[EN IMAGES] Un 1er mai entre banderoles et lacrymos

À sept jours du second tour, nombre d’électeurs sont encore divisés sur la conduite à tenir au second tour. Emmanuel Macron ? Marine Le Pen ? Aucun des deux ? Les manifestations du 1er mai ont été le théâtre de la division syndicale sur le sujet, mais aussi de violents affrontements entre casseurs et forces de police.

 

Coup dur pour le syndicalisme français. Cette année, la CFDT a fait bande à part en refusant de se joindre au cortège. L’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires est sur la ligne de départ, place de la République. Elle mobilise entre 30 000 et 80 000 manifestants. On est loin du 1er mai 2002, où près de 900 000 personnes avaient défilé contre Jean-Marie Le Pen. Dix fois plus qu’en 2017. La CFDT a elle rassemblé quelque 300 personnes dans le quartier de Stalingrad, dans le XIXe arrondissement.

Des militants d’Attac ont bien « fêté » le travail. Déguisés en « capitalistes » ou en« prolétaires » au départ du cortège, boulevard du Temple, ils ont manifesté leur rejet des candidats présents au deuxième tour, et leur intention de continuer la lutte quel que soit le vainqueur. « L’immunité bancaire » sur la pancarte vise sans aucun doute le candidat d’En Marche !, ex-banquier d’affaires.

« Vous avez les boules ? Venez jouer ! » Sur le bord de la route, l’association Attac appelait les manifestants à essayer leur nouveau jeu « en marche et crève », inventé à l’occasion de la Fête du Travail. Le concept est simple : vous prenez quatre boules en tissu, et vous prenez l’un des deux candidats du second tour pour cible. « Score double » si vous touchez Marine Le Pen.

Place de la République, quelques minutes avant le départ du cortège. De nombreux groupes sont venus manifester pour des causes internationales diverses : libération des détenus sans-papiers, la reconnaissance d’un État kurde, ou encore l’indépendance du nord du Sri Lanka (les Tamouls). Ici, les militants des Maisons des Potes protestent notamment contre la présence du « F’haine » au second tour, et contre les accords de Dublin.

Le« Pink Bloc » a défilé contre le « bleu marine », parce que la couleur « ne va avec rien ». Derrière la banderole, des militants pour les droits LGBT, des anti- Manif pour Tous, ou encore Act Up Paris ont protesté contre la candidate FN. Le cortège était là pour remettre la lutte contre le sida sur la table, un des sujets absents de la campagne présidentielle.

Au rassemblement initié par la CFDT, le mot d’ordre était :« Votons utile » – comprenez Emmanuel Macron. Une toute autre ambiance règne dans le cortège de l’intersyndicale, où les manifestants sont plus divisés à propos du vote utile. Interpellée par un abstentionniste, cette manifestante avec la pancarte réplique :« Je voterai Macron, et me battrai contre lui. Tout sauf Le Pen ». Une hérésie pour de nombreuses personnes présentes :« J’ai manifesté tout le printemps dernier, c’est pas pour voter pour lui ».

Des centaines de lycéens et étudiants ont défilé en ce 1er mai d’entre-deux-tours, souvent pour rappeler leur déception des résultats du premier tour. Une insoumise brandit un écriteau « hypocrites », en référence au discours de Jean-Luc Mélenchon le 28 août à Toulouse, parodié par Khaled Freak, et largement repris sur internet (https://www.youtube.com/watch?v=cm1AQk30kFs). A droite, le jeune étudiant porte une pancarte « Ce sont des tartuffes », autre référence au candidat de la France insoumise.

Il est 15h30. La manifestation a commencé depuis un peu plus d’une heure, et quelques violences contre le mobilier urbain émaillent l’événement. Un abribus est détruit par des jeunes casseurs cagoulés vêtus de noir : le Black bloc. Plus tard, un scooter brûlé, des vitrines de banques et multinationales explosées, ou une station Autolib’ seront les cibles d’une partie de ce groupe.

Au premier plan, deux militants de la mouvance autonomiste. Aux côtés des anti-fascistes et des anarchistes, ils faisaient parti du« Black bloc » en tête de cortège. Leur but : briser les cordons de CRS – voire attaquer les forces de l’ordre, figure d’oppression et symbole de l’État et du capitalisme. Équipement obligatoire pour se protéger des bombes lacrymogènes et autres projectiles : lunettes de piscine, masques à gaz, et casques de vélos/motos pour certains.

La tension monte entre le bloc et les forces de l’ordre. À mi-parcours, avenue Daumesnil, les insultes fusent : « policiers assassins, policiers violeurs ». Les chants anti-flics résonnent :« Et tout le monde déteste la police », auxquels les forces de l’ordre répliquent : «dégagez »,« fermez-là », ou plus succinctement : « gauchiasse ». Un manifestant dépourvu d’équipement tente de briser le cordon en hurlant :« Nous ne reculerons pas ».

Les bombes lacrymogènes des CRS fusent en réponse aux jets de pierres venant des Blacks blocs. L’effet est réussi : le groupe éclate, le cortège est coupé en deux, mais des manifestants « lambda » sont touchés – des familles, enfants inclus. Les chants reprennent en force :« Siamo tutti antifascisti », traduit de l’italien : « nous sommes tous antifascistes ».

À 150 mètres de l’arrivée place de la Nation, les violences s’intensifient entre le Black bloc et les forces de l’ordre. Ici, le groupe de CRS se retrouve encerclé par les groupes les plus violents, mais pas seulement. Autour, des dizaines de journalistes et photographes se bousculent pour photographier la scène d’affrontement. Au centre, le policier, couvert par le bouclier de son collègue, s’apprête à tirer des flashballs dans le tas pour disperser le bloc.

 

Touché. Le jeune homme au premier plan a été victime d’une grenade de désencerclement et du tir de flashball. Les «street medics» se précipitent pour lui venir en aide. Ces médecins de rue, souvent étudiants en médecine, parcourent la manifestation pour apporter les premiers secours, et distribuer du sérum physiologique pour rincer les yeux des victimes de gaz lacrymogène. Effet réussi pour les CRS : le groupe le plus violent est dissolu, au moins pour quelques instants.

 

Deux minutes à peine après les tirs de flashball et de grenades de désencerclement, les antifascistes et anarchistes ne tardent pas à répondre. A coups de projectiles et de pétards, le Black bloc réussit à faire reculer le cordon de CRS de quelques mètres. Un grand vide s’installe entre eux et le reste du cortège, et les gaz lacrymogènes font fuir de nombreux manifestants.

 

Après une offensive des CRS à coups de gaz lacrymogène, un cocktail molotov vole en direction du policier en possession du lanceur de flashballs. Au moment de cette prise de vue, nous sommes à peine à 100 mètres de la place de la Nation, la fin du parcours. Plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants, six du côté des forces de l’ordre, dont deux gravement atteints. La presse internationale ne retiendra que cette image à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle.

Photos et légende : Clément Bolano

 
   

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