Après la course à l’Elysée, la course à l’Europe

VU DE L’ÉTRANGER. Entre le pro-européen Emmanuel Macron et l’europhobe Marine Le Pen, la politique européenne a été un net sujet de clivage. Le vainqueur du duel devra attendre les résultats électoraux d’autres pays de l’Union européenne (UE) avant de mettre en œuvre ses mesures pour le continent.

 

L’avenir de l’Europe se joue en France. Mais pas seulement. L’élection présidentielle s’inscrit dans une séquence électorale intense au niveau européen. Dans les prochains mois, les Britanniques, les Allemands et les Italiens éliront en effet leurs dirigeants. Leur tendance politique influencera à coup sûr le visage futur de l’Europe.

Perfide Albion ?

Premier scrutin susceptible d’influencer la trajectoire de l’UE : les élections générales du 8 juin en Grande-Bretagne. Elles auront lieu deux ans après celles de 2015 – une anomalie électorale, la durée normale d’une mandature étant de cinq ans outre-Manche. Le « Brexit » est passé par là. Le conservateur David Cameron, reconduit comme Premier ministre après les élections générales de 2015, a en effet cédé les clés du 10, Downing Street à sa ministre de l’Intérieur Theresa May après la victoire du « oui » au référendum du 23 juin 2016. Cette dernière, soucieuse de consolider sa légitimité électorale avant d’entamer les négociations de sortie de l’UE, a décidé le 18 avril d’organiser un scrutin anticipé.

 

Theresa May aborde les élections générales de juin en position de force.

 

Selon les sondages, qui créditent les conservateurs de vingt points d’avance sur leurs adversaires travaillistes, son pari a de bonnes chances d’être gagnant. Si Theresa May demeurait Première ministre, elle maintiendrait très probablement sa ligne actuelle : un « Brexit » sans concession, obtenu en exploitant le manque d’unité des 27 États membres de l’UE. Une désunion hautement hypothétique à ce stade, les 27 ayant fait montre d’une surprenante unité jusqu’ici. Quelle que soit leur attitude, la promesse d’un « hard Brexit » risque de compliquer la tâche du prochain chef de l’État français.

 

Le couple franco-allemand à l’épreuve en septembre

Les élections fédérales allemandes, prévues le 24 septembre, seront encore plus décisives pour le vainqueur de la présidentielle. Les deux favoris, la chrétienne-démocrate Angela Merkel et le social-démocrate Martin Schulz, sont certes tous deux pro-européens, mais la volonté de refondation de l’UE semble plus présente chez l’ancien président du Parlement européen. La chancelière est elle dotée d’une réputation de gestionnaire plutôt que de révolutionnaire.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, soutien de Martin Schulz, s’est d’ailleurs prononcé clairement en faveur du candidat d’En Marche ! « Imaginez-vous : Emmanuel Macron devient président en France et Martin Schulz chancelier : tout ce que nous pourrons changer dans cette Europe! », s’était écrié l’ancien président des sociaux-démocrates allemands le 19 mars.

 

La chancelière (à g.) devance légèrement Martin Schulz dans les sondages.

 

S’il préférerait sans doute travailler avec Martin Schulz, Emmanuel Macron ne voue pas pour autant Angela Merkel aux gémonies. Le 15 mars, après avoir été reçu par la chancelière, il louait même les « convergences » entre eux. Tout le contraire de Marine Le Pen, qui accuse Angela Merkel de mettre l’Europe en coupe réglée et d’ouvrir trop généreusement ses frontières aux réfugiés. Le seul parti susceptible d’obtenir les grâces de la députée européenne est Alternative für Deutschland (AfD). Classé à l’extrême droite, il gravitait autour des 15 % d’intentions de vote avant de chuter dans les sondages, suite à des luttes intestines. Un couple Front national-Afd, synonyme de retour à la souveraineté nationale, a donc peu de chances de voir le jour.

Refondation de l’Europe avec le tandem Macron-Schulz, collaboration franco-allemande avec le duo Macron-Merkel ou dégradation probable des relations bilatérales avec Marine Le Pen à l’Élysée : difficile de prévoir l’avenir du « moteur » franco-germanique.

 

Dans la Botte, PD ou M5S se talonnent

Le futur de l’Europe se dessinera enfin en Italie, au début de l’année 2018. Les sondages prédisent un match à deux entre le Parti démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi et le Movimento Cinque Stelle (M5S, extrême droite) de Beppe Grillo. Les enquêtes d’opinion les placent pour le moment au coude-à-coude.

 

Matteo Renzi a repris la tête du PD dimanche 30 avril.

 

La configuration est finalement assez proche de celle qui prévaut au second tour de la présidentielle française. Les Italiens auront le choix entre l’Italie ouverte au monde de l’ancien Premier ministre Matteo Renzi (qui envisage de s’allier avec le parti de Silvio Berlusconi, classé au centre droit) et le repli national prôné par Beppe Grillo. Dans la première hypothèse, les voyants seraient au vert pour un nouveau départ européen ; dans le second cas de figure, Marine Le Pen aurait un allié de choix dans son entreprise de démolition de l’UE.

Les deux finalistes de la présidentielle française sont conscients de la dépendance de leurs projets aux résultats électoraux européens. Début avril, Marine Le Pen avait d’ailleurs assuré qu’elle attendrait les élections allemande et italienne pour négocier la sortie de l’euro. De son côté, Emmanuel Macron a salué le retour de Matteo Renzi à la tête du Parti démocrate, le dimanche 30 avril, avec un tweet sans équivoque.

Un appel du pied auquel a naturellement répondu l’ancien Premier ministre.

Damien Gaudissart

 
   

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