Les électrices : des électeurs comme les autres

Ils n’ont pas perdu de temps. Dès le lendemain du premier tour, une enquête de l’institut IPSOS s’est penchée sur la sociologie des électeurs : qui a voté pour qui, et comment ? Variable incontournable de ce type d’études : le sexe. On a beaucoup parlé du « vote féminin » dans la seconde moitié du 20e siècle. Aujourd’hui, est-il temps d’arrêter de comptabiliser le vote des femmes ?

 

« Dorénavant, les femmes n’ont plus des comportements particuliers mais se fondent dans le moule des électeurs masculins. » Choix des mots particuliers de la Fondation pour l’innovation politique, qui étudie dans cet article la participation des femmes aux élections.  Quel est ce moule dans lequel se fondent les électrices ?

Dans la même veine, on écrivait dans Lemonde.fr en 2015 qu’en 2012, « selon une étude de l’institut de sondage CSA, le vote féminin n’est plus différent du vote moyen. Nicolas Sarkozy ou François Hollande ont récolté autant de bulletins d’électrice que d’électeur ». Les femmes représentant la moitié des électeurs français, leur vote ne constitue-t-il pas déjà le vote moyen ?

Pendant longtemps, les spécialistes ont relevé des caractéristiques propres aux femmes : plus abstentionnistes, plus à droite, mais plus réticentes à voter Front National.  Certes, les femmes ont été un certain temps plus abstentionnistes que les hommes. Plus de 70 ans après avoir accédé au droit de vote, elles seraient aujourd’hui légèrement plus enclines à s’inscrire sur les listes électorales.

Que dit l’enquête IPSOS, au sujet du premier tour ? Surprise surprise, les trois premiers candidats plébiscités par les femmes sont les mêmes qu’au niveau national. François Fillon arrive, il est vrai, au coude-à-coude devant Marine Le Pen, à 21 % des suffrages exprimés, contre 20 pour la candidate FN.

 

Marine Le Pen, mauvaise dragueuse

 

Le vote frontiste a toujours été moins suivi par les femmes. « L’écart tend à se réduire, peut-être parce que Marine Le Pen fait un peu moins peur que son père »avance Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po. Sans doute aussi parce que Marine Le Pen s’est rendue compte qu’elle avait une carte à jouer au niveau de l’électorat féminin.

Problème, les accents féministes que se donne la candidate sonnent un peu faux face à ses choix politiques. Sur ses 144 propositions pour la présidentielle, une seule est consacrée aux droits des femmes. Enfin, plus ou moins. Dans le point 9 de son programme, elle promet de « lutter contre l’islamisme, responsable du recul [des] libertés fondamentales [des femmes] », contre l’inégalité salariale et la précarité professionnelle et sociale.

Au parlement européen, elle a aussi, méthodiquement, voté contre toutes les résolutions progressistes pour les droits de la Femme. En 2015, lorsque qu’un eurodéputé membre de la commission sur les droits des femmes propose d’adopter une résolution pour le droit à la contraception et l’avortement, la délégation FN la rejette. Comme tous les rapports présentés par cette commission. Comme l’amendement de 2010 portant à vingt semaines le congé maternité.

En France, les députés Gilbert Collard et Marion Maréchal Le Pen ont aussi voté contre la loi sur le harcèlement sexuel et celle pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et ses pans, qui comprend des mesures de lutte contre les violences faites aux femmes.

 

Vote des femmes, vote féministe ?

 

« C’est un espèce de double-discours, dans lequel elle défend l’égalité professionnelle d’un côté mais quand elle a le pouvoir d’intervenir dessus, elle fait en sorte que les femmes n’y parviennent pas », dénonce Rebecca Amsellem, militante féministe.

Dans le cadre de l’élection présidentielle, la créatrice de la première newsletter réservée spécialement aux femmes participe à une campagne intitulée  « elles ont le pouvoir ». Le but : évoquer l’égalité entre hommes et femmes, inciter les femmes à aller voter et compiler les propositions des candidats sur les thématiques liées aux droits des femmes.

 

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L’occasion de relever l’usage politique du Front national des thèmes féministes. Dans une tribune publiée en janvier 2016 sur le site de l’opinion, la candidate n’hésite pas à citer Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question », tout de suite suivi d’un : « J’ai peur que la crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes. »

Aujourd’hui, les différences sociologiques du vote sont plus générationnelles ou économiques que liées au sexe. Il n’est plus pertinent de parler de « vote féminin ». Les femmes, par contre, représentent 53 % de l’électorat français. À quand une enquête d’opinion sur le vote masculin ?

Marième Soumaré

 
   

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