Anatomie d’une manifestation

MISE AU POINT. Le muguet, star du premier mai… tout comme les manifs. Cortège, black bloc et répression policière… Que peut-il se passer pendant les manifestations ?

 

Manifestation, que dit la loi ?

« Constitue une manifestation, tout rassemblement, statique ou mobile, sur la voie publique d’un groupe organisé de personnes aux fins d’exprimer collectivement et publiquement une opinion ou une volonté commune. » Telle est la définition d’une manifestation selon la jurisprudence. Toutefois, pour qu’une manifestation soit considérée comme légale, elle doit suivre une procédure bien précise.

Une déclaration doit en effet être déposée à la mairie de la commune concernée (ou à la préfecture pour Paris), « trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date de la manifestation ». Celle-ci comprend les nom, prénom et domicile des organisateurs et doit être signée par trois d’entre eux. Ceux-ci doivent en plus renseigner le but, le lieu, la date et l’heure du rassemblement, ainsi que l’itinéraire projeté.

 

Qui participe aux manifs ?

 CGT, CFDT, FO… Ce sont bien souvent les syndicats qui mènent la marche des manifestations politiques. Accompagnés de leurs syndiqués et de simples manifestants, les cortèges défilent dans les rues, arborant fièrement leur bannière. Le rassemblement défile  dans les rues en suivant le parcours préalablement communiqué. L’événement se passe souvent dans le calme et en musique.

Existent aussi les manifestations sociétales, qui elles ne visent pas des lois, des partis ou des représentants politiques, mais abordent des thématiques sociales (Mai 68, Manif pour tous, Marche républicaine du 11 janvier 2015…). À l’origine pacifique, les défilés peuvent connaître des débordements. En effet, ces manifestations comptent aussi  leur lot de marginaux, désirant s’exprimer de manière plus violente.

 

Qui sont les personnes qui refusent une manifestation pacifique ?

Il existe dans la société des personnes qui pensent que les manifestations pacifiques ne suffisent pas. Ce sont les « casseurs ». Bien souvent discrédités dans les médias, nombre d’entre eux ne sont pas seulement là pour assouvir un besoin de violence, mais bien pour revendiquer leurs idées.

Une thèse que soutient Isabelle Sommier, enseignante en sociologie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la violence politique et des mouvements sociaux, dans un article des Inrocks : « Le terme “casseur” […] sous-entend qu’il s’agit uniquement d’actes délictueux sans motivation politique. Qu’il y ait parmi ces individus […] des gens qui profitent en quelque sorte du climat de mobilisation sans en partager les objectifs, sûrement. Mais […] leur grande majorité me semble faire partie d’un mouvement qui ne se limite pas seulement à la dénonciation, mais qui témoigne très clairement […] d’une colère générale. »

 

Une nouvelle forme de manifestation, le black bloc

Vêtements noirs, capuche sur la tête, masque sur la bouche et lunettes de piscine : la technique du black bloc est désormais présente dans les manifestations.  Aujourd’hui, les Black blocs (le terme désigne aussi ceux qui utilisent cette technique), sont à la tête de bon nombre de cortèges, rendus anonymes par leur équipement.

Plus qu’un simple moyen de se protéger, c’est un symbole d’unité. L’origine, le sexe, l’âge, la catégorie professionnelle ne comptent plus. Seuls importent les idéaux. Le groupe se retrouve quelques minutes avant le début du défilé, se change rapidement et tente des percées au cours de la marche. Leurs revendications ? Lutter contre le capitalisme et ses symboles (banques, firmes internationales, publicité…), mais aussi s’attaquer à la police, « figure d’oppression ».  Ainsi, quand ils ne détruisent pas vitrines et mobiliers urbains, ils « caillassent » les forces de l’ordre, tentent de les faire reculer et se protègent entre les manifestants.

 Apparue dans les années 70 en Allemagne, la tactique du black bloc s’est depuis répandue à l’international. Elle apparaît en France dans les années 2000, et plus particulièrement lors du G8 qui se déroule à Évian. Quelques années plus tard, en 2009, le mouvement prend de l’ampleur à Strasbourg. Près de 2000 personnes composent le black bloc de la manifestation anti-Otan. En 2014, les black blocs s’installent dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes et s’attaquent au mobilier urbain lors d’une manifestation à Nantes.

 

Quelles techniques la police utilise-t-elle pour contenir la foule ?

La police utilise deux techniques pour contrôler la foule. La première, très fréquente, est l’encerclement de l’intégralité du cortège au début, pendant ou à la fin du parcours. Les policiers sont plutôt espacés et se resserrent au besoin, en particulier pour interdire l’accès ou le départ du cortège.

Depuis peu, la police utilise une nouvelle technique, celle des nasses. Il s’agit d’isoler et d’immobiliser des groupes de manifestants alors que la manifestation est en mouvement. Ainsi, les forces de l’ordre peuvent décider du parcours, du rythme et de la dispersion de la manifestation. Bien souvent, les policiers tentent d’encadrer d’un côté le cortège pacifique et de l’autre le black bloc. Cependant, lors des manifestations contre la loi travail, la technique de la nasse a été utilisée sur des « morceaux » de cortège sans agitateurs. Ce rapprochement physique entre manifestants et forces de l’ordre accroît un sentiment de domination chez les black blocs, qui ripostent alors plus facilement, engendrant une escalade de violence.    

 

Les soutiens parallèles

Avec l’augmentation de la violence dans les manifestations, de petits groupes d’aides se forment. On retrouve de plus en plus des étudiants en médecine, en droit ou simplement des jeunes bénévoles. D’un côté, des volontaires distribuent du sérum physiologique qui permet de rincer les yeux irrités par le gaz lacrymogène et prodiguent les premiers soins aux blessés par des tirs de flashball, de grenade à dispersion ou de coups de matraque, de l’autre, des étudiants en droit se mobilisent pour expliquer leurs droits aux manifestants interpellés. 


Vous aimez la clarté ? Lisez nos « Mise au point »


Anne Monneau

 
   

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