Débat de l’entre-deux-tours : tension et coups bas

 

EN CAMPAGNE. Tout au long des deux heures de débat, les deux candidats se sont affrontés sur leurs projets profondément antagonistes. Un débat avant tout extrêmement tendu où Marine le Pen et Emmanuel Macron ont souvent parlé l’un sur l’autre, rendant l’échange inaudible, parfois violent.

 

Marine le Pen commence le débat. Les hostilités, plutôt : elle choisit de charger immédiatement celui qu’elle décrit comme « l’enfant chéri du système » qui a « conservé la froideur du banquier d’affaires ». Cette première invective est révélatrice du style constant de la candidate frontiste sur tout le débat, dans l’attaque ad nauseam d’Emmanuel Macron sur son « bilan », l’accusant d’être soutenu par ce fameux « système ».

Le sourire en coin, voulant jouer l’apaisement et surtout une posture présidentielle, Emmanuel Macron répond par « l’esprit de conquête » français face au « repli » proposé par Marine le Pen. Elle a apporté une pile de chemises multicolores, veut montrer qu’elle a préparé ses dossiers. Vieux, de préférence : les références au « bilan » d’Emmanuel Macron au gouvernement sont constantes. Il est tenu intégralement responsable du quinquennat de François Hollande. Les échanges sont souvent inaudibles. Tournent souvent en boucle. Marine le Pen le surnomme « Hollande junior », quand ce dernier lui renvoie l’accusation d’héritière.

 

Coups bas et approximations

L’échange a parfois été tendu entre les deux candidats

Les coups bas se multiplient d’emblée, références à la Rotonde, ou à « la famille le Pen ». Le premier débat sur le fond est initié par Marine le Pen, sur une thématique étonnante : le groupe SFR, où elle accuse Emmanuel Macron d’être complice des « grands groupes », en l’occurrence celui de Patrick Drahi. La démonstration de Marine le Pen s’achève sur « vous buvez des coups à ” La Rotonde ” avec les puissants »« Vous n’êtes pas la candidate de la finesse», lui répond le candidat.

Sur la fiscalité ou l’Europe, Marine le Pen se mue en Margaret Thatcher : « Nous allons rendre l’argent aux Français ! » . Elle le pointe du doigt. Emmanuel Macron se tient en avant : « Vous payez ça avec l’argent de qui ? » Car les attaques de la candidate se font de moins en moins précises. Sur l’Europe, elle peine à argumenter. La question du terrorisme ne calme pas le jeu. Les références à l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) ou le « crime contre l’humanité » de la guerre d’Algérie – phrase malheureuse d’Emmanuel Macron en Algérie – sont ressorties en vrac par Marine le Pen.

 

“Sauts de cabris”

Ce débat est aussi le temps d’une petite guerre de mémoire. Après les très, très vieux dossiers de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron enchaine derrière sur le Vel d’Hiv. Marine le Pen se réclame du général de Gaulle, « Laissez le général de Gaulle tranquille » rétorque le candidat, et la cible sur la liberté de la presse en faisant une référence très appuyée à l’éviction d’Anne-Claire Coudray.

Journalistes, qui justement, peinent à arbitrer le débat. Nathalie St-Cricq et Christophe Jakubyszyn sont d’abord effacés, puis tentent de s’imposer, en vain.

 

Sur les questions européennes, Marine le Pen patine et peine à argumenter. Elle attaque. Nathalie St-Cricq s’agace : « On parle de Monsieur Trump pas du Qatar ! » Sur l’islam, des vieux dossiers. Marine le Pen insinue que des courants islamistes radicaux « tiennent » Emmanuel Macron. Il répond avec les fameux « sauts de cabris ».

 

“Ces débats sont sérieux, Mme Le Pen”

Nathalie St-Cricq (France 2) et Christophe Jakubyszyn (TF1) ont eu du mal à contenir les deux candidats

Le candidat d’En Marche ! sort alors de sa posture présidentielle, et tente parfois de raisonner Marine le Pen. Voire de la sermonner : « ces débats sont sérieux, Mme le Pen ». Qui le traite de « professeur ». Lui critique les approximations de la candidate, très nombreuses durant ce débat. Elle multiplie les phrases choc, souvent sans fond : « l’École a été saccagée par les socialistes ». Même sur les questions d’éducation, Marine le Pen attaque avant de faire ses propositions. Elle critique l’indépendance des institutions et de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Insinuant même un compte offshore aux Bahamas pour Emmanuel Macron. « Vous n’êtes pas digne » de la fonction, lui répond Emmanuel Macron.

Le débat gagne encore en intensité, en invectives. Un débat plus court qu’en 2012. « On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire » . Marine le Pen reste la bouche ouverte. Et ne répondra qu’en tentant un humour crispé. Sur la carte blanche d’Emmanuel Macron, elle finit sa dernière phrase « avec François Hollande ». Puis rit, une dernière fois. Ils ne se serreront pas la main.


William de Lesseux

A lire aussi : Le résumé en GIFs du débat


 
   

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