Marine Le Pen, le GUD et les identitaires : une relation intime

ADN. Axel Loustau, Frédéric Chatillon, Philippe Péninque… Ils forment à eux trois ce que l’on appelle « la GUD connexion ». Marine Le Pen flirte avec ces anciens « ultra-radicaux » depuis plus de vingt ans, au point de leur laisser les finances de son parti. Avec d’autres, ils pourraient être ceux avec qui elle gouvernera une fois au pouvoir.

 

Derrière l’affiche de campagne de la candidate pour le deuxième tour, posée, dédiabolisée et aseptisée, sans son patronyme, se cachent toujours certains amis extrémistes de sa jeunesse.

 

GUD et FN, une vieille histoire de famille

Né sur les ruines du groupuscule d’extrême-droite Occident, le mouvement politique « Ordre Nouveau » apparaît en réaction à mai 68. L’objectif de départ est clair : casser du « gauchiste », et ce grâce à son bras armé estudiantin, le GUD (Groupe Union défense). Le mouvement nationaliste à la croix celtique est rapidement dissout en 1973 sur ordre du gouvernement. Le GUD, lui, résiste.

La collaboration entre le Front national et le GUD ne date pas d’hier. Front national et GUD partagent le même papa, Ordre Nouveau. Le FN, fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972, souhaite le rassemblement des extrêmes droite. Les militants d’Ordre Nouveau viennent rapidement fournir les rangs du jeune parti. Il est épaulé à sa naissance par les « gudards» de l’époque.

Les chemins des deux formations se recroisent régulièrement au fil des ans. En 1990, le groupuscule d’extrême-droite côtoie les jeunesses Lepénistes du FNJ (Front national de la jeunesse) au sein d’un syndicat étudiant, nommé « Le Renouveau étudiant », qui opère depuis la faculté parisienne d’Assas. Assas, là même où le GUD a vécu ses premières heures sous la houlette de Philippe Péninque. Là aussi où Marine Le Pen y a étudié le droit à la fin des années 80.

 

Les revirements de Frédéric Châtillon

C’est d’ailleurs sur les bancs de l’université que l’héritière Le Pen rencontre Frédéric Châtillon, dont le nom alimente aujourd’hui les chroniques judiciaires. À l’époque, ils sont rivaux et ne se fréquentent pas encore. Elle est une Le Pen. Lui est membre du GUD, dont il prendra la tête en 1991.  

Dès sa création, les étudiants du GUD rejettent frontalement le communisme au nom d’un nationalisme teinté de racisme et d’antisémitisme. Quand tombe le mur de Berlin, la haine du rouge est remplacée par la haine du juif et d’Israël. Frédéric Châtillon est à la manœuvre de cette réorientation idéologique. Ses premiers « faits d’armes » en sont l’application directe : « Le 19 mars 1990, il se signale en faisant le salut hitlérien pendant la ” Marseillaise ” lors d’une commémoration des combats en Algérie », relate une note rédigée en 1993 par les Renseignements généraux. S’ensuivent les visites en Espagne auprès de l’ancien SS Léon Degrelle, son emploi à la librairie révisionniste Ogmios ou encore la protection qu’il assure aux négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy durant leur procès de 1998.

Entre temps, il s’est rapproché de Marine Le Pen. Son mariage avec Marie d’Herbais, une amie d’enfance de la jeune avocate, y est pour beaucoup. Pénétrant dans le cercle d’influence de la députée frontiste, les « gudards » sont aux premières loges des querelles familiales quand Lepénistes et Mégrétistes se déchirent sur la ligne politique à adopter. Samuel Maréchal, mari de Yann Le Pen et papa de Marion, instrumentalise les recrues du GUD en 1997 dans sa bataille contre les proches de Bruno Mégret en promouvant certains à la tête de plusieurs sections.

 

Philippe Péninque, parrain de la « GUD connexion »

C’est sur le plan financier que « les hommes de l’ombre » du GUD vont s’imposer au sein du Front national. Grâce à un homme : Philippe Péninque, l’un des fondateurs du groupuscule d’extrême-droite, devenu éminence grise de la candidate frontiste lors des élections présidentielles de 2012. À l’image du FN qui cherche aujourd’hui à se « normaliser », Péninque range les armes à la fin des années 70 pour « rentrer dans le système et le combattre de l’intérieur ». Il monte son cabinet et devient avocat fiscaliste. Il encourage surtout ses camarades « gudards » à se lancer dans l’entreprenariat : « arrêtez de faire les cons et de vous mettre en prison, leur aurait-il conseillé. C’est un autre monde, si vous voulez combattre, il faut faire des études, travailler, devenir puissant, exister. »  

Frédéric Châtillon et Axel Lousteau créent leur entreprise de communication, Riwal. Tracts, affiches de campagne… La collaboration financière avec le FN débute dès 1995 au rythme des calendriers électoraux. En 2007, Riwal participe officiellement à la campagne électorale aux côtés des frontistes. Tout comme Vendôme Sécurité, l’entreprise de service d’ordre qu’Alex Lousteau crée avec son frère en 2003.

En 2012, c’est la consécration. Axel Lousteau, l’ex-gudard à la violence facile, est nommé trésorier du micro-parti Jeanne, tenu par des proches de Marine Le Pen. La suite est désormais bien connue : les deux compères Lousteau et Châtillon auraient mis au point un savant montage financier consistant pour le micro-parti Jeanne à acheter à l’entreprise Riwal des « kits » de campagne surfacturés. But de l’opération : se faire rembourser par les pouvoirs publics plus qu’ils n’ont dépensés pour mener la campagne présidentielle. Une procédure judiciaire est en cours pour « escroquerie » à l’encontre de dix proches de Marine Le Pen ayant pris part dans la combine.

Qu’importe, elle les défend coûte que coûte. Châtillon, Lousteau, Péninque. Ils sont désormais plus que des amis à ses yeux. « Je peux compter sur eux à la vie à la mort », aurait-elle confié à son ancien chef de cabinet, Philippe Martel.

 

David Rachline, « Var et GUD trip »

La galaxie des anciens« gudards » ne s’arrête pas là. Le choix de David Rachline comme directeur de la campagne de Marine Le Pen n’est pas anodin. S’il n’a jamais fait partie du GUD, le sénateur-maire de Fréjus entretient des liens étroits avec les anciens compères du groupuscule d’extrême-droite, ne craignant plus de s’afficher avec eux en public. Leur amitié ne s’est pas bornée à cela : en 2014, Médiapart et Marianne révélaient l’existence de contrats publics passés entre la ville de Fréjus et plusieurs sociétés de la nébuleuse des anciens « gudards », dont celle des frères Minh Tran Long, anciens militants néo-nazis. Un passé sulfureux qui ne semble pas déranger le sénateur varois : « Ce qui m’intéresse n’est pas de savoir quel chef d’entreprise a triché aux billes en maternelle ni quel autre a dans sa jeunesse soutenu les khmers rouges ou rejoint Occident », avait-il déclaré en avril 2016 en réponse à Médiapart.

 

 

Le jeune homme de 29 ans propulsé à la tête du comité stratégique de Marine Le Pen n’est plus à une incartade près à la droite du FN. Après s’être lié d’amitié avec Alain Soral, fondateur d’Egalité et Réconciliation lorsque celui-ci militait au sein du parti frontiste, il y adhère pendant un temps, avant de faire marche arrière et de nier leur rapprochement idéologique.

 

Les identitaires de la partie

Les anciens « gudards » ont su placer leurs pions dans le sud de la France, la terre d’élection de Marion Maréchal-Le Pen, figure de la frange radicale du Parti. Désormais, ils sont également en pôle position dans l’équipe de campagne de la candidate frontiste, à l’image de Philippe Vardon. Aujourd’hui membre de la cellule « idées-images » de Marine Le Pen, en charge des clips, l’ex-gudard et l’ex-leader de la branche niçoise du Bloc Identitaire n’a pas toujours été le bienvenu dans l’entourage de la présidente du Front National.

En 2013, l’annonce de son adhésion au Rassemblement Bleu Marine (RBM) avait déclenché l’embarras de plusieurs cadres du mouvement. Gênés, ils avaient maladroitement tentés de se justifier : « une erreur » pour le secrétaire général du RBM Gilbert Collard, « une manipulation » pour Marine Le Pen… Retour du chèque d’adhésion directement à l’envoyeur, qui ne s’était pas privé d’ironiser sur Twitter :

 

 

Le rapprochement du FN avec les identitaires, que Le Pen père avait toujours écarté, était loin d’être acquis, surtout en pleine campagne de dédiabolisation du parti, menée par Le Pen fille. C’était avant que sa nièce ne présente Philippe Vardon sur sa liste en vue des élections régionales de décembre 2015 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Avant aussi qu’elle ne reprenne à son compte la théorie du « Grand Remplacement » et de la « remigration » auquel Vardon est attaché. L’affiliation au RBM s’est effectuée dans la foulée, cette fois-ci avec succès. « Il a beaucoup évolué » déclarait Marine Le Pen fin 2015.

Reste le CV inquiétant de l’ancien « rat noir », sur lequel figure plusieurs condamnations, dont une à six mois de prison ferme pour une rixe avec « trois jeunes maghrébins » en 2014 à Fréjus.

« Ce sont eux qui tiennent l’économie du FN »

Comment expliquer la présence de ces ex-gudards aux côtés de la candidate frontiste ? Car ces accointances ne peuvent que nuire à l’image dédiabolisée que l’héritière Le Pen cherche à se donner depuis sa reprise en main du parti.  Il y a bien l’amitié qu’elle voue à la bande de Châtillon et cie. Le fait aussi qu’ils l’ont épaulé tout au long de sa lente prise de pouvoir au sein de l’appareil de son père, selon Marine Turchi, co-auteur avec Mathias Destal du livre Marine est au courant de tout.

Pour Aymeric Chauprade, député européen anciennement étiqueté FN, l’amitié n’explique pas tout : « Ce sont eux qui tiennent l’économie du FN (…) c’est extrêmement dangereux pour le pays, d’autant que Marine Le Pen assume désormais elle-même cette proximité, et leur importance dans le dispositif ».  Dans le reportage d’Envoyé Spécial du 16 mars dernier consacré aux hommes de l’ombre de la candidate, il le réaffirme face caméra : « Marine Le Pen n’est pas libre ».

 

Si la candidate frontiste est élue, ces ex- « rats noirs » pourraient être ceux avec qui elle compte gouverner. Dans tous les cas, l’idéologie nationale-républicaine d’un certain Philippe Péninque, conseillé République et laïcité de Marine Le Pen, a déjà infusé le programme politique de la candidate. D’autres sujets plus cruciaux pourraient suivre, notamment sur l’attitude à suivre envers le régime de Bachar Al-Assad en Syrie. Frédéric Châtillon, qui a mené des campagnes de publicité en faveur du Ministère du tourisme à Damas, est un fidèle du régime dictatorial.

Cécile Frangne


Lire aussi notre ADN Emmanuel Macron, un golden boy à l’Elysée 


 
   

Copyright © 2018 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.