Mise au point sur… le service civique

MISE AU POINT. Particulièrement en vogue parmi les jeunes, le service civique connaît un essor retentissant. Cependant les deux finalistes de l’élection présidentielle proposent d’aller au delà de celui-ci pour rétablir un ”service national”. Pourquoi donc ? Décryptage.

 

Qu’est-ce que c’est ?

Le service civique est un dispositif d’encouragement à l’engagement citoyen. Cette promesse figurait d’ailleurs sur les programmes de nombreux candidats lors de l’élection présidentielle de 2007. Il a finalement été créé en 2010 par Martin Hirsch, sous le gouvernement de François Fillon. Son objectif est de renforcer la cohésion nationale et de favoriser la mixité sociale, en offrant la possibilité aux jeunes français d’accomplir des missions d’intérêt général rémunérées.
Le service civique a pris la suite du service civil volontaire mis en place en 2006, dont le trop faible développement avait conduit à son abandon alors qu’il devait se substituer au service militaire, suspendu en 1997.

 

A qui s’adresse-t-il ?

C’est un engagement reconnu destiné à tous les jeunes, femmes et hommes, diplômés ou non, âgés entre 16 et 25 ans. Il faut néanmoins être français, ou être ressortissant d’un pays de l’espace économique européen. Il peut également être accessible à certains jeunes étrangers, ayant séjourné de manière régulière sur le territoire français depuis plus d’un an. Le service a été élargi en août 2015 jusqu’à l’âge de 30 ans pour les jeunes en situation de handicap.
Les missions proposées touchent neuf domaines : la culture et les loisirs, le développement international et l’action humanitaire, l’éducation pour tous, l’environnement, l’intervention d’urgence, la mémoire et la citoyenneté, la santé, la solidarité et le sport. Les types de missions sont également divers : lutte contre les discriminations, volontariat écologique, aide pour élèves en difficulté, mission au sein d’un collège de zone d’éducation prioritaire, mission humanitaire au sein d’un pays d’Afrique.

 

Un statut professionnel particulier

Quand on parle de service civique, il s’agit, dans la plupart des cas, d’un engagement d’une durée de six à douze mois. Il faut travailler au minimum 24h par semaine. L’indemnisation, versée directement par l’Etat, est fixée à hauteur de 470,14 € par mois avec une majoration possible, en fonction de critères sociaux, de 107,03 €.
Il existe également un “volontariat de service civique”, ouvert aux personnes âgées d’au moins 26 ans, sans limite d’âge. Sa durée peut s’étendre jusqu’à deux ans. L’Etat le soutient par un ensemble de cotisations sociales. Mais ce dispositif n’a pas encore été au cœur d’une campagne de communication gouvernementale et reste très largement marginal.
Les personnes accomplissant une mission civique ont un statut juridique particulier. Elles n’ont pas signé de contrat de travail à proprement parler, mais leur couverture sociale est complètement prise en charge par l’Etat et elles cotisent pour leur retraite. Une carte leur est par ailleurs délivrée, leur permettant d’accéder à certains avantages. Pour les volontaires demandeurs d’emploi, inscrits à Pôle Emploi, leur statut est conservé mais ils passent de la catégorie 1 à la catégorie 4, celle des demandeurs d’emploi indisponibles, et leur allocation chômage est suspendue.

 

Ce que les candidats proposent

Si Philippe Poutou rejetait le principe de service civique dans son programme, François Fillon et Benoît Hamon souhaitaient le maintenir. Jean Lassalle, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon auraient même œuvré pour le rendre obligatoire.

Quant aux candidats qui se sont hissés au second tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ils ont préféré remettre sur la table le retour d’un service militaire obligatoire, au même titre que Jacques Cheminade.

 

Plus précisément, Marine Le Pen veut un rétablissement progressif du service militaire, avec un minimum obligatoire de 3 mois. Elle s’était déjà posée en pourfendeuse du service civique universel, le considérant comme un « gadget […] pas à la hauteur des enjeux ».

 

De son côté, Emmanuel Macron parle d’un « service national d’une durée d’un mois, obligatoire et universel […] encadré par les armées et la gendarmerie nationale ». Celui-ci concernerait 600 000 jeunes (femmes et hommes) par an, dans les trois ans suivant le dix-huitième anniversaire de chacun. « Son caractère obligatoire ne fera cependant pas obstacle à la prise en compte de l’objection de conscience pour ceux qui refusent le maniement des armes » nuance le programme du candidat d’En Marche. Prévoit déjà une concertation entre les forces politiques, représentants de la jeunesse et forces vives de la nation d’ici fin 2017. Ce service devrait s’aticuler avec le service civique.

 

Une réussite ?

Depuis son lancement en 2010, le service civique a concerné plus de 200 000 jeunes. En 2016, 100 000 personnes ont accompli une mission de service civique. Le budget de l’agence en charge de sa gestion est passé de 8 à 380 millions d’euros pour 2017. Le service civique est connu par 94 % des jeunes selon une enquête de l’Ifop et, généralement, le retour des volontaires est positif. 91 % se sont déclarés satisfaits de l’expérience et 94 % la recommandent.
Le service civique mobilise surtout une population relativement diplômée. Une population qui se voit offrir une chance de travailler malgré l’impasse que représente leur secteur de compétence. Cela permet aux organismes associatifs de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée bon marché.

 

Quelques critiques

Derrière tout cela, il y a bien sûr un bon lot de critiques. Un rapport parlementaire d’information (n°3918) avance « un risque de substitution à l’emploi, permettant d’employer à bas coût des personnels peu qualifiés en remplacement de salariés précaires, sur des postes où l’employeur souhaite, par souci économique, éviter de créer de vrais emplois ». Outre ce frein à l’emploi réel, certains pointent le danger que représente « l’extension du service civique aux services d’incendie et de secours » qui nécessitent l’affectation d’un personnel qualifié.
Globalement, près de la moitié des engagés sont des jeunes diplômés dans l’impossibilité de trouver un emploi réel et 50 % d’entre eux disent que le service civique ne les a pas particulièrement aidés à trouver un emploi après. Par ailleurs, l’indemnisation qu’ils perçoivent se trouve en dessous du seuil de pauvreté, ce qui les place dans une situation précaire.
Cela profite avant tout aux structures associatives. Certaines d’entre elles utilisent même le dispositif pour éviter le coût d’une véritable embauche, en proposant des postes avec qualifications requises, alors que le service civique est normalement destiné aux jeunes, sans tenir compte de leurs qualifications. Autre problème, 56 % des anciens estiment ne pas avoir été accompagnés ou conseillés pendant leur mission pour préparer la suite.

Andréa La Perna

 
   

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