Saint-Acheul : trente habitants et zéro vote Le Pen

EN CAMPAGNE. Dans la Somme, Saint-Acheul fait figure d’exception. Le village fait partie des 56 communes de France dans lesquelles Marine Le Pen n’a recueilli aucune voix. Une surprise pour ses seulement vingt-deux votants, qui ne parlent jamais de politique pour préserver la tranquillité de la communauté.

 

« De toute façon, on fait toujours le contraire de tout le monde ! », sourit Marc Bettefort, maire du petit village depuis 1985. Ici, aucun des vingt-deux électeurs qui se sont prononcés lors du premier tour de la présidentielle  n’a donné sa voix à Marine Le Pen. Un résultat qui se distingue de celui de la Somme, mais aussi des villages alentours : Béalcourt, à quelques kilomètres de là, lui accorde 52% des suffrages.

Dans la petite salle aux murs jaunes qui sert à la fois de mairie, de bureau de vote et de salle de réception, il décrit la répartition des votes de la semaine dernière. Sur les murs trônent le portrait de François Hollande pour quelques jours encore, et quelques photos d’habitants. Un rideau tendu dans un coin de la pièce sert d’isoloir, une grande table en bois et une urne attendent dimanche prochain.

 

Les résultats sont affichés dans la mairie. © J. DUTEUIL

 

Le fruit du hasard

Comment expliquer cette indifférence à l’égard d’une candidate qui a fait des territoires ruraux et des petites communes éloignées des grands centres, sa cible principale ? Marc Bettefort se refuse à toute explication. Pour lui, « ce n’est pas représentatif du tout ». Saint-Acheul fait l’objet d’une attention accrue des médias, ce qui surprend  le maire. « C’est simple, cette semaine je ne fais que ça. Tous les médias se sont précipités ici. On a même eu des médias étrangers, des Anglais de Al Jazeera. » Un peu lassé par ces sollicitations,  le maire estime que la situation est purement accidentelle : village traditionnellement à droite, rien n’explique l’absence de bulletin de vote pour  Marine Le Pen. D’autant qu’elle avait recueilli neuf voix au premier tour de 2012, soit 36%

C’est un petit village, abritant une trentaine d’âmes, et au moins le triple de vaches, en plein milieu de la Somme. Un village vallonné dont les maisons, éparses, se calfeutrent  au milieu d’une végétation riche et dense. Il n’y a pas une place, à Saint-Acheul, pas un café. Une mairie, une tonnelle pour organiser quelques repas et une église dans laquelle se tient une messe une fois tous les deux ans composent les uniques lieux de sociabilité du village. Autrement, il n’y a guère que de grands jardins, et des maisons entourées de haies protégeant des regards indiscrets.

 

Le maire ne s’explique ni le résultat ni l’intérêt porté à sa commune. © J. DUTEUIL

« Parler politique c’est risquer de se quereller »

« Ici, on ne fait pas de politique » affirme le maire, qui a donné sa signature à Jean Lassalle, unique « défenseur des petites communes, de la ruralité ». Un combat essentiel pour cet agriculteur, attaché au rôle des communes. La loi NOTRe a en effet fusionné Saint-Acheul dans une communauté de commune élargie. « Résultat : on est passé de 6 000 à 35 000 habitants. On n’a plus la même approche, plus le même contact. » Jean Lassalle, c’était donc pour lui un choix évident. Mais Marc Bettefort assume de faire plutôt de la gestion que de la politique politicienne. Il y a quelques temps, de jeunes conseillers s’étaient essayés à la pol. Sans succès. « C’est inutile et source de conflit » explique-t-il. Surtout dans un village comme le sien : il s’occupe de l’administration et de l’entretien du village, cette année Saint-Acheul va rénover sa mairie, l’an dernier c’était au tour de l’église.

D’autre part, les habitants ne se risquent pas à parler de l’élection entre eux. « On se doute à peu près de qui vote quoi, mais parler politique c’est risquer de se quereller » confie le maire. En effet, d’autres habitants nous confirment cette situation. Plusieurs fois, ils désignent la maison qui abriterait les électeurs qui votent habituellement pour le Front national. Sans animosité aucune : « je connais le monsieur qui habite là, on s’entend bien », explique Paul Devolder, un garagiste à la retraite. Sans pouvoir expliquer leur vote non plus : « à chaque fois, cette famille vote FN, mais là on ne comprend pas pourquoi ils ne l’ont pas fait » ajoute-t-il. Le mystère reste entier, personne n’a l’air décidé à aller leur poser la question.

Une campagne lointaine

Le village est isolé, à mille lieues de la campagne présidentielle. À tel point que les consignes d’affichage n’avaient pas été respectées par l’entreprise France affichage plus. Pendant longtemps, et jusqu’au milieu de l’entre-deux-tours, les affiches officielles n’étaient pas collées sur les panneaux prévus à cet effet. Avant la rectification réclamée par le maire, on pouvait observer une affiche de Benoît Hamon. Curieuse vision car il n’a recueilli aucune voix. On a beau distinguer encore un fragment de son slogan, le candidat socialiste a rapidement laissé place à Marine Le Pen. Pendant longtemps seule candidate représentée, car des militants du Front national étaient passés par là. L’anomalie avait été remarquée car les habitants en parlent, mais sans s’en offusquer.

 

 

 

 

 

Autour de la mairie, les affiches des candidats sont enfin exposées. © J. DUTEUIL

 

Et au second tour ? Paul Devolder en est persuadé : « il y aura des voix pour Marine Le Pen. » Ne serait-ce que de la part des électeurs qui ont donné leur voix à Dupont-Aignan. Le maire, lui, parle de votes blancs qui seront sûrement plus nombreux qu’au premier tour. Mais il y a autre chose : dimanche 23 avril, Marc Bettefort et ceux qui l’assistaient ont dû attendre jusqu’à 19h les derniers votants. Cette fois, il espère que les habitants se déplaceront tôt dans la journée, pour fermer rapidement la boutique. Que ce soit fait.

Inès El Kaladi et Roxane Poulain

 
   

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