20h : la gare Lille-Flandres retient son souffle

EN CAMPAGNE. Ils n’étaient pas chez eux, devant leur télévision, ce 7 mai. Quelques travailleurs ou voyageurs vivaient contraints l’élection d’Emmanuel Macron à la gare Lille-Flandres. Pendant quelques minutes, le fourmillement humain s’est arrêté. Avant que le flux habituel ne reprenne.

 

Dans leur boîtier cylindrique noir, les aiguilles jaunes glissent vers 19h55. Le hall de la gare Lille-Flandres s’est vidé ce 7 mai, comme à marée basse, comme s’il était 7 heures du matin. Pas un train, pas un passant. Sur les rangées de chaises, quelques jeunes attendent, bavardent, portable collé à l’oreille, oreillettes plantées dans les tympans. Les voies ne portent aucune rame. Le dernier train est parti à 19h49, le prochain est à 20h08.

 

« Qu’on bosse ou qu’on ne bosse pas, on ne va pas changer le résultat. » – Xavier du Relay presse

Dans son snack, Samuel se penche toutes les trente secondes sur son smartphone, posé à l’abri des regards, à côté de la caisse. « Je regarde Twitter mais je me méfie des résultats en avance des médias étrangers. La fois dernière, Reuters avait annoncé des chiffres bizarres. Je me fie à la presse française. » Comme lui, au Relay presse, Xavier est là pour des raisons d’emploi du temps. « On s’y fait, on travaille tous les jours de la semaine, se résigne-t-il. Qu’on bosse ou qu’on ne bosse pas, on ne va pas changer le résultat. » Aucune trace de queue non plus chez le boulanger d’en face. « C’est plus calme que d’habitude, commente Ahmed, le responsable. À ces heures-là, il y a énormément de monde. Ils attendent à la maison les résultats. » Une ambiance que le quinquagénaire a déjà vécu. « J’étais déjà là, à ce guichet, pour les élections de Hollande et de Sarkozy. Mon tour de service était déjà le dimanche ! », s’étonne-t-il.

 

« On vit ça aussi en direct »

Dans sa guitoune échouée à l’orée des quais, la guichetière de la SNCF chôme. Le nouveau président qui va être élu, Adèle, visage ridé, s’en fiche. « Les présidentielles ne changent rien. Depuis que je suis né, ça n’a pas changé ma vie. » Même écho de Corentin, 20 ans, sac sur les genoux, venu de Dunkerque : « Je m’en fiche totalement, que ce soit Macron ou Le Pen. Quand je les vois… »

Il est 20 heures. Perchés sur des vélos statiques qui permettent de recharger des batteries de portable dans la gare, un couple d’une vingtaine d’années mouline dans le vide.

 

« J’étais déjà là, à ce guichet, pour les élections 2007 et 2012. Je travaillais déjà le dimanche ! » – Ahmed, boulanger

Une bise froide s’engouffre dans le hall. Seul devant le tableau d’affichage des trains, Charles, sac vert entre les jambes, attend un ami qui viendra de Paris. Il était devant sa télévision à 20 h au premier tour le 23 avril. Et, ce soir, il tient fermement son portable à la main : « Mon appli d’actu m’envoie directement les résultats, on va savoir. On vit ça aussi en direct, ça ne change rien. » Un regard sur l’écran mais pas de notifications. « Je pense que ce sera Macron, de toute façon. » Vingt-et-un ans de plus que Charles, Emmanuel Macron sera bien le prochain président de la République.

A 20h05, les roulettes des valises et les pas rapides résonnent à nouveau sous la verrière de la gare Lille-Flandres. Une file s’est formée devant le guichet SNCF. Les voyageurs sollicitent à nouveau une agente, sortie de la salle de pause. Les cris d’éméchés interrompent les requêtes. Un rang d’oignon a poussé devant le tableau d’affichage. Le train vers Anvers va partir. La vie s’est remise sur les rails.

Jérôme Hereng

 
   

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