pour certains pays latins comme le Vénézuela de Hugo Chavez, qui s’appuyait lui sur la rente pétrolière pour son idéal de redistribution. C’est donc plutôt dans ce sens là que, dans une moindre mesure certes, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon sont considérés comme des populistes de gauche. C’est également ainsi que Sanders ou Mélenchon ont contribué à faire des dernières élections présidentielles, aux USA comme en France, une opposition entre populisme et libéralisme.

Si Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen sont qualifiés de populistes où se revendiquent comme tels, qu’ont-ils en commun avec Emmanuel Macron et Barack Obama également qualifiés de populistes ?

Pas grand-chose en fait, d’où l’intérêt de rappeler qu’il existe des populismes et qu’ils n’ont pas tous la même connotation non plus.

Dans un entretien au Journal du Dimanche en mars dernier, Emmanuel Macron expliquait qu’il acceptait volontiers d’être qualifié de populiste. Mais pas de n’importe quel populisme : « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. De ce point de vue, le général de Gaulle l’était. Mais il ne faut pas confondre avec la démagogie, qui consiste à flatter le peuple dans ce qu’il a de plus bas. Donc appelez-moi populiste si vous voulez. Mais ne m’appelez pas démagogue car je ne flatte pas le peuple. »

En ce qui concerne Obama, il s’agit là encore d’un cas différent. L’ex président américain s’était lui même qualifié de populiste en opposition à Donald Trump. « Si être populiste c’est ce soucier des américains, des pauvres et des travailleurs, alors je suis plus populiste que Trump » avait déclaré Obama en mars 2016.

Dimitri Martin

 

 

 
   

Copyright © 2021 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.