Vu du Luxembourg

VU D’AILLEURS. Coincé entre l’Allemagne et la Belgique, le Luxembourg n’est pas le plus connu des pays limitrophes de l’Hexagone. Pourtant, les Français sont chaque jour près de 100 000 à venir y travailler. Un public de choix pour la presse luxembourgeoise, qui couvre la présidentielle avec assiduité.

 

Macron ou Le Pen ? Les Français de Luxembourg choisissent plutôt la première option. Au premier tour, ils ont voté à 41,5 % pour l’ancien ministre (devant François Fillon, crédité de 31,4 % des voix et Jean-Luc Mélenchon, à 9,6 %). La communauté hexagonale est bien implantée au Luxembourg : 92 000 travailleurs français franchissent chaque jour la frontière. Un total considérable eu égard à la population relativement modeste du Grand-Duché (590 700 habitants au 1er janvier 2017).

Dans ce contexte, la presse luxembourgeoise ne pouvait rester insensible à l’actualité politique du grand voisin. Le quotidien grand-ducal de référence, le Luxemburger Wort (centre droit, 65 000 exemplaires en 2014), commente régulièrement la présidentielle, en donnant naturellement la parole aux frontaliers – comme ceux de Metz, la grande ville française la plus proche du Grand-Duché.

Pour Rachid Kerrou, du Jeudi, un hebdomadaire francophone qui tirait à 12 000 exemplaires en 2014, « deux sujets préoccupent principalement les Luxembourgeois. D’abord, l’avenir de l’Union européenne que la presse comme les politiques imaginent plus qu’en péril en cas d’élection de Marine Le Pen. […]  L’autre sujet concerne les 92 000 frontaliers français qui travaillent au Grand-Duché. Quid de leur libre circulation en cas de retrait de la France de Schengen et du rétablissement des postes-frontières et des douaniers ? »

L’hebdomadaire, sans doute en raison de sa périodicité, n’a consacré que quatre articles assez classiques à la présidentielle depuis le soir du premier tour. Tout le contraire de L’Essentiel, quotidien gratuit qui tirait à 107 700 exemplaires en 2014, le plus prolixe sur l’échéance électorale. Une profusion d’articles plutôt logique, dans la mesure où le journal de Differdange (sud du pays) est abondamment lu dans les transports en commun, notamment transfrontaliers.

Le titre gratuit ne se contente pas de publier plus que ses concurrents, il propose également des contenus décalés, comme cette vidéo d’un nourrisson réagissant aux résultats du premier tour ou cet article plutôt affirmatifsur l’existence d’un front républicain.

 

La hantise d’un FN fort à la frontière

Malgré les différences de traitement, une constante revient : la peur de la montée de l’extrême droite aux frontières grand-ducales. « Les Luxembourgeois se demandent aussi s’ils ont des armées d’extrémistes de droite à leurs portes et cela ne les rassure pas », constate Rachid Kerrou. Le Luxemburger Wort a par exemple jugé nécessaire de publier une carte décryptant en détail les résultats dans les communes françaises limitrophes du Grand-Duché. L’Essentiel s’est contenté de constater la victoire du Front national dans les départements voisins, tandis que Le Quotidien, au public plus confidentiel (8 500 exemplaires en 2014), parle du « paradoxe » de la victoire des frontistes dans le Grand Est.

Les journaux grand-ducaux rapportent une nette préférence des Luxembourgeois pour Emmanuel Macron. Le Luxemburger Wort, sur base d’un sondage réalisé début mai, estime que 67 % des citoyens du Grand-Duché choisiraient l’ancien banquier, là où seulement 9 % se prononceraient pour Marine Le Pen s’ils le pouvaient. Le Tageblatt (centre gauche, 20 000 exemplaires) qui se fie à une enquête d’opinion menée par l’Ifop, place Emmanuel Macron à 86 %, son adversaire récoltant les 14 % restants. Le titre de l’article – « Luxembourg, un Macronland » – est d’ailleurs sans équivoque. Rachid Kerrou parle d’ « une certaine fascination pour le personnage, à la Kennedy ».

Le quotidien germanophone prête une attention particulière aux ralliements et soutiens en faveur d’Emmanuel Macron. Dès le soir du premier tour, le Tageblatt rapportait ainsi la satisfaction de Jean Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, et celle du chef de l’exécutif Xavier Bettel. Avant, les 24 et 26 avril, de commenter les appels à voter Macron des deux derniers présidents de la République. Le quotidien n’a pas raté non plus le ralliement de Yanis Varoufakis, ancien ministre grec des Finances, intervenu le 2 mai.

L’émergence d’un jeune leader chassant les politiciens traditionnels du pouvoir n’est en tout cas pas incongrue de l’autre côté de la Moselle. En 2013, du haut de ses 40 ans, le libéral Xavier Bettel parvenait à détrôner le social-chrétien Jean-Claude Juncker, Premier ministre depuis…1995. Pas sûr que les politiciens français évincés par l’irruption d’Emmanuel Macron parviennent à se recycler aussi efficacement que le Luxembourgeois, à la tête de la Commission depuis 2014.

Damien Gaudissart

 
   

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