Parti socialiste : le cimetière des éléphants ?

EN CAMPAGNE. À Solférino, alors que Benoît Hamon a réalisé un score historiquement bas, on s’interroge. La défaite du candidat remet en cause l’existence même du parti d’Épinay.

 

Une « meurtrissure » et une « défaite morale ». Si la défaite du candidat socialiste était prévisible, le choc n’en est pas moins violent pour l’ancien frondeur et ses soutiens. Mais au-delà de l’homme, qui n’a pas su rassembler, le score signe avant tout l’échec d’un parti. Une formation qui, parfois au pouvoir, souvent dans l’opposition, s’est toujours inscrite dans le jeu traditionnel de l’alternance. Jusqu’à ce soir du 23 avril où Benoit Hamon n’a récolté que 6,3 % des suffrages exprimés.

En interne, on se demande comment surmonter une défaite qui jette encore un peu plus de discrédit sur un parti à bout de souffle. Surtout, on s’interroge sur le sens à donner à ce score historiquement faible : ultime convulsion avant une mort annoncée, ou point de départ d’une renaissance ?

 

Hamon pris en étau

Comment expliquer cet échec retentissant ? D’abord par un facteur purement conjoncturel. L’extrême polarisation de l’offre politique a permis à une coalition centriste d’émerger, là où François Bayrou, qui en rêvait, avait jusqu’ici échoué. D’un côté, une droite très à droite sur les questions économiques ou sociétales, représenté par un François Fillon noyé sous les affaires. De l’autre, une gauche de transformation, incarnée par deux candidats aux programmes relativement similaires. En plus de susciter le rejet au centre, cette similitude des programmes a permis à Jean-Luc Mélenchon de grignoter les voix socialistes.

Car dans l’équation, le tribun des Insoumis a joué un rôle significatif. Orateur hors pair, il a notamment émergé lors des débats, sachant adopter les codes télévisuels. Une dynamique qui, alimentée par les sondages, s’est développée au détriment de Benoît Hamon. D’autant que le socialiste promettait le rassemblement de la gauche, avant de se montrer incapable de s’entendre avec le candidat de la France insoumise. Ce rendez-vous manqué a nui au candidat socialiste.

L’appareil n’a pas suivi

Au-delà des jeux électoraux qui ont pris en étau le candidat du Parti socialiste, Fabien Escalona, politologue, pointe « les liens désastreux de Benoît Hamon avec l’appareil ». S’il a été adoubé par deux millions d’électeurs de gauche, le parti l’a moins soutenu. En témoignent les nombreuses défections au profit du candidat d’En Marche ! Si le programme de rupture a suscité l’enthousiasme chez de nombreux électeurs socialistes, il n’est pas représentatif des rapports de force au sein du parti.

Selon le politologue, il ne s’agit pas pour autant de remettre en cause les primaires :  « D’ordinaire, les primaires sont un outil pour gagner. Là il s’est agi, pour le PS, de mettre en place une procédure pour régler des différends qu’on ne pouvait pas régler autrement. Ce qu’on peut constater en revanche, c’est que ça n’a pas été suffisant ». Censé réconcilier les lignes “vallsiste” et “hamoniste”, l’exercice n’a pas été concluant : les cadres du partis n’ont pas tardé à déserter. Après un score historiquement faible, Benoît Hamon aura toutes les peines à prendre les rênes du parti, ne disposant pas « d’une grande marge de manœuvre, sauf à créer une dynamique autour de lui, ce dont on peut douter », prédit Fabien Escalona.

Le PS décrédibilisé

Mais les désaccords internes ne suffisent pas à expliquer le phénomène : c’est l’image même du Parti socialiste qui souffre d’un large discrédit. « C’est un résultat qui vient de loin. Cela fait suite au quinquennat désastreux, qui a contribué à donner une image déplorable du Parti socialiste. Les soutiens de Benoît Hamon voyaient cette désaffection sur le terrain, tous les jours », analyse Fabien Escalona.  

Que va-t-il advenir d’un parti exsangue ? Difficile de le savoir aujourd’hui. « Les acteurs eux-mêmes sont perdus », souligne le politologue. Selon lui, une première réponse sera donnée aux élections législatives.

« En 1969, lorsque la gauche a subi une défaite cuisante, passant en dessous de la barre des 5 %, la SFIO [l’ancêtre du Parti socialiste] avait un groupe uni à l’Assemblée. Il y avait au moins une substance organisationnelle », explique le chercheur, qui envisage plusieurs scénarios, en précisant bien qu’il est impossible de prévoir quoi que ce soit à l’heure actuelle.

Beaucoup de cadres du parti, qui lorgnent aujourd’hui vers le candidat d’En Marche !, ont bien « l’espoir de faire partie d’une majorité macronienne ». À voir, donc, « si un groupe parvient à se constituer sous la bannière socialiste ».  On peut donc « envisager une scission des hamonistes à l’Assemblée, qui seraient mis en minorité. Ou pire, une désintégration totale de la formation, si jamais ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour constituer un groupe ».

Une défaite à relativiser

Si le parti semble devoir imploser sous l’effet de lignes irréconciliables, il faut pourtant relativiser la situation. En 2002, le Parti socialiste, éjecté du second tour de l’élection présidentielle, avait survécu en dépit des pronostics.

Prudence donc. D’autant que le parti dispose toujours de fonds et de biens immobiliers importants. Si désintégration il doit y avoir, cela prendra sûrement du temps. Même si certains semblent déjà vouloir achever la formation socialiste agonisante. Manuel Valls a par exemple affirmé sur France Inter : « Nous entrons en phase de décomposition […] Il faut être clair. C’est la fin d’un cycle, c’est la fin d’une histoire ».

Roxane Poulain

 
   

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