Steeve Briois : un p’tit quinquin président du FN

D’anciennes déclarations négationnistes ayant refait surface dès sa nomination, Jean-François Jalkh a été écarté en catastrophe de la tête du parti frontiste jeudi 27 avril. C’est donc le très médiatique maire d’Hénin-Beaumont (et député européen) Steeve Briois qui récupère la fonction.

 

Originaire de Seclin (Nord), l’actuel maire d’Hénin-Beaumont est petit-fils de mineur, enfant d’un ouvrier de l’alimentaire et d’une comptable. Il est l’une des figures les plus marquantes de la nouvelle stratégie nordiste du parti à la flamme tricolore : se recentrer sur des thèmes sociaux plutôt qu’identitaires. Il est aussi, depuis jeudi, le président du Front national. Une montée en grade à relativiser : le nordiste remplace Marine Le Pen le temps de sa campagne présidentielle, après que le premier choix d’intérim, Jean-François Jalkh, ait vu ressurgir des déclarations négationnistes à sa nomination.

 

Jeune loup (blanc)

Claude Askolovitch, journaliste à L’Obs, avait suivi le jeune Steeve Briois sur ses terres nordistes pour son livre Voyage au bout de la France, une enquête de terrain qui propose de « montrer le FN tel qu’il est ».

Dans ce long article, le journaliste politique décrit Steeve Briois à 25 ans. Il est alors titulaire d’un BTS action commerciale, et quelque temps représentant pour Numéricable, en 1995. Lui et son ami inséparable Laurent Brice sont « des ”Ch’tis” de terrain, malins comme pas permis, qui prennent leur pied au FN ».

Le futur maire d’Hénin-Beaumont, « […] jeune candidat d’origine populaire à l’élégance endimanchée » a « les dents de devant un peu fortes, […] parle vite quand il est gêné, [a] le teint [qui] rosit un peu » mais « il tient le bagout quand même ». Le jeune militant d’alors lui raconte même comment il jouait à se faire peur à 15, 16 ans au lycée, en allant chercher des affiches de Jean-Marie Le Pen : « On allait les chercher en bus, c’était de la folie. On était les seuls Blancs dans un bus rempli d’immigrés, avec des affiches de Le Pen roulées à la main » se vante-t-il.

Steeve Briois élu maire d’Hénin-Beaumont, au soir du 22 mars 2015

Ascension éclair

Le Seclinois a vite gravi les échelons : conseiller municipal frontiste d’Hénin-Beaumont dès 1995, il devient conseiller régional en mars 1998. Steeve Briois se présente aussi à la mairie en 1995 pour la première fois mais ne récolte que 12 % des voix.

Il fait un détour rapide par le Mouvement National Républicain (le MNR, un mouvement plus radical que le FN, né d’une scission avec le Front National) de 1999 à 2001. De retour au FN, il monte rapidement en grade à l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti : suppléant de la candidate lors des législatives de 2007, il est intronisé secrétaire général du parti en 2011. En 2014, il crée la surprise, devenant le premier maire FN d’une ville de plus de 10 000 habitants. Steeve Briois se paye même le luxe d’être élu dès le premier tour, avec 50,26 % des suffrages.

 

Maire local et problèmes locaux

En janvier 2015, l’élu frontiste reçoit le prix de l’ « élu local de l’année » du Trombinoscope, un annuaire politique dont le jury est composé de journalistes politiques. Un prix qui veut « saluer l’action et le professionnalisme de personnalités politiques qui se sont particulièrement illustrées durant l’année écoulée dans le cadre de leur mandat ou de leur fonction », rapporte le site du Trombinoscope. Sur place, les membres du jury sont embarrassés et arguent que le prix salue « les conquêtes du FN en 2014 ». La remise du trophée est boycottée par le président de l’assemblée nationale Claude Bartolone.

 

« Outé » par un jeune auteur du Nord

Le 13 mai 2015, il perd un procès en diffamation contre Octave Nitkowski, un étudiant de Sciences Po Paris de 18 ans, auteur du livre Le Front national des villes & le Front national des champs, qui décrypte notamment les mutations du FN dans le Nord. L’auteur y révèle l’homosexualité de Steeve Briois et de son compagnon, lui aussi membre du FN.

Le Tribunal de Grande Instance de Paris jugera finalement qu’en qualité de personne publique, « l’évocation de l’homosexualité de Steeve Briois [apporte] une contribution à un débat d’intérêt général » et « prime sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée » mais que son compagnon, « dont la notoriété ne dépasse pas le cadre régional », a droit au respect de sa vie privée.

 

Une nouvelle garde FN aux vieux réflexes

Avec Nicolas Bay, lui aussi passé par le MNR et exclu en 2008, ou encore Florian Philippot, qui a fait l’École nationale d’administration (ENA) et se réclame du gaullisme, Steeve Briois représente une nouvelle garde du FN formée autour de Marine Le Pen, plus jeune, réformatrice d’un mouvement entravé par ses nombreuses casseroles et partisane d’une dédiabolisation.

Le militant frontiste nouvelle génération conserve pourtant certains réflexes qui n’auraient pas déparé chez Le Pen père. Steeve Briois est notamment poursuivi pour « incitation à la haine raciale », après un signalement par la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) d’un tweet dans lequel il accuse les migrants d’être des agresseurs sexuels.

Il sera jugé le 11 octobre 2017.

Irvin DECAMPE

 
   

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