Macron, un golden boy à l’Elysée

ADN. « Le candidat de la finance ». C’est le surnom que ses adversaires ont affublé à Emmanuel Macron lors de la course présidentielle. Le parcours de l’ancien ministre de l’économie dans le privé, au sein de la célèbre banque Rothschild passe mal. Retour sur les liens qu’entretient le candidat d’En Marche ! avec les hautes sphères économiques du pays.

 

 

L’histoire d’amour entre Emmanuel Macron et le petit monde du CAC 40 débute en 2007. Cette année-là, alors inspecteur des finances, il est promu rapporteur adjoint de la commission sur « la libération de la croissance », pilotée par l’intellectuel Jacques Attali. Il n’a pas encore trente ans.

Le patron de Nestlé Peter Brabeck, le fondateur d’Axa Claude Bébéar,  l’ancien PDG d’Essilor Xavier Fontanet…  Dans ce cénacle mis en place au début de la présidence Sarkozy, le gratin des décideurs économiques du pays se côtoie. Le récent promu de l’ENA quitte rapidement son costume de novice et s’intègre à ce club très privé : il se lie d’amitié avec plusieurs de ses membres, au premier rang duquel se trouve Jean-Michel Darrois, un avocat d’affaires dont la clientèle compte les plus grands patrons.

La commission Attali, le coup de foudre

La séduction s’opère. Au point qu’une fois les travaux clôturés, « tout le monde lui a offert un job » relate un participant à deux journalistes des Échos. Emmanuel Macron s’est surtout constitué un réseaux de noms influents qu’il recroisera tout au long de sa route aux allures de voie rapide jusqu’à l’Élysée.

Le diplômé de Sciences Po en personne ne cache pas l’influence de ces nouvelles connaissances sur la suite de son parcours. « La rencontre des membres de la commission qui avaient tous une expérience forte m’a conforté dans l’idée que je devais aller faire mes classes à l’extérieur de l’État, confiait-il en 2010 au journal de la rue Saint-Guillaume. Je me suis tourné vers le privé. »

Rothschild, la lune de miel

Fort de son carnet d’adresses désormais bien rempli, ce sont les mêmes Xavier Fontanet et Jean-Marie Darrois qui l’introduisent auprès de David de Rothschild. Serge Weinberg, président du groupe pharmaceutique Sanofi, chante lui-aussi les louanges du jeune énarque auprès du banquier, qui l’engage dix jours avant que la crise des subprimes n’éclate en 2008.

Banquier d’affaire chez Rothschild pendant quatre années, Emmanuel Macron conseille les entreprises dans leurs opérations de « fusacqs », entendez fusion, rachat, acquisition. Le jeune fonctionnaire continue d’impressionner le gotha économique parisien. François Henrot, banquier star dans la maison « Rothschild », s’émerveille « de sa rapidité intellectuelle, sa puissance de travail, (…) et de son charme ».

Les noms des anciens membres de la commission Attali s’égrainent sur l’agenda du jeune banquier. En 2012, il réalise sa plus grosse opération financière pour le compte de Nestlé, qui rachète le département Nutrition de l’américain Pfizer face à Danone. Coïncidence ? Peu probable. L’inévitable Jean-Michel Darrois a encore une fois joué l’entremetteur auprès du directeur financier de Nestlé, Hans-Peter Frick. Prix de l’opération : 9 milliards d’euros. A la veille d’entrer à l’Elysée en tant que secrétaire général adjoint, le banquier Macron est désormais millionnaire. Son réseau d’influence dans les hautes sphères financières, lui, n’a pas de prix.

Alain Minc, l’autre homme ?

                        24 h Fondapol Paris photo : Steven Wassenaar

Dans la période qu’il passe à la banque Rothschild, un nom reste mystérieusement passé sous silence, celui d’Alain Minc. Ami de David de Rothschild, le président d’AM conseil et de la SANEF reconnaît lui avoir conseillé de recruter le jeune Macron à la banque. Pourtant, il ne s’étend pas quand il s’agit d’éclaircir les relations qu’il entretient avec l’énarque.

En 2010, Adrien de Tricornot, journaliste, vice-président de la société des rédacteurs du Monde semble en avoir fait les frais. Dans un article qu’il rédige à la première personne, le journaliste relate le rôle trouble qu’a joué le jeune banquier dans le processus de recapitalisation de son journal. Le titre de son papier « Comment Macron m’a séduit puis trahi », résume bien l’affaire.

Décidément, impossible d’éviter le lexique amoureux quand il s’agit d’Emmanuel Macron. Ce dernier, qui s’était bénévolement proposé de conseiller les journalistes du quotidien du soir pendant sa restructuration, aurait favorisé l’offre de la société Prisa face à celle du trio Niel-Pigasse-Berger, finalement gagnante. Prisa, conseillée par la société d’Alain Minc. Les doutes demeurent quant à un possible renvoi d’ascenseur…

En Marche !, l’héritage

En 2012, exit la finance. Le banquier rechausse ses souliers de fonctionnaire pour devenir conseiller économique de François Hollande. Le récit de son ascension est désormais bien connu, depuis son poste de secrétaire adjoint de l’Élysée, sa promotion au ministère de l’Économie jusqu’à sa fracassante démission en août 2016 pour lancer son mouvement politique. Les liens qu’il a noués dans les hautes sphères économiques ne sont pas pour autant rompus une fois le jeune loup arrivé en politique.

Pour financer la campagne d’En Marche !, certains patrons n’hésitent pas à soutenir ouvertement le candidat Macron. L’homme d’affaire Henry Hermand a d’abord ouvert la marche, lui qui est considéré comme le mentor politique de l’ancien ministre de l’économie. Le propriétaire de supermarchés, décédé en novembre dernier, avait été le témoin de son poulain à son mariage, et lui avait même prêté l’argent nécessaire à l’achat de son appartement parisien. Devant les caméras du Figaro en septembre dernier, le nonagénaire avait soulevé un pan de la relation qu’il entretenait avec le jeune candidat : « Je ne le quitte jamais ! J’ai une légitimité de parcours à le conseiller sur ses grandes orientations », avait-il déclaré sans ciller, avant « d’inciter toutes ses relations d’affaires à immédiatement aider son protégé ».

D’anciennes relations du candidat se montrent plus prudentes, mais le soutiennent néanmoins dans l’ombre dans sa quête de l’Élysée. En témoigne le texto envoyé il y a quelques mois par la direction de Rothschild à un listing très sélect de banquiers d’affaires parisiens pour les convier à « un apéritif dînatoire de levée de fond ». Sans conteste, les anciens employés de la maison Rothschild sont bien traités.

Un président pro-business

Xavier Fontanel, Jean-Michel Barrois, Claude Bébéar… Tous ses anciens collègues de la commission Attali ont depuis officialisé leur soutien à l’ancien banquier dans la course présidentielle.

Reste à savoir si ces soutiens en cascade influenceront la politique économique menée par Emmanuel Macron s’il est élu président.  Son annonce, le 6 mars dernier, d’une mesure d’assouplissement des règles imposées aux banques et assurances après la crise financière, semble tracer le sillon d’une politique très favorable aux milieux financiers.


Retrouvez tous nos articles ADN


Cécile Frangne

 
   

Copyright © 2018 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.