Le jeu des points communs entre Jean-Luc et Marine

Depuis ce lundi 24 avril, un tract « #jevotemarine » circule sur les réseaux sociaux. Ce document de campagne appelle les « Insoumis » de Jean-Luc Mélenchon à « ne pas se tromper de combat », en choisissant Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles. Mais qu’en est il vraiment ?

 

Depuis dimanche 23 avril, les «Insoumis » de Jean-Luc Mélenchon sont orphelins. Contrairement à la tradition républicaine, mais conformément aux engagements qu’il avait pris auprès de ses militants, Jean-Luc Mélenchon a refusé de donner une consigne de vote.

 

 

La France insoumise, son mouvement, vote actuellement sur Internet (depuis mardi 25 avril, à 18h) pour déterminer la marche à suivre : vote blanc, abstention, ou vote pour Emmanuel Macron. Le vote pour Marine Le Pen est donc exclu des choix possibles. Qu’à cela ne tienne ! Certains militants de Marine Présidente ont décidé de bâtir des ponts entre le candidat de la gauche radicale et son ex-adversaire d’extrême droite.

  • Sortir des traités européens, de l’Otan, de Schengen, et des accords de libre-échange

Les mélenchonistes disent clairement vouloir sortir de ces accords : « Nous devons sortir des traités européens qui nous font obligation de mener des politiques d’austérité, d’abolir l’action de l’État et les investissements public », écrit Jean-Luc Mélenchon à la page 79.

Du côté de Marine Le Pen, c’est plus compliqué : pour « restituer au peuple français sa souveraineté, […] une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne », mais elle ne précise pas ce qu’il adviendrait de ces traités si ce référendum était perdu. Elle précise cependant, lors d’une conférence le 23 février à Paris, vouloir « remettre à plat les traités européens » si elle est élue.

Sur l’Otan, les deux candidats sont effectivement d’accord. On peut lire ceci à la page 89 de L’Avenir en commun, le programme de Jean-Luc Mélenchon : « Sortir de l’Otan et refuser la participation de la France à toute alliance militaire permanente […] » ; tandis que Marine Le Pen, au point 118 de ses engagements présidentiels, propose de « quitter le commandement militaire intégré de l’Otan ».

À propos des accords de Schengen, Marine Le Pen veut « rétablir les frontières nationales et sortir de l’espace Schengen », comme indiqué au point 24 de ses engagements de campagne. Côté « Insoumis », page 94, on veut « sortir de l’impasse de Schengen et de Frontex », mais sans toucher à la libre circulation des individus en Europe.

Il est donc question d’ « éviter les noyés en Méditerranée en renforçant les moyens civils de sauvetage, de refonder la politique de contrôle des frontières extérieures de l’Europe, d’aider le retour des réfugiés dans leur pays quand c’est possible »… mais pas de rétablir des frontières en France.

Concernant le libre-échange, Marine Le Pen donne sa position dans son engagement 127 : « Refuser les traités de libre-échange (Tafta, Ceta, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.) ». Même vocabulaire chez les « Insoumis », page 82 du programme : « Refuser les traités de libre-échange : le traité trans-atlantique Tafta entre l’UE et les États-Unis, Ceta avec le Canada et le traité Tisa de libéralisation des services ».

  • Abrogation de la loi El Khomri

C’est on ne peut plus clair : le point 24 (« Urgence sociale »), page 53 des pro-Mélenchon s’appelle « Abroger la loi El Khomri ». Ironie du sort, c’est aussi l’engagement numéro 53 de Marine Le Pen : « Retirer la loi Travail (dite loi El Khomri) ».

  • Retraite à 60 ans avec 40 années de cotisation

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon proposent encore une fois sensiblement la même chose : la présidente du Front national prévoit de« fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine » dans son engagement 52 ; tandis qu’à gauche, page 59 du programme, on veut « restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein, ramener la durée de cotisation pour une retraite complète à quarante ans ». Le même âge de retraite et le même nombre d’années de cotisation, donc.

  • Référendum d’initiative populaire

Sur cette mesure visant à restaurer un contrôle de la démocratie par le peuple, Marine Le Pen est plus claire que son ex-concurrent de la gauche radicale. Son engagement n°5 précise qu’il faudra « au moins 500 000 électeurs » si elle est élue le 7 mai pour pouvoir « créer un véritable référendum d’initiative populaire ». Du côté des « Insoumis », on veut « instaurer le référendum d’initiative citoyenne et le droit des citoyens de proposer une loi », mais sans plus de précisions.

  • Mise en place de la proportionnelle

Idem pour cette mesure. Les partisans de Jean-Luc Mélenchon revendiquent, sans plus de précisions, le droit d’« élire l’Assemblée nationale à la proportionnelle ». Mais est-elle intégrale, partielle ? Rappelons qu’Emmanuel Macron propose lui aussi l’introduction d’« une dose de proportionnelle » , même s’il n’est « pas favorable » à ce que celle-ci soit intégrale (Ce point n’est pas présent dans son programme écrit, mais a été confirmé par le candidat d’En Marche ! dans son discours du 2 mars 2017.)

Marine Le Pen, celle à qui cette mesure risque d’être la plus utile pour avoir des représentants, propose dans son point n°3, d’aller plus loin avec « le scrutin proportionnel à toutes les élections […] ». Elle poursuit : « À l’Assemblée nationale, la proportionnelle sera intégrale avec une prime majoritaire de 30 % des sièges pour la liste arrivée en tête, et un seuil de 5 % des suffrages pour obtenir des élus. »

  • Égalité salariale homme/femme

Si les deux partis proposent d’agir pour lutter contre ces inégalités, le point 60 de L’Avenir en commun des partisans de Mélenchon est beaucoup plus précis sur ce point : ils veulent « obliger toutes les entreprises [à] adopter un plan ou un accord d’entreprise contre les inégalités de salaires et de carrière entre hommes et femmes » (Actuellement, seules les entreprises de plus de 50 salariés y sont contraintes).

Ils veulent aussi « augmenter les sanctions financières et pénales contre les entreprises qui ne respectent pas cette égalité, pouvant aller jusqu’à l’interdiction d’accès aux marchés publics ». Et ça n’est pas tout : ils souhaitent « revaloriser les métiers occupés majoritairement par des femmes (qualifications, grilles salariales…) et agir pour l’égal accès à toutes les formations et à tous les métiers ».

Le point 9 du programme de Marine Le Pen propose de « mettre en place un plan national pour l’égalité salariale femme/homme et lutter contre la précarité professionnelle et sociale ».

  • Interdire le statut de travailleur détaché

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon veulent légiférer sur ce statut : si Les « Insoumis » proposent (page 81) de « cesser d’appliquer unilatéralement la directive sur le détachement de travailleurs en France », arguant que « la législation nationale doit s’appliquer totalement, y compris concernant les cotisations sociales patronales et salariales , Marine Le Pen veut « supprimer sur notre territoire la directive “détachement des travailleurs” qui y crée une concurrence déloyale inadmissible » dans son point 38.

Le site de la Commission européenne précise que les travailleurs détachés « restent les employés de l’entreprise qui les détache et relèvent donc de la législation de l’État membre d’origine », ce qui permet leur emploi à des conditions parfois jugées indignes en France.

Les deux candidats ont donc des passerelles idéologiques. Selon Le Monde, 12 % des électeurs du premier tour de La France insoumise envisageraient de se reporter sur Marine Le Pen au second tour, d’après un sondage Ipsos Sopra-Steria les 16 et 17 avril.


Vous aimez démêler le vrai du faux ? Lisez nos articles « Infaux »


Irvin DECAMPE

 
   

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