Nouveau tour, nouvelle campagne : Marine Le Pen brouille les pistes

EN CAMPAGNE. À quatre jours du dénouement final, les deux candidats tentent de séduire les indécis avec une stratégie différente de celle adoptée avant le premier tour. Après avoir rallié Nicolas Dupont-Aignan à sa cause, Marine Le Pen tente de mobiliser à gauche comme à droite pour rattraper ses points de retard.

 

Une visite par jour. C’est le credo de Marine Le Pen avant le second tour. La candidate laboure le terrain pour saturer l’espace médiatique, quitte à recourir à la surprise pour créer l’événement. À Whirlpool, mercredi 26 avril elle a débarqué en pleine réunion de l’intersyndicale avec Emmanuel Macron.

Occuper l’espace médiatique

La visite n’est que le début d’une opération de communication orchestrée d’une main de maître par son équipe de campagne. À Gardanne, le 30 avril, elle a choisi un dimanche pour se rendre à l’usine Alteo. Les portes sont donc fermées, mais la candidate en profite pour parler écologie. Elle dit souhaiter « mettre en avant les problèmes environnementaux et sanitaires et les relier au choix du modèle économique ». Elle tente de donner sa vision d’une « véritable écologie » dans un appel du pied aux Insoumis, acquis à la cause environnementale. Dans son programme, pourtant, ce thème est relégué à la fin de la partie « Une France durable ».

Elle y évoque une « mondialisation sauvage » et une nécessité de « produire et consommer sur place ». Mais les paroles ne remplacent pas les actes. Lundi 1er mai, BFMTV révèle que les t-shirts vendus durant son meeting à Villepinte sont fabriqués… au Bangladesh. Les responsables du parti se défendent en évoquant une « finition française ».

 

 

Le 27 avril, c’est sur un bateau de pêche qu’on retrouve la candidate. Elle y apparaît en ciré jaune et déclame : « On respire quand on est en mer. Ça ressource, ça redonne de l’énergie, de la vitalité pour continuer jusqu’à un second tour victorieux ». Pas de prise de risque pour la candidate visiblement de bonne humeur : le chalutier appartient à Charles Piot, candidat FN aux régionales en 2015.

Marine Le Pen multiplie les déplacements pour occuper l’espace médiatique. Après un premier tour très à droite, où elle s’était même risquée à minimiser la responsabilité des policiers français dans la rafle du Vel’ d’Hiv’, elle recentre sa campagne.

 

Séduire un autre électorat que le sien

En s’adressant directement aux Insoumis le 28 avril dernier, elle ne cache plus son désir de récupérer l’électorat de gauche et d’extrême-gauche, orphelin d’un candidat.

Zineb Serghini, enseignant-chercheur en communication à l’Institut Catholique de Lille, souligne l’intérêt stratégique de cette volte-face : « Le Pen se démarque clairement de la stratégie de Macron, qui ne fait rien pour rassembler. Elle parvient à séduire un autre électorat que le sien. Parfois, elle adopte un discours assez proche des socialistes, elle a un programme un peu social. » Le Front national a même distribué un tract qui a pour objectif de lister les points communs entre le programme de Jean-Luc Mélenchon et celui de Marine Le Pen.

 

 

Outre les Insoumis, Marine Le Pen s’adresse aussi aux fillonistes hésitants sur leur vote du second tour. Quitte à plagier un discours de l’ancien Premier ministre.

 

Nouveau tour, nouveau programme ?

Pour le second tour, la candidate a dévoilé un tout nouveau clip de campagne. Elle est seule face à la caméra, assise à son bureau, et s’adresse directement aux électeurs : « Je vous propose de choisir avec moi la France », dit-t-elle. Elle fait référence au général de Gaulle – « un véritable chef d’État », et termine par ses mots : « le 7 mai, choisissez la France. »

Côté programme, le message aussi a changé. Le rejet de l’euro et de l’Europe – deux de ses mesures phares – sont désormais absents de sa profession de foi du second tour. Elle parle toujours de « renégocier les traités » mais n’évoque plus de sortie de la monnaie commune.

Faites bouger la glissière pour constater les différences entre les professions de foi du premier et du second tour de Marine Le Pen.

 

 

 

 

Dans un entretien au Parisien dimanche, elle tente de préciser son projet sur l’euro mais ne réussit qu’à embrouiller davantage la situation :  « Cela veut dire transformer l’euro “monnaie unique” en un euro “monnaie commune”. Monnaie qui ne concernera pas les achats quotidiens, mais uniquement les grandes entreprises qui font du commerce international. »

Un revirement qui a surpris jusque dans l’équipe de la candidate. Marion Maréchal-Le Pen tente de clarifier :  « Marine Le Pen attendra les élections européennes en 2018 » pour proposer une sortie de l’euro. Confrontée aux paroles de sa nièce, la candidate rectifie sur France 2 lundi soir :  « Nous allons négocier six mois, ça sera peut-être huit mois ou dix mois ». Marine Le Pen brouille les pistes afin de ne pas faire peur aux indécis qui ne se voient pas quitter l’union monétaire.

« Le Pen va chercher des électeurs qui ne sont pas dans son noyau dur, elle commence à mettre de l’eau dans son vin. Il y a une partie de son programme sur laquelle elle ne revient plus, comme la sortie de l’euro. Cette mesure ne semble plus être une priorité pour elle, je pense que c’est volontaire de sa part », analyse Pierre Mathiot, enseignant-chercheur en Science politique.

Les démons du FN refont surface

Une stratégie d’ouverture qui ne se ressent pas vraiment dans les derniers sondages. Difficile pour Marine Le Pen de rester audible quand les démons de son parti refont sans cesse surface : les propos négationnistes de Jean-François Jalkh, qui lui ont coûté la présidence du FN, ou encore les propos homophobes de Jean-Marie Le Pen suite à l’hommage national à Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs-Élysées le 20 avril dernier.

Iris Ouedraogo

 
   

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