Front national et journalistes : je t’aime pas, moi non plus

EN CAMPAGNE. « Il n’appartient pas à une formation politique, quelle qu’elle soit, de décider des médias habilités à exercer leur rôle démocratique dans notre société. » Pas moins de 36 sociétés de journalistes ont protesté contre les pratiques du Front national vis-à-vis des médias dans un communiqué publié jeudi 27 avril. Retour sur la relation, parfois très conflictuelle, du Front national et des médias au cours de cette élection.

 

Janvier 2017. Marine Le Pen présente ses vœux à la presse. Elle en profite pour célébrer la liberté de la presse. « Sans liberté de la presse, pas de liberté d’opinion, pas de liberté d’expression. En un mot : pas de démocratie. » Dans la salle, certains journalistes ne peuvent s’empêcher d’esquisser un sourire.

Le Front national et les médias, c’est une vieille guéguerre. Que ce soit à travers ses militants ou directement via ses cadres officiels, le parti n’en est pas à son coup d’essai quand il s’agit de taper sur les médias… parfois au sens propre.

La plupart des plaintes des journalistes concernent leur difficulté à travailler dans les conditions imposées par le parti à ses événements. Comme à Nice, jeudi 27 avril. Au meeting de Marine Le Pen, Laurence Geai, photographe au Monde, déplore sur Twitter l’ambiance tendue dans l’espace presse.

 

 

Même son de cloche au meeting de Villepinte de la candidate, le 1er mai. Olivier Faye, journaliste au Monde, se plaint lui aussi du parcage des journalistes pratiqué par le parti.

 

Ceux qui dérogent aux règles imposées par le Front sont menacés d’un retrait d’accréditation.

 

Un ras-le-bol qui a amené plusieurs sociétés de journalistes à s’unir pour publier une tribune, jeudi 27 avril. « Nous protestons de la manière la plus ferme qui soit contre cette entrave à la liberté de faire notre métier de remplir notre devoir d’informer. » Le ton est donné. AFP, France 2, France Inter, Quotidien, la Voix du Nord… En tout, ce sont 36 sociétés de journalistes qui ont co-signé cette tribune.

 

 

Des rédactions entières blacklistées

 

Elles dénoncent le blacklisting, cette pratique qui consiste à placer des journalistes sur liste noire, voire à écarter tous les journalistes d’un média. C’est désormais un classique au Front national.

 

« Plusieurs titres de presse ont ainsi vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national. Ainsi, après Mediapart et Quotidien (et avant lui Le Petit Journal), l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne, notamment ont été à un moment ou à un autre victimes de ces exclusives. » Extrait du communiqué des sociétés de journalistes.

 

Depuis plusieurs mois, les équipes de Médiapart ne sont plus les bienvenues aux évènements du Front national, comme les équipes de Quotidien, l’émission de TMC animée par Yann Barthès. Leurs demandes d’accréditations sont systématiquement refusées.

Le magazine Marianne en a également fait les frais lors de la soirée électorale du premier tour. Son journaliste, Mathias Destal, a vu son nom rayé de la liste des accréditations. David Rachline, directeur de campagne de la candidate FN, lui aurait alors conseillé de suivre la soirée « sur BFMTV ».

 

Plus tard, le directeur de campagne de Marine Le Pen a invoqué un « manque de place » pour justifier la mise à l’écart du journaliste. Pourtant, difficile de ne pas penser qu’elle a un lien avec le livre-enquête Marine est au courant de tout…, publié mi-mars par Mathias Destal et Marine Turchi de Mediapart.

La radio n’est pas en reste. Jeudi 27 avril, Patrick Cohen, animateur de la matinale de France Inter, demandait à Florian Philippot : « Est-ce que Marine Le Pen pourrait, d’ici au second tour, venir répondre aux questions de France Inter et à celle des auditeurs, ou est-ce qu’elle va continuer à se cacher ? ». Réponse laconique du vice-président du FN : « vous êtes drôle, elle a un agenda très chargé ! » La candidate n’est pas venue au micro de la station depuis l’automne 2015, après avoir été mise en difficulté en direct par Patrick Cohen. Le 11 avril dernier, elle a annulé sa venue sur la chaîne au dernier moment, ce qui n’a pas manqué d’irriter le journaliste.


Marine Le Pen : Patrick Cohen pousse un coup de… par nonstopzappingofficiel

 

Les représailles comme cheval de bataille

L’exemple le plus probant de la stratégie anti-médias du parti est celui de la Voix du Nord. Lors des élections régionales de 2015, le titre de presse avait pris ouvertement position contre le parti avec cette Une cinglante :

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Un épisode que les journalistes de la locale d’Hénin-Beaumont, fief nordiste de Marine Le Pen, ont payé cher. Droits de réponse en rafale, journalistes interdits à tout événement de la ville, interpellations par mails, caricatures dans le journal municipal… Le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois, fraîchement parachuté à la présidence du parti par intérim, a livré une bataille quotidienne contre les journalistes locaux. Le 25 avril dernier, Gabriel d’Harcourt, directeur de la publication de la Voix du Nord, prenait la parole sur Twitter pour révéler les conditions de travail de la locale.

 

 

D’autres journalistes régionaux ont été la cible de pressions : Laurent Burlet, journaliste à Rue89 Lyon, a reçu des menaces pour le moins explicites après la publication d’une enquête sur l’implantation de l’extrême-droite dans le Vieux-Lyon. L’inscription « On sait où te trouver Laurent » est apparue sous l’interphone de son domicile à côté d’une croix celtique, symbole du Groupe union défense (Gud), une organisation d’extrême droite proche du FN.

 

Le journaliste de Rue89 Lyon a déposé une main courante.

De la censure à la violence, il n’y a qu’un pas

Quand les pressions ne suffisent pas, le Front national a parfois recours à la violence. En février dernier, Paul Larrouturou, journaliste de l’émission Quotidien, a été violemment expulsé du Salon des entrepreneurs à Paris alors qu’il tentait de poser une question à Marine Le Pen sur l’affaire des assistants du FN au parlement européen.

Le parti a nié toute responsabilité dans l’incident, arguant que les agents de sécurité n’appartenaient pas au service de sécurité de la candidate mais à celui du salon.

Rebelote une dizaine de jours plus tard : Lucie Rémy, journaliste du Petit Journal de Cyril Eldin, est brutalement expulsée d’un meeting de Marine Le Pen dans le Jura. Cette fois, pas de doute possible : les agents de sécurité appartiennent bien au service d’ordre du parti. Le parti joue la carte de la « maladresse » : « Il y a eu méprise entre Le Petit Journal et Quotidien », avance l’agent de sécurité. Un aveu à demi-mot de consignes reçues d’expulser les journalistes de l’émission de Yann Barthès ?

Un journaliste de l’émission de TMC a d’ailleurs une nouvelle fois fait l’objet de violences ce 1er mai. Violences verbales cette fois, de la part de militants présents lors du rassemblement du 1er mai de Jean-Marie Le Pen : Azzedine Ahmed Chaouch a été traité de « bougnoule » par un homme se revendiquant « fasciste ». Des réflexions qui mettent à mal la stratégie de normalisation du parti.

 

Maëlys Septembre & Lison Verriez


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