Mais où sont les artistes ?

EN CAMPAGNE. Hier soir, place de la République à Paris, une vingtaine d’artistes participaient à « la République réplique », un concert « face à la haine, face au FN ». Mais 15 ans après le 21 avril 2002 et la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, la contestation du milieu de la culture et des artistes n’est plus la même. Alors assiste-t-on à une normalisation du FN ou à une marginalisation des artistes de débat politique ?

 

Jane Birkin, Tété, Naive New Beaters, Pete Doherty… Voici quelques-uns des artistes qui étaient présents hier soir place de la République. Des chanteurs confirmés certes mais rien à voir avec le précédent de 2002. A l’époque, tout le milieu de la culture est sous le choc : l’extrême droite vient d’accéder au second tour de la présidentielle. Tout le monde se mobilise. Le 30 avril, à la veille de la manifestation du Front National, les artistes se retrouvent devant le centre George Pompidou avant d’entonner la Marseillaise au Trocadéro sur l’appel d’Edouard Baer. Des acteurs (Line Renaud, Gérard Darmon…), des chanteurs (Henri Salavador, Jean-Louis Aubert…), des metteurs en scène… C’est tout le milieu artistique qui mène la fronde.

 

Les artistes et la politique : une longue histoire d’amour

Un engagement militant qui ne dénotait pas à l’époque. En effet, depuis l’après-guerre et les compagnons du Parti Communiste, les artistes se sont toujours immiscés dans les débats politiques nationaux. Tout le monde se souvient de Brigitte Bardot arborant un tee-shirt « Giscard à la barre » en 1974, de Johnny Hallyday s’époumonant « on a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac » ou encore du soutien capital de Renaud à François Mitterrand en 1981. A l’époque, avoir les artistes de son côté était presque un gage de réussite. Mais depuis quelques années tout a changé.

 

Le tournant de 2007

Selon Claude Azeroual, coréalisateur du documentaire « Présidentielles, une épreuve d’artistes »la rupture se situe après l’élection de Nicolas Sarkozy. En effet, plusieurs artistes s’étant affichés à ses côtés ont énormément souffert de leurs prises de position. On pense par exemple à Faudel ou encore à Doc Gyneco. Ce qui fait dire au réalisateur que « la jeune génération a compris que cela n’avait aucun intérêt, qu’il y avait plus de coups à prendre que d’autres avantages ». A l’heure où la politique spectacle est décriée, s’afficher aux côtés d’un candidat n’aurait donc plus de sens. Mais combattre l’extrémisme comme ce fût le cas en 2002, ce n’est pas nécessairement faire un choix partisan ? Pour Azeroual si. Car « Si les célébrités soutiennent Emmanuel Macron, leur public, lui, soutient Marine Le Pen. Il y a près de 8 millions d’électeurs qui l’ont choisie. Aujourd’hui, les artistes ne s’engagent pas, ne s’engagent plus, parce qu’ils ne veulent pas froisser leur public, tout simplement. »

 

Prises de paroles individuelles

Cependant quelques voix s’expriment encore aujourd’hui pour contrer l’inexorable montée du FN. Mais la mobilisation est plus disparate et parfois maladroite. Notamment lorsque Mathieu Kassowitz, Gilles Lellouche ou encore Jean-Paul Rouve s’en prennent violemment sur Twitter à Nicolas Dupont-Aignan qui venait d’annoncer son ralliement à Marine Le Pen. Sur les réseaux sociaux, Dany Boon ou encore Luc Besson ont lancé des appels à faire barrage au Front national mais sans grande résonnance.

 

Finalement le cas le plus symptomatique est peut-être Damien Saez. En 2002, le jeune chanteur s’était distingué avec son célèbre « Fils de France » qui avait accompagné toutes les manifestations anti-FN. Cette année, Saez est de retour avec « 1er mai ». Mais son message est beaucoup plus ambigu. Si la « fachosphère » et les « croix gammées » sont toujours ses cibles favorites, il s’en prend aussi aux « banquiers » et promet d’aller « brûler la bourse ». Saez, premier artiste du ni-ni ?

Martin Lange


Pour plus de légèreté, voir aussi : Saez : le Premier mai des fils de France


 
   

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