Presse régionale : le jeu des 4 familles de l’entre-deux-tours

EN CAMPAGNE. On se souvient de la Une « Eh Manu, tu redescends ? » de Libération du mercredi 26 avril. Mais, en région, que pensent les journaux du duo du second tour Le Pen – Macron ? Parmi les éditorialistes locaux, quatre familles se dégagent, qu’elles soient dubitatives ou plus enthousiastes, désabusées ou pragmatiques. Et non, ces familles ne sont pas irréconciliables : certains journaux peuvent être optimiste un jour, et sceptique trois jours plus tard. Revue de presse non exhaustive, de L’Abeille de la Ternoise au Télégramme de Brest.

 

Les sceptiques

 

Qui aurait imaginé une telle Une il y a quinze ans ? © J.HERENG

Après l’épisode médiatique de Whirlpool à Amiens, la majorité des éditorialistes des quotidiens régionaux ont émis des doutes sur la solidité d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Ce que résume bien Bruno Mège dans La Montagne jeudi 27 avril. « Les commentateurs, qui ne lui [Marine Le Pen] sont guère favorables (c’est un euphémisme), la créditent aussitôt de la victoire dans le match de Whirlpool. »

« L’Etat de grâce d’En marche ! est passé dans l’essoreuse. » Didier Rose, Dernières Nouvelles d’Alsace

Ainsi prévient Gilles Debernardi dans Le Dauphiné Libéré de jeudi : « Le jeune Macron a donc plutôt intérêt à ne pas rater sa fin de campagne. » Dans les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) le même jour, Didier Rose enfonce le clou, tout en métaphore sur les sèche-linges fabriqués par l’usine : « L’État de grâce d’En marche ! est passé dans l’essoreuse. » Dans Le Progrès de Lyon, Francis Brochet attaque son article sans mâcher ses mots : « Il est des instants où une campagne peut basculer, d’un côté ou d’un autre… C’est sans doute ce qui s’est passé à l’usine Whirlpool d’Amiens. » Quant à Bruno Bécard dans La Nouvelle République de Tours, le débat du candidat Macron avec les ouvriers ne semble l’avoir guère convaincu : « Voilà un peu de chair dans son discours, rassurant peut-être. » Au niveau de la capacité du trentenaire à rassembler, on décèle même une pointe d’ironie dans la plume de Sébastien Lacroix de L’Union de Reims : « Il devra former des coalitions avec d’autres partis, au gré des réformes. Heureusement, soyez rassurés, Macron est très, très fort. »

 

Les réalistes

 

L’hebdomadaire du Loiret ne se voile pas la face : les territoires ruraux ont voté en masse pour le FN © JOURNAL DE GIEN – CENTRE FRANCE

Au lendemain du premier tour de la présidentielle, Bernadette Loubier du Quotidien de la Réunion se désole de la situation sur l’île. Marine Le Pen, à 23,5 % au premier tour, a multiplié son score par huit en quinze ans. Elle tance : « Parler d’une montée frontiste ne paraît même plus assez fort. » Dans Le Télégramme de Brest, Hubert Coudurier évoque mercredi 26 avril Georges Fenech, député Les Républicains du Rhône, qui pronostique la victoire du FN. Et l’éditorialiste s’inquiète : « Or, le passé a prouve que l’homme a du courage et de l’intuition. » Dominique Jung des DNA mercredi est tout aussi lucide : « Le vote FN n’est plus un tabou », compare-t-il avec le front républicain uni de chez uni de 2002.

« Quel que soit le vainqueur, de Macron ou Le Pen, nous entrerons dans une autre France. » Frédéric Petronio, L’Avenir de l’Artois

Dans l’hebdomadaire L’Écho du Berry, Ludovic Mesnard sait le sort qu’attend le ou la vainqueur(e) après le 7 mai : « Une volonté de (vrai) changement que ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen ne pourront […] incarner seuls, condamnés à composer avec d’autres. » Un peu plus au nord, dans le Loiret, François Basley dans Le Journal de Gien jeudi exprime bien le désespoir des ruraux qui se jetteraient dans les bras de l’extrême droite : « Comment bien vivre dans les bourgs, les villages et les hameaux […] vides de commerces, désertés par les médecins, les services, les transports en commun, abandonnés dès que possible par des jeunes forcés de s’expatrier par manque […] d’avenir sur place ? » Le même jour, Frédéric Petronio de L’Avenir de l’Artois poursuit le raisonnement : « Quel que soit le vainqueur, de Macron ou Le Pen, nous entrerons dans une autre France. »

 

Les déçus

 

Le quotidien de gauche voit déjà l’étape d’après : les législatives en juin © J.HERENG

La presse régionale n’a aujourd’hui plus de rôle d’opinion comme l’ont Libération ou Le Figaro au niveau national. À quelques exceptions près. Dans le Tarn, Le Journal d’Ici est meurtri dans son édito du 27 avril, avec cette phrase en épigraphe : « La droite française est toujours la plus bête du monde. » Pour Pierre Archet, son directeur, en plus d’avoir perdu une élection imperdable, « les responsables nationaux [des Républicains] foncent tête baissée dans le piège redoutable du front républicain tendu par la gauche. » Il s’indigne : « Une farce. Car, pas plus que son père en 2002, Marine Le Pen n’a pas la moindre chance d’être élue le 7 mai prochain. » Par cette stratégie, il voit déjà la droite perdre aux législatives de juin : « Si les responsables républicains voulaient faire la courte échelle à l’héritier de Hollande pour l’aider à obtenir la majorité parlementaire, [ils] ne s’y prendraient pas autrement. »

« La droite française est toujours la plus bête du monde » Pierre Archet, Le Journal d’Ici

À gauche, le quotidien La Marseillaise tente d’espérer le 24 avril, avec un duel sans candidat socialiste : « Il faudra donc passer par un vote ‘’contre’’ pour se donner les moyens de construire un ‘’pour’’ », affiche Sébastien Nadau. Un appel implicite à voter pour le candidat d’En Marche !, mais « il ne faut pas attendre d’un candidat libéral qu’il défende les intérêts des couches populaires de la société. » Quelques jours plus tard, l’irritation redouble sous la plume de Mireille Ribaud. Elle abhorre les cadors qui appellent à voter pour la candidate d’extrême droite. « En fait de combat contre le libéralisme, c’est bien de la promotion de la haine et de l’exclusion dont il s’agit. Intolérable. »

Dans L’Hebdo des Savoie, jeudi 26 avril, Lady Marianne est insatisfaite de ce second tour : « Personne, à mon avis, ne peut se réjouir du résultat des élections. » Ce duel pour l’élection suprême ne semble pas non plus enchanter Brice O’Hayon, de La Tribune de Montélimar. Il cite cette phrase d’Edouard Herriot « que beaucoup n’auraient pas dû oublier » : « La politique, c’est comme une andouillette : ça doit sentir la merde, mais pas trop. »

 

Les optimistes

 

Le V de la victoire, le visage de Marine Le Pen absent : pour l’hebdomadaire lorrain, Emmanuel Macron n’a plus qu’à franchir la dernière marche © LA SEMAINE DE METZ

Ils sont minoritaires dans le paysage de la presse régionale, mais ils existent. Dans les DNA du 26 avril, Dominique Jung, à l’inverse du Journal d’Ici, se satisfait de l’état de la droite : « Sa défaite aurait pu la précipiter dans un chaos doctrinal et stratégique pour une cause de soudaine attirance lepéniste. Ce n’est pas le cas. »

« Après l’humiliation de Jospin, la gauche sociale-libérale tient sa revanche [avec Macron] » Hubert Coudurier, Le Télégramme de Brest

Après le premier tour, Hubert Coudurier dans Le Télégramme croit que « quinze ans après le choc de 2002 et l’humiliation de Jospin, la gauche sociale-libérale tient sa revanche [avec Macron]. » Dans Charente Libre le 24 avril, Jean-Louis Hervois est confiant pour le second tour. Il estime que Marine Le Pen ne sera pas « le dernier obstacle du lucky », mais plutôt le « tremplin ». Après le « guet-apens » de l’usine Whirlpool, il va à contre-courant de ses collègues éditorialistes : « Macron a réussi l’épreuve avec mention. » Mais tempère : « Pour faire partager son optimisme combatif à plus de la moitié des Français, Emmanuel Macron va se heurter à un mur. » Optimisme assumé encore de Pierre Schmidt dans La Voix de la Haute-Marne du 28 avril. Dans les oreilles des deux candidats, il aimerait chuchoter, en bon catholique, cette phrase de l’Evangile : « Aimez-vous les uns les autres. » L’éditorialiste qui dit explicitement vouloir voter Macron résume le choix du second tour entre « le repli dans une maison vermoulue » et « la béate modernité économico-sociale ».

 Quid de « la sagesse populaire », décrite par Philippe Caron le 27 avril dans L’Abeille de la Ternoise ? Dans les DNA lundi, Dominique Jung espère que les électeurs ne l’ont pas perdue. « Avons-nous une cervelle de moineau incapable de repérer ce qui est ouverture et ce qui est impasse à propos de l’Europe ? », s’insurge le rédacteur en chef du quotidien strasbourgeois. Jean de Charon dans La Semaine de l’Allier du 27 avril garde lui « l’espoir que nous soyons encore un grand peuple. »

 Jérôme Hereng

 
   

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