Débat d’entre deux tours : Marine Le Pen championne de l’intox

 

INFAUX. Faux, faux et faux : les fausses affirmations se sont invitées mercredi 3 mai lors du débat d’entre-deux-tour. À quelques jours du second tour de la présidentielle, Marine Le Pen s’est érigée en reine de l’intox. Retour sur six intox qui ont marqué le débat.

 

 

  • Sur la vente de SFR…

Ce qu’elle a dit : « Évidemment, vous étiez ministre [quand SFR a été vendu]. M. Montebourg refusait que SFR soit vendu à M. Drahi et le jour où M. Montebourg a été remplacé, par vous M. Macron, immédiatement vous avez signé la vente.»

Pourquoi c’est incorrect :

La vente de SFR à Numericable a été approuvée à l’unanimité par le Conseil de surveillance de Vivendi le 5 avril 2014, soit plus de quatre mois avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au poste de ministre de l’Économie, le 26 août 2014. Il était alors encore conseiller à l’Élysée et c’était Arnaud Montebourg qui était à Bercy.

Emmanuel Macron était bien ministre de l’Économie lorsque l’opération s’est conclue officiellement, en novembre 2014, mais ce n’est pas lui qui en a été l’artisan. Il s’est d’ailleurs ensuite opposé publiquement au rachat de Bouygues par SFR-Numericable.

 

 

  • Sur le Crédit d’impôt compétitivité emploi…

Ce qu’elle dit : « Vous avez fait la seule chose que vous savez faire M. Macron : vous avez aidé les grands groupes. Comme d’habitude. Le CICE vous l’avez accordé en fait en priorité aux grands groupes. »

Pourquoi c’est faux :

Le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) est une mesure mise en place en 2013, permettant aux entreprises employant des salariés de bénéficier d’un crédit d’impôt de 4%, puis de 6%.

Un rapport du ministère de l’Économie publié en janvier 2016 dément clairement l’affirmation de la candidate Front National. Elle évalue à 58% la part des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) dans la totalité des crédits d’impôt enregistrés en 2013 et 2014. Contre 30% pour la part des grandes entreprises, et 22% pour les entreprises de tailles intermédiaires.

En janvier 2016, l’État avait déjà versé près de 19 milliards d’euros de CICE aux entreprises en ayant fait la demande. Les TPE-PME ont été les principales bénéficiaires, avec 11,9 milliards touchés depuis 2014, contre 3.6 milliards pour les grandes entreprises.

 

 

  • Sur les effets du Brexit…

Ce qu’elle a dit : « L’économie britannique ne s’est jamais aussi bien portée que depuis que les Britanniques ont décidé de reprendre leur liberté. »

Pourquoi c’est faux :

C’est faux pour la simple et bonne raison que le Royaume-Uni n’a pas encore quitté l’Union européenne et que sa situation n’a pas changé.

Certes, en 2016, l’économie britannique a bien enregistré une croissance de 2% de son produit intérieur brut (PIB). Mais le référendum sur la sortie de l’Union européenne a eu lieu uniquement le 23 juin 2016, et les négociations concrètes n’ont été officiellement ouvertes que le 29 mars 2017, lorsque l’article 50 sur la sortie de l’UE a été activé. La croissance de 2016 n’a donc rien à voir avec le Brexit puisqu’il n’avait pas encore commencé à produire ses effets.

En fait, les premiers effets commencent uniquement à se faire ressentir. La croissance britannique a connu un ralentissement au premier trimestre 2017, puisque le PIB a progressé seulement de 0.3% contre 0.7% au quatrième trimestre 2016.

 

 

  • Sur le coût de la participation à l’Union européenne…

Ce qu’elle a dit : « Votre Union européenne, c’est 9 milliards d’euros par an. »

Pourquoi c’est faux

9 milliards d’euros : c’est le chiffre que Marine Le Pen a évoqué concernant la participation française au budget de l’Union européenne. Un chiffre largement surestimé si on en croit les chiffres du Parlement européen, qui évaluent la contribution nette de la France au budget de l’UE à 4,5 milliards d’euros en 2015.

On peut ajouter à cette somme les ressources propres de l’Union, comme les droits de douane ou les cotisations sur le sucre, qui sont prélevées par les États et directement versées au budget européen. Ces ressources propres représenteraient 1.6 milliard d’euros en 2015 d’après le projet de loi de finances pour 2017. Le coût total de participation s’élèverait donc à près de 6 milliards, bien loin toujours des 9 milliards avancés par la candidate frontiste. Chiffre d’ailleurs indiqué par Emmanuel Macron en réponse à Marine Le Pen durant le débat.

D’ailleurs, ces calculs ne prennent pas non plus en compte les avantages et inconvénients indirects liés à l’appartenance de la France à l’UE, par exemple l’accès au marché commun. Cette affirmation est donc très réductrice.

 

 

  • Sur les effets de l’euro sur le pouvoir d’achat…

Ce qu’elle a dit : « L’euro a eu des conséquences très lourdes sur le pouvoir d’achat des Français. Sa mise en place a entraîné une augmentation spectaculaire des prix. »

Pourquoi c’est faux :

L’indice des prix à la consommation, calculé par l’INSEE, a certes progressé de 20,8% entre 2002 et 2015 (soit en moyenne de 1,6% par an). Mais si on regarde une période plus longue, on constate que cet indice avait aussi progressé entre 1990 et 2002, de 22,8% (soit en moyenne de 1,9% par an). L’entrée en vigueur de l’euro n’a donc rien à voir avec l’augmentation des prix à la consommation, qui suivent une évolution constante à la hausse.

En plus, ce que les chiffres ne montrent pas, c’est que les habitudes de consommation ont changé entre les décennies 1990 et 2000. Par exemple, les téléphones ou les ordinateurs portables étaient moins courants dans le budget des Français dans la décennie 1990.

 

 

  • Sur la mise en place de l’euro…

Ce qu’elle a dit : « De 1993 à 2002, toutes les grandes entreprises françaises pouvaient payer en euros. »

Pourquoi c’est faux :

Un argument fourni par Marine Le Pen pour appuyer sa volonté de recréer une monnaie nationale coexistant avec un euro commun, mais plus unique. Mais c’est faux.

En 1993, l’euro ne circulait sous aucune forme. Si l’euro a bien été introduit sous sa forme immatérielle en 1999 – et non 1993 –, ce n’est qu’en 2002 que les billets et les pièces – l’euro sous sa forme fiduciaire – ont été mis à la disposition des habitants et des entreprises de la zone euro. Des taux de change fixes entre l’euro et les monnaies nationales ont été mis en place entre 1999 et 2002, pour assurer la transition.

 

 

  • Sur les fichés S…

Ce qu’elle a dit : « Il faut que l’on expulse tout de suite les fichés S étrangers qui sont sur notre territoire. Tous ceux qui étrangers sur notre territoire ont un lien avec le fondamentalisme islamiste, dehors. Dehors ! »

Pourquoi c’est impossible :

Expulser les fichés S étrangers, c’est impossible judiciairement. Car les fiches S ne concernent pas des personnes reconnues coupables d’un crime ou d’un délit, mais servent uniquement à permettre de « procéder à la surveillance de ceux qui peuvent, par leur activité, représenter à un moment ou à un autre un risque de trouble à l’ordre public ou une atteinte à la sûreté de l’État ». Elles ne représentent pas un outil d’appréciation du niveau de dangerosité des personnes, mais seulement un outil de surveillance. Expulser les fichés S étrangers équivaudrait à infliger une sanction à des personnes n’ayant pas été jugées coupables d’un délit : c’est juridiquement impossible !

Selon la loi, la décision de l’expulsion d’un étranger représentant « une menace grave ou très grave pour l’ordre public » est possible, mais elle ne peut se faire qu’en fonction d’une appréciation individuelle. Cette décision revient au préfet ou parfois au ministre de l’Intérieur, mais en règle générale, la procédure implique la convocation de la personne concernée devant une commission. Il faut en outre que le danger soit jugé « actuel » et « proportionnel » à l’expulsion.

Quoi qu’il en soit, les fiches S recoupent des situations si larges et diverses – des zadistes, des militants antinucléaires aussi bien que des proches de la mouvance islamiste – qu’il est impossible d’envisager des expulsions systématiques.

Le chiffre de « 11 000 fichés S pour fondamentalisme islamique » avancé par la candidate est aussi faux. Certes, en novembre 2015, Manuel Valls avait annoncé que 20 000 personnes étaient fichées S, dont « 10 500 concernent les individus mis en attention pour leur appartenance à la mouvance islamique, la mouvance radicale, ou leur lien avec la mouvance ». Mais certaines de ces personnes sont uniquement fichées pour un lien quelconque avec la mouvance, et non pour fondamentalisme islamiste.

Maëlys Septembre


Pour aller plus loin : L’euro va mieux que ne le dit Marine Le Pen


 
   

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