La Belgique se passionne pour la course à l’Élysée

VU D’AILLEURS. Un gouvernement composé de quatre partis, un pays divisé en trois Régions et autant de Communautés… La culture française de la majorité monolithique ne s’est pas vraiment exportée outre-Quiévrain. Ce qui n’empêche pas les médias belges de commenter abondamment l’élection présidentielle.

 

Pour une fois, Flamands et Wallons se sont mis d’accord : la course à la présidence française est un sujet digne d’intérêt. Les quatre quotidiens néerlandophones les plus lus ont publié près de 150 articles sur ce thème entre le 23 avril, date du premier tour, et le 2 mai. Metro, Le Soir et La Libre Belgique, quotidiens francophones les plus importants en termes de tirage, ont eux dépassé la barre des 200 articles.

Du côté flamand, la diversité prime

Au nord du pays tout d’abord, Het Laatste Nieuws (libéral, 309 500 exemplaires en 2015, son partenaire De Nieuwe Gazet inclus – chiffres du Centre d’information sur les médias) s’est fendu de plus de 40 publications relatives à l’entre-deux-tours. Le traitement journalistique est assez similaire à celui des grands titres français. Au menu : des compte-rendu des manifestations du 1er mai, un article sur le dépit des électeurs face au choix proposé ou un aperçu des sondages. La couverture de l’actualité politique de l’Hexagone est très factuelle ; la tribune appelant Emmanuel Macron à la prudence fait figure d’exception.

Le tabloïd Het Nieuwsblad (264 900 exemplaires en 2015, son partenaire De Gentenaar inclus) mise sur la diversité plutôt que sur la quantité. Reportages (en Isère ou dans les Alpes-Maritimes), portraits ou revues de presse flamande et française : les 33 articles publiés depuis le 23 avril offrent l’embarras du choix aux lecteurs. Et si l’information brute les lasse, ils peuvent se divertir avec des articles plus légers, sur la femme d’Emmanuel Macron ou les côtés insolites de Marine Le Pen. Het Nieuwsblad se démarque surtout de ses concurrents par sa volonté d’aller sur le terrain français, à la rencontre des électeurs.

Le journal gratuit Metro (110 300 exemplaires en 2015), sans doute contraint par son format court, n’a consacré que cinq articles à la course à l’Élysée depuis le 23 avril. Son équivalent francophone (101 400 exemplaires en 2015) en a publié le triple, sans toutefois proposer de couverture plus détaillée de l’actualité politique française. Les tribunes et prises de position sont sans surprise inexistantes.

 

La « une » du Standaard au lendemain du premier tour (traduction : « Macron sur le chemin de l’Élysée »)

 

Dernier quotidien flamand d’importance, le Standaard (centre droit, 98 000 exemplaires en 2015) offre sans conteste les contenus les plus originaux. Le journal fondé à Anvers soulève régulièrement les enjeux européens de l’élection, mais essaie surtout de donner un point de vue belge sur celle-ci. Si la compilation des réactions des politiciens belges est classique, ce reportage dans un pub macroniste de Bruxelles ou cet entretien avec une figure du parti d’extrême droite Vlaams Belang sur les chances de victoire de Marine Le Pen sont plus innovants.

La prolixité de la presse francophone

Au sud de la Belgique, Le Soir (centre, 69 600 exemplaires en 2015) a publié plus de 70 articles liés à la présidentielle depuis le 23 avril. Le traitement de l’actualité politique française est relativement complet, entre l’annonce de ralliements, les récitsun peu de people et un constat inhabituel de la victoire de la droite. Spécificité du journal bruxellois : l’attention portée aux ralliements à Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de Zinédine Zidane, de Dany Boon ou de Jean-Claude Juncker.

 

À La « une » du Soir au lendemain du premier tour.

 

La Libre Belgique (centre gauche, 41 500 exemplaires en 2015) truste la première place de ce classement belgo-belge avec plus de 110 articles. Ici, on privilégie les « pas de côté » par rapport aux informations mainstream. Après le duel Macron-Le Pen à Whirlpool, le quotidien francophone a par exemple donné la parole à des ouvriers polonais de l’entreprise, pour avoir leur avis sur la délocalisation de l’usine d’Amiens. Autre traitement insolite de l’actualité française : un article (inspiré de celui de L’Opinion) sur la traduction chinoise des patronymes des deux finalistes.

Le journal francophone insiste particulièrement sur le pic de fréquentation observé sur les sites belges au soir du premier tour. Son partenaire La Dernière Heure/Les Sports (tabloïd, 59 000 exemplaires en 2015), également membre du Groupe IPM, se contente de reprendre certains articles de La Libre Belgique.

Troisième communauté linguistique du pays, les germanophones de Belgique étaient 11 750 à lire le journal Grenz Echo en 2015. Classé au centre droit, le titre n’a publié que quatorze articles sur l’élection présidentielle depuis le premier tour. Devant parfois lutter pour leur légitimité en Belgique, il est logique que les 76 000 habitants des cantons de l’Est accordent un peu moins d’importance à la course à l’Élysée.

L’exception germanophone ne change rien à l’intérêt global de la presse belge pour l’élection. Autre sujet commun aux médias français et belges : la percée d’un parti de gauche radicale dans les sondages. Le Parti des travailleurs de Belgique de Raoul Hedebouw flirte avec la barre des 20 %, comme Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour. Ou comment décliner l’insoumission en noir-jaune-rouge…

Damien Gaudissart

 
   

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