Marine Le Pen : au nom des femmes ?

ADN. Marine Le Pen est-elle féministe ? Avec un discours qui va dans ce sens, elle tente de séduire l’électorat féminin. Mais les militantes féministes ne sont pas dupes et soulignent sur Twitter le flop de Marine Le Pen grâce au hashtag #PasMaPrésidente.

 

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant », mettait en garde Simone de Beauvoir, il y a 40 ans. Des mots qui ont encore du poids en 2017 pour Typhaine D., artiste et militante féministe. « Nous sommes dans une période charnière, nos droits peuvent reculer d’une manière hallucinante, il ne faut pas l’oublier », remarque-t-elle. Pour elle, l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen représente un danger démocratique. « Si elle passe, il risque d’y avoir des moyens de répression et des représailles sur les manifestants. »

 

 

 

Stratégie habile

Pourtant, Marine Le Pen essaye de soigner son image de représentante des droits des femmes. Pour la journée de la femme, en mars, elle se revendiquait sur RTL comme telle. « Les femmes doivent voir dans ma candidature la seule capable de lutter contre le recul de leurs droits. » Ce qui lui a valu un score de 20 % au sein de l’électorat féminin contre 25 % pour Macron selon une enquête réalisée par Ipsos/Sopra Steria. Une stratégie habile pour Typhaine D. « Le FN a mis une femme en avant car Jean-Marie Le Pen n’a pas eu d’héritier ! Le parti a tout intérêt à valoriser des personnes qui seraient a priori contre leurs intérêts, comme les gays, les personnes racisées ou naturalisés. » Elle donne sa vérité : « Le Front national a juste changé sa devanture, mais il reste en réalité le même. Le problème du FN, c’est sa vision sexiste de LA femme, comme on pourrait avoir une vision raciste du juif, du noir ou de l’arabe. Ils estiment que tous ces individus vont dans un même sac. »

Diversion sur les problèmes de viol

D’où l’axe de campagne très précis davantage porté sur « la lutte contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales », selon le neuvième point de son programme. Typhaine D. rit jaune : « C’est ridicule. Marine Le Pen veut nous faire croire que les seules personnes qui commettent des violences seraient les hommes musulmans. Mais c’est une façon détournée de ne pas parler des violeurs, qui souvent font partie de la famille ou sont des proches de la victime. » Typhaine D. pointe par ailleurs « la faille générale des partis républicains sur le féminisme » dans laquelle le Front national s’est engouffrée. « Il n’y a pas de parité dans certains partis, ils préfèrent payer des amendes », se plaint-elle.

La présidente du Front national a ainsi joué la femme rebelle en février dernier. Au Liban, elle a refusé de porter le voile lors d’une visite prévue avec le mufti de la République à Beyrouth. Qui, du coup, a été annulée. Rien d’étonnant pour celle qui affirme que « la France, c’est Brigitte Bardot », égérie de la femme dans les années 1950 et 1960. Sur RTL, elle plaidait : « Les femmes ont le droit d’aller où elles veulent, de mettre une jupe ou un short, de ne pas être obligées de penser, avant de prendre les transports en commun, la manière dont elles vont s’habiller pour avoir la paix. » Mais, dans son programme (engagement 95), elle annonce que le voile sera interdit dans l’espace public. Les femmes voilées apprécieront sa vision univoque de la liberté de la femme…

 

 

 

Toutes s’étonneront aussi de ses votes au Parlement européen sur la cause des femmes. Sur 59 textes depuis 2014, elle s’est prononcée dix-sept fois contre, trois fois pour. Pour 32 votes, elle était absente. Sur France 2, la candidate FN a justifié : « Au parlement européen, l’intégralité des lois qui défendent les droits des femmes sont en réalité sont truffés de mesures pour aider les migrants et donc nous y sommes opposés. » C’est vrai pour 43 textes. Pour les quatorze restants, Marine Le Pen est restée muette.

Quel(le) que soit le (ou la) vainqueur(e) de la présidentielle le 7 mai, la militante féministe promet de descendre dans la rue. Elle craint surtout la vision libérale de Macron sur l’économie, qui, selon elle, « induira une hausse de la précarité, qui touche le plus les femmes. » Son engagement de faire de l’égalité homme-femme sa grande cause nationale ne la convainc pas. Mais, se rassure-t-elle, « on pourra manifester sans avoir peur. » Pense-t-elle à l’évacuation violente des Femen au meeting de Le Pen le 17 avril ?

Manon Cruz et Jérôme Hereng

 
   

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