Mélenchon, consulter pour mieux voter

 

EN CAMPAGNE. Le 23 avril au soir, Jean-Luc Mélenchon n’a pas annoncé son ralliement à l’un des deux vainqueurs du premier tour ni donné de consigne de vote claire. Il a proposé à la place une consultation des militants de la France insoumise. Une première en France.

 

C’est une tradition de la présidentielle: au soir du premier tour, commence le bal des soutiens et des ralliements des candidats déchus aux deux vainqueurs qui poursuivent leur course à l’Élysée. En 2012, le quatrième homme, Jean-Luc Mélenchon, qui avait récolté près de 4 millions de voix, appelait à voter « sans condition » pour François Hollande.

Un choix qu’il n’a pas reproduit en 2017. Arrivé quatrième, mais cette fois avec plus de 7 millions de voix, il n’a pas donné de consigne de vote. « Je n’ai reçu aucun mandat des 450.000 personnes qui ont décidé de soutenir ma candidature pour m’exprimer à leur place sur la suite, a-t-il cette fois déclaré. Elles seront appelées à se prononcer sur la plateforme, et le résultat de leur expression sera rendu public. » Son porte-parole, Alexis Corbière, a depuis précisé qu’il souhaitait que « pas une voix (n’aille) au Front national. »

 

Une inconnue : comment voteront les électeurs de Mélenchon

Les résultats ont été annoncés le 2 mai. Sur les 450.000 Insoumis appelés à se prononcer, seuls 243 128 se sont exprimés. Le vote blanc ou nul l’emporte avec 36,12% des voix. Ils sont 34,83% à vouloir reporter leurs bulletins sur Emmanuel Macron. Un peu moins d’un tiers d’entre eux (29,05%) ont choisi l’abstention. Un résultat qui reste indicatif : 250.000 personnes seulement se sont exprimées, alors que le candidat avait rassemblé 7 millions d’électeurs amenés à se prononcer une nouvelle fois dimanche.

Le leader de la France insoumise, critiqué pour cette absence de position, l’a clarifiée le 28 avril, sur sa chaîne Youtube. Il a annoncé qu’il voterait au second tour, signe qu’il ne privilégie pas l’abstention, et confirmé qu’il ne voterait pas FN. Restent toujours deux choix : le vote blanc ou le vote Emmanuel Macron. « Ce que je vais voter, je ne vais pas vous le dire. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce que je vais faire, mais je ne le dis pas pour que vous puissiez rester regroupés », a lancé l’ancien candidat.

 

 

Car sans consigne de leur chef, ses troupes se divisent depuis le soir du premier tour sur la question. Historiquement, la gauche a toujours voté pour faire barrage au Front national : en 2002, Jean-Luc Mélenchon lui-même avait appelé à voter Chirac avec « des gants » ou une « pince » pour contrer Jean-Marie Le Pen. Mais une partie des Insoumis semble préférer l’abstention, ce qui pourrait mettre Emmanuel Macron en difficulté.

 

L’opposition Macron-Mélenchon

Il faut dire qu’Emmanuel Macron n’aura pas facilité un potentiel rapprochement. « Je respecte Jean-Luc Mélenchon, je respecte tous ses électeurs, mais je n’irai pas les chercher en changeant le programme que je porte», a déclaré le candidat d’En Marche ! au 20h de TF1 le 1er mai.

Jean-Luc Mélenchon l’avait appelé le 30 avril, sur le même plateau, à faire des concessions, notamment sur la réforme du travail. Une demande rejetée par Emmanuel Macron, qui arguait vouloir garder « une cohérence » et refuse « les petits arrangements d’arrière-boutique. »

 

Mélenchon inaugure la consultation de l’entre-deux tous

Si la consultation de ses militants fait figure d’innovation, Jean-Luc Mélenchon n’est pas le premier candidat à refuser d’apporter clairement ses voix à l’un des finalistes. En 1969, le communiste Jacques Duclos avait déjà appelé à l’abstention face à Georges Pompidou et Alain Poher, refusant de choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet ». En 1981, la très chiraquienne Marie-France Garaud – qui, en 2017, a exprimé son soutien à Marine Le Pen – soutient le vote blanc une fois son poulain éliminé. Mauvais joueur, Jacques Chirac, arrivé en 3e position, rompra aussi la tradition des soutiens, en annonçant voter « à titre personnel » pour Valéry Giscard d’Estaing, sans appeler clairement au report de ses électeurs vers le candidat de centre droit.

Louise Thomann


Lire aussi: Le jeu des différences entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon


 
   

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