Le dangereux pari de Nicolas Dupont-Aignan

« J’ai donc choisi la France, j’ai choisi Marine. » Nicolas Dupont-Aignan a réaffirmé lundi 1er mai son soutien lors d’un meeting commun avec la candidate frontiste à Villepinte (Seine-Saint-Denis). A 56 ans, le leader de Debout la France table sur une victoire de l’extrême droite pour terminer sa carrière politique sur un poste à hautes responsabilités. Si l’hypothèse, pour le moins incertaine, ne se vérifie pas, son parti et son avenir politique seront sérieusement mis à mal. 

 

C’est ce qui s’appelle retourner sa veste, voire, mieux, changer de costume. Vendredi 28 avril, sur le plateau du 20 Heures de France 2, Nicolas Dupont-Aignan a tranché : « J’annonce officiellement que je soutiendrai Marine Le Pen, je ferai même campagne avec elle sur un projet de gouvernement élargi. » Que s’est-il passé pour que le chef de Debout la France (DLF) appelle à voter pour une candidate qu’il qualifiait de « xénophobe » il y a encore quelques mois ? En 2012, Nicolas Dupont-Aignan ne souhaitait pas jouer le rôle d’un « rabatteur de voix ». En 2017, la donne est différente. La droite de gouvernement, dont il s’est désolidarisé en 1999 pour créer son propre mouvement, a été éliminée dès le premier tour. Marine Le Pen, candidate du Front national (FN), s’est qualifiée. Lui a triplé son score de 2012, atteignant presque 5 %.

 

Pari à tenter

Le Front national et Debout la France appartiennent à la même famille des souverainistes, qui voient l’Union européenne comme cause de l’affaiblissement de la France. Lui prône le retour aux frontières, aux lois, à la monnaie et aux budgets nationaux. Marine Le Pen ne dit pas autre chose. Dès son élection, elle veut engager une négociation avec Bruxelles sur ces quatre souverainetés. Certes, il jugeait son programme « dramatique » et « trop marqué à gauche ». Certes, en mars, il s’énervait sur la chaîne du réseau Outre-mer 1ère : « Arrêtez de vouloir absolument nous mêler. Non, il y a des différences profondes entre nous, je ne suis pas identitariste. Je suis gaulliste, républicain, social, je n’ai rien à voir [avec Marine Le Pen, NDLR]. » Mais il a obtenu un infléchissement de son programme, notamment sur la sortie de l’euro. Et puis, comme il n’a pas atteint les 5 % nécessaires pour que l’État lui rembourse sa campagne, un ex-collaborateur évoque un accord financier avec le FN (d’autres soutiens le réfutent). Surtout, si elle est élue, le chef de Debout la France deviendra son Premier ministre. La présidente du Front national le lui a promis le lendemain de son ralliement. Nicolas Dupont-Aignan est âgé de 56 ans, son parti existe depuis presque vingt ans, et il est encore loin d’accéder au pouvoir.

 


 Si tous les sondages prédisent Marine Le Pen perdante face à Emmanuel Macron, l’écart est beaucoup plus réduit qu’en 2002. Nicolas-Dupont Aignan a pesé le pour et le contre, cinq jours durant. Il en a conclu que l’extrême droite pouvait gagner, et qu’il avait un pari à tenter.

 

« Satellite réduit du FN »

Mais le leader de DLF a aussi beaucoup à perdre. Il joue son avenir politique. C’est l’avis d’un cadre du parti, cité par Aujourd’hui en France « Nicolas Dupont-Aignan progresse à chaque élection, mais il doit trouver que cela prend trop de temps. Il a décidé de prendre un raccourci, il s’est arrimé à la charrette Le Pen. Mais ce n’est pas forcément un pari gagnant. » Conséquence : il se prend de plein fouet le front républicain. « Immense honte » a réagi François Bayrou après le ralliement de son ancien chef de cabinet au ministère de l’Education nationale en 1993. Même dans la commune de Yerres (Essonne) où il est maire, 500 personnes ont défilé dans les rues aux cris de « Dupont-Aignan démission » ou « Si Dupont-Aignan t’as trahi, tape dans tes mains ».  Si cela ne représente que 2 % des habitants de la ville, l’image dans l’opinion publique est peu flatteuse.

 


« Il a décidé de prendre un raccourci, il s’est arrimé à la charrette Le Pen. Mais ce n’est pas forcément un pari gagnant. » (un cadre du parti Debout la France)


 

Le futur de son parti est aussi en jeu. « Mon parti aura des candidats partout aux législatives, face à des candidats FNLes Français conserveront le choix entre deux patriotismes », tempère le chef de DLF sur France 2. Mais, pour beaucoup de cadres du parti, le candidat a trahi son caractère indépendant, humaniste et républicain. D’où des démissions en chaîne dont celle de son vice-président, Dominique Jamet. « Les raisons d’une identité propre [du mouvement] disparaissent », estime à Atlantico Jean-Philippe Moinet, ancien président de l’Observatoire de l’extrémisme. Il qualifie même Debout la France de « satellite réduit du FN ». Réduit car son intégration à ses rangs est isolée. « Tous les candidats à la primaire de la droite ont appelé à faire barrage au FN, comme toutes les grandes voix de LR, présidents de régions, de départements, les maires… », énumère le spécialiste. Il ne donne pas chère de la peau de Debout la France dans les prochaines années : « Il devien[dra] un appendice, qui va rétrécir rapidement, du parti d’extrême droite. »

 


« L’extrémisme absorbe et détruit ceux qui s’en approchent » (Jean-Philippe Moinet, ancien président de l’Observatoire de l’extrémisme).


 

Même un souverainiste comme Philippe de Villiers n’a pas explicitement donné son soutien à Marine Le Pen. La raison ? « L’extrémisme absorbe et détruit ceux qui s’en approchent, juge Jean-Philippe Moinet. C’est ce qu’on compris, depuis longtemps, les responsables et élus de la droite républicaine, y compris les plus droitiers. » Dans un autre genre, on a su aussi de ce qu’il est advenu du soutien de François Bayrou en 2012 à François Hollande. Le MoDem n’en a rien tiré, sinon que la droite l’honnisse et que son indépendance soit discréditée. Si Marine Le Pen échoue à devenir présidente, Debout la France risque d’être tenu au même destin.

Jérôme Hereng

 
   

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