Whirlpool : un point sur la lutte

EN CAMPAGNE. « Parler argent » : cela fait trois mois que les salariés de Whirlpool l’attendent. L’intersyndicale a commencé mardi soir à négocier les indemnités de départ dans un contexte très tendu. Mercredi 3 mai, les ouvriers ont fait irruption dans les locaux pour interpeller leur directeur, Carlos Ramos. Ses premières offres sont jugées indignes par les grévistes.

 

Il est 13h30 mercredi quand les ouvriers investissent l’usine. Devant un bâtiment de l’administration, ils réclament un face à face. Après une dizaine de minutes, le directeur Carlos Ramos sort sous la pluie et les huées des salariés. Un ouvrier répète inlassablement « Est-ce qu’on le mérite cet argent ? », jusqu’à ce qu’il réponde « Oui » sous les applaudissements. Le directeur reproche à l’intersyndicale de « faire rêver » les salariés avec des exigences trop grandes. François Ruffin, qui s’est glissé avec la foule à l’intérieur de l’usine, rétorque : « Les 10 % d’augmentation des actionnaires, c’était du rêve ou pas ? »

« Vous êtes payé combien pour fermer l’usine ? », « C’est quoi la prochaine usine que vous allez fermer ? » Les questions du réalisateur de Merci Patron ! et candidat aux législatives sont applaudies par les ouvriers. Carlos Ramos, arrivé il y a quatre mois à la tête de Whirlpool Amiens, est surnommé par ses ouvriers « le Liquidateur » et « le Nettoyeur ». Les salariés le soupçonnent d’avoir été employé uniquement pour fermer l’usine.


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« Vous n’êtes pas capable de négocier avec moi, M. Chanterelle [délégué syndical de la CFDT], il vous faut tous les gens derrière ? », apostrophe le directeur. La réaction de la foule est instantanée : « Mais on est concerné, nous ! » Après vingt minutes de discussion noyées sous les huées, les ouvriers quittent pacifiquement l’usine.

Plus tôt, Cécile Delpirou (CFE-CGC) s’exprimait au piquet de grève, aux côtés des autres délégués de l’intersyndicale, pour résumer la réunion de la veille. La majorité des ouvriers était déjà au courant de l’état des négociations. Quatre heures de dialogue tendu qui n’ont pas permis d’avancer. Mécontents, les ouvriers entrent dans l’usine pour mettre la direction sous pression avant les négociations du lendemain.

Désaccord sur les indemnités de licenciement

 
Le montant des primes divise. Les salariés demandent au minimum 50 000 euros d’indemnités supra-légales par personne et 2500 euros supplémentaires par année d’ancienneté. Soit près de 100 000 euros par tête en moyenne, car la majorité des ouvriers travaille chez Whirlpool depuis une vingtaine d’années. La direction propose elle 20 000 euros par personne, plus 1 000 euros par année d’ancienneté.

L’offre est vécue comme une insulte. « Ça ne fait même pas 40 000 euros, alors que chez Goodyear, ils en ont touché 50 000 » s’agace Tonio, ouvrier chez Whirlpool depuis 25 ans. « Et qu’on nous a promis un plan « exemplaire ». Ils jouent avec nous. » Beaucoup attendent de cette indemnité une vraie contrepartie à la conduite jusqu’ici irréprochable de la grève (aucun débordement n’a été constaté pour le moment), et à vingt ans de concessions accordées à la direction pour sauver l’usine. Depuis le « plan de sauvegarde de l’emploi » de 2008, les ouvriers ont accepté d’abandonner des RTT et de travailler plusieurs samedi par an.

Le « congé de reclassement » pose lui aussi problème. Il désigne la période pendant laquelle l’entreprise accompagne les employés licenciés pour les aider à retrouver du travail, en continuant à payer leurs salaires à hauteur de 75 % et en finançant leurs formations. Toute entreprise de plus de 1 000 salariés doit le proposer. Les ouvriers réclament deux ans de reclassement. La direction propose elle 18 mois.

« Ils gagnent du temps »

 
Certains soupçonnent la direction de vouloir les avoir à l’usure. «  Ils gagnent du temps », souffle Tonio. « Ou ils essaient de laisser pourrir la situation, pour que les gens se fatiguent et se contentent des miettes. » Franck pense lui aussi à un calcul : « Les gens sont en colère. Ils nous roulent dans la farine. »

Le début des négociations a malgré tout été vécu comme une bonne nouvelle. Jusqu’à vendredi dernier, la direction refusait tout dialogue tant que la grève serait maintenue. L’impact médiatique de la journée du 26 avril, et une première visite surprise des ouvriers dans les couloirs de l’entreprise le lendemain, l’ont fait changer d’avis. Un médiateur a été nommé par la Direccte pour encadrer les négociations.

Direction et ouvriers ont déjà adapté leur discours. L’intersyndicale avait par exemple commencé par exiger 150 000 euros d’indemnités, alors que la direction mettait successivement 10 000, puis 20 000 euros sur la table. Le dialogue se poursuit malgré les tensions. Une nouvelle réunion est prévue jeudi. Sur le parking de l’usine, le piquet de grève installé le lundi 24 avril tient toujours.

Joséphine Duteuil et Dune Froment

Photo : Dune Froment

 
   

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