Français de l’étranger : le vote à des milliers de kilomètres

VU D’AILLEURS. Plus de 1,2 millions de Français vivant à l’étranger sont inscrits sur les listes électorales. Certains d’entre eux ont déjà voté samedi. À la veille de l’issue finale, Au charbon a interrogé ces électeurs de l’autre bout du monde sur leur campagne présidentielle, vue de loin.

 

Comment est abordée la campagne présidentielle dans votre pays ?

 

Mélissa, au Cap depuis 2017 (Afrique du Sud) : Les médias sud-africains ne parlent pas du tout de la campagne. Ils sont beaucoup plus tournés vers le monde anglo-saxon pour tout ce qui concerne les affaires internationales ; et sur leur propre crise socio-politique, bien sûr. Les étrangers non français que je connais se passionnent un peu pour l’élection, mais ils ont un profil particulier, ce sont des étudiants de master, des thésards… Pas forcément très représentatifs de la population sud-africaine dans son ensemble !

Jérémie, à Shangaï depuis 4 ans (Chine) : Cette élection est extrêmement suivie en Chine : pas seulement par les Français, mais aussi par les Chinois. Les gens sont très actifs sur les réseaux sociaux, et surtout le réseau WeChat, qui est un mélange entre WhatsApp, Facebook et Skype. On crée des groupes de discussions, on invite des gens et on s’exprime pour donner son avis. Les Chinois parlent beaucoup de politique française et plébiscitent Emmanuel Macron. Evidemment, son esprit d’ouverture parle à leurs ambitions mercantiles et son élection serait bénéfique pour le business. Mais il y a aussi une blague qui circule ici, un parallèle qui est fait entre En marche ! et la Grande Marche : c’est une dimension liée à l’idéal communiste – bizarrement ! – à laquelle ils s’identifient bien.

Alexandre, à Jérusalem depuis 5 ans (Israël) : Dans les journaux israéliens, il y a toujours un article ou deux sur la présidentielle. Evidemment, avec l’accession de Marine Le Pen au second tour, tout le monde se sent un peu menacé. Benjamin Netanyahou a d’ailleurs affiché son soutien officiel à Emmanuel Macron. Lors de son discours pour le jour de la commémoration de la Shoah, il a accordé quelques longues minutes à l’élection et a appelé à faire barrage au Front national, en évoquant la fois où Marine Le Pen qui avait nié la responsabilité du gouvernement de Vichy dans le Vel d’Hiv’. À gauche comme à droite, les députés suivent tous cette ligne. Un seul député du Likoud [le parti du président au pouvoir] a affiché son soutien au FN : il a été attaqué de tous les côtés et le gouvernement a immédiatement réagi en condamnant sa prise de position.

Morgane, à Brasilia depuis 2 ans (Brésil) : Dans les médias brésiliens, on a surtout parlé des scandales de François Fillon et de l’ascension du FN. Quand j’en parle avec des brésiliens, c’est aussi ce qu’ils retiennent. On compare Marine Le Pen à Trump, ce genre de choses… Les gens ne sont pas passionnés par l’élection. Au final, c’est plutôt moi qui en parle aux gens, qui ai besoin d’évoquer le sujet, mais mes proches ne vont pas me questionner à ce sujet spontanément. C’est vrai que ça m’étonne un peu.

 

La communauté française se sent elle concernée par l’élection ?

 

Mélissa : Il y a une vraie communauté française au Cap. Pour les soirées électorales, on s’est retrouvés entre français. C’était une initiative spontanée, née de la volonté de se retrouver entre nous. C’était une occasion assez particulière, car j’ai côtoyé des gens de bords politiques très différents du mien, avec qui je n’aurais jamais regardé un débat si je vivais en France ! En même temps, c’est vrai que j’ai un peu le mal du pays et que j’avais besoin de partager ces moments avec des français et de recréer ma bulle parisienne ici.

Jérémie : Je fais partie d’un groupe de Français soudé depuis que je suis arrivé à Shangaï, il y a quatre ans. Cette année, j’ai trouvé les débats particulièrement virulents, pour ne pas dire nauséabonds. Les gens débattent et se lâchent sur leurs craintes, leurs espoirs et leurs aspirations politiques. Je suis particulièrement choqué par la montée du FN, en particulier chez les jeunes entrepreneurs en Chine, bien que ces derniers soient majoritairement des électeurs de Macron ou de Fillon, qui ont cumulé à eux deux près de 70% des voix à Shangaï. Je trouve que le climat sur les réseaux sociaux est malsain, plein de haine et d’assertions sans fondement.

Alexandre : Les Français qui habitent ici, de ce que je vois des partages et des débats sur les réseaux sociaux, sont très impliqués. Dans certaines villes, comme Netanya, où il y a une présence forte de français, on voit des affiches électorales placardées dans les rues. Bien sûr, on vote pour des positions sociales et économiques, mais aussi par intérêt personnel et communautaire. Avec la montée du FN, les français d’Israël se sentent d’autant plus obligés de se manifester et de voter. Le député de la 8e circonscription des français à l’étranger [dont Israël fait partie], Meyer Habib, est connu comme le défenseur d’Israël à l’Assemblée Nationale, et il joue aussi un grand rôle dans cette mobilisation.

Morgane : Je ne connais aucun Français à Brasilia. S’il y a une communauté française importante et impliquée dans ma ville, je n’en fais pas partie.

 

Vivez-vous cette élection différemment de l’étranger ?

 

Mélissa : Cette campagne, je la suis assidument, bien plus que la précédente. Je lis la presse, j’ai regardé tous les débats… En France, il a une vraie saturation de l’information, tu es agressé par la télévision, la radio, à chaque instant. Ici, je fais le choix de m’intéresser. Et les circonstances particulières de cette campagne, l’incertitude du résultat final, participent à cet engouement.

Jérémie : Ici, il y a un climat intense de discussion. Je suis en voyage d’affaires et j’ai insisté pour pouvoir rentrer voter à Shangaï. Au vu du choix des candidats de cette année, mon cercle d’amis reste quand même soucieux : beaucoup d’entre nous ont voté par défaut. Bien qu’on soit à 10 000 km et douze heures de vol de la France, on ressent bien ce climat délétère. Ce n’était pas les deux semaines les plus agréables de ma vie citoyenne. Le mépris qui existe en France, il m’a poursuivi jusqu’ici.

Alexandre : Le fait de déménager renforce un peu ton repli identitaire. Si tu es juif en France, tu te sentiras très juif, même sans avoir été élevé dans la religion. Je n’ai jamais fait shabbat ou prononcé la moindre prière, mais je me sentais très juif quand j’habitais à Paris. Ici, c’est le contraire : je me sens plus français que jamais. Je me sens fier d’avoir comme valeurs la Révolution et l’esprit des lumières. Alors je suis très impliqué, je me lève à 4 heures du matin pour regarder les débats. Les soirées électorales, c’est un vrai évènement familial, c’est comme la finale de la coupe du monde pour moi ! Enfin, je dis ça, je n’aime pas le foot…

Morgane : En 2012, j’ai voté pour la première fois. J’étais étudiante à Sciences Po, toute ma promotion était à fond dans la campagne. On en parlait tout le temps, on regardait les débats tous ensemble dans des cafés. J’avais plus accès à la télévision, et à l’information en général. Pourtant, je me sens plus investie cette année. Sans doute parce que je me sentais moins émue, moins portée par l’enthousiasme porté par l’ascension d’une gauche qui ne soit pas celle du PS, d’une « vrai gauche ». J’avais déjà voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour, mais l’enjeu n’était pas le même que pour le scrutin actuel. Dans certains pays d’Amérique du Sud comme le Brésil ou la Colombie, la France Insoumise a fait d’excellents scores. Alors, quand même, je suis contente.

 

Et si vous aviez un message à faire passer à votre futur chef de l’État, en tant que Français de l’étranger ?

 

Mélissa : Je vois des Français, surtout ceux qui vivent ici depuis longtemps, qui sont peu affectés par les résultats. Certaines personnes se démobilisent beaucoup et je pense que l’on devrait travailler à raviver leur intérêt pour la politique de leur pays, à les reconnecter avec ce qui se passe en France.

Jérémie : On a beaucoup de chances, en tant que citoyens, de pouvoir voter, de pouvoir s’exprimer de l’étranger et d’exercer notre devoir citoyen. À titre d’exemple, l’ambassade nous fait parvenir une newsletter politique régulièrement. Bien sûr, ce sont avant tout des communiqués, mais ils nous permettent d’avoir un meilleur ressenti, une plus grande proximité par rapport à ce qui est en train de se passer. Les deux bureaux de Shangaï sont très bien organisés, voter est facile et rapide, et c’est une grande chance qu’il faut défendre et protéger.

Alexandre : J’avais voté pour François Fillon au premier tour : c’était celui qui avait le programme économique le plus pragmatique pour relever la France. Emmanuel Macron… je reste sceptique. Certes, il a un parcours impressionnant, mais j’ai l’impression d’une politique laxiste, à peine dérivée de ce qu’il faisait en tant que ministre des finances et pas assez centrée sur la lutte contre l’islamisme radical.

Morgane : Qu’on prenne le vote blanc en compte, enfin !

Marième Soumaré

 
   

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