L’Assemblée générale de lutte lilloise : la politique en dehors des élections

EN CAMPAGNE. La politique peut-elle suivre d’autres voies que celles des élections et des partis traditionnels ? Farouchement opposés au capitalisme, les membres de l’Assemblée générale de lutte lilloise tentent de réinventer de nouvelles façons de s’organiser collectivement et de faire de la politique…

Que ce soit Macron ou Le Pen qui gagne, ils ont appelé à manifester « contre les résultats » ce dimanche.  Sans pour autant appeler au boycott des élections, l’Assemblée générale de lutte lilloise fait passer un mot d’ordre clair : il faut agir en dehors des urnes. « Voter, ce n’est pas un acte politique. Faire de la politique, ça implique de se mettre en jeu, personnellement. On ne peut pas compter sur les autres pour régler nos problèmes », affirme ainsi Camille*, qui gère la page Facebook de l’AG.

Pas question donc, de moraliser les citoyens par rapport à leur décision de voter ou non au second tour. «  Nous ne sommes pas une bande de puristes idéologiques », poursuit Camille. « J’ai vu tellement de réunions désertées à cause de militants qui parlent des heures pour ne rien dire, d’actions avortées parce qu’on n’arrivait pas à se mettre d’accord sur de grandes questions existentielles au cours de longs débats stériles »… Les membres de l’Assemblée générale se retrouvent sur une base idéologique commune : le rejet du capitalisme. Après, il s’agit avant tout de se retrouver pour agir, collectivement : organiser une manif, aller coller des affiches, venir en soutien à d’autres collectifs, organiser des diners vegans…

 

La politique « autrement », c’est encore possible ?

L’action plutôt que la parlotte, donc. Cela permet de rassembler des gens issus d’horizons variés. Née lors des mouvements contre la loi travail, l’Assemblée générale rassemble des antifas, des anars, des libertaires de tout poil, mais aussi des gens qui ne s’étaient jamais réellement impliqués dans la vie politique auparavant. Elle permet ainsi de coordonner tout ce que Lille concentre de gens prêt à en découdre pour la lutte, qu’elle soit politique, écologique ou solidaire. Ensemble, ils essaient d’inventer de nouvelles façons de faire de la politique. Une utopie, près d’un an après l’essoufflement de Nuit debout ?

« Ceux qui ont participé aux mouvements contre la loi Travail n’ont pas vécu le fait qu’elle soit passée comme un échec, au contraire. Ca a été un formidable moment de mobilisation, un moment de formation au militantisme pour plein de gens qui n’étaient pas du tout dedans. Et on voit à quel point cette expérience a influencé les élections, avec un vote Mélenchon à 30% à Lille et l’organisation décentralisée de la France insoumise qui s’inspire énormément de ce qui a été fait lors des mobilisations contre la loi Travail », rétorque Camille.

 

Le 7 mai… Et après ?

Le résultat des élections présidentielles peut-il lui aussi représenter un tremplin vers plus de mobilisations ? À Lille, au-delà de la manifestation qui doit avoir lieu cet après-midi, rien n’a encore été prévu pour l’après 7 mai. Pour Camille, les élections ne représentent pas un moment propice à la mobilisation : « les gens sont attentifs, mais attentistes. Ils sont focalisés sur les candidats, les résultats, au lieu de s’interroger sur ce qu’ils peuvent faire par eux-même ».

Pour les membres de l’AG lutte, il est encore trop tôt pour savoir quelles formes prendront les mobilisations contre le nouveau pouvoir en place. « Si Marine Le Pen passe, il va falloir s’organiser sur le long terme ». Camille redoute en effet avant tout un renforcement du pouvoir de la police dans ce qu’elle compte d’éléments les plus frontistes et identitaires si la candidate du Front national est élue. « Si c’est Macron, il va sans doute y avoir un moment de flottement pendant l’été, un grand « ouf ! ». Mais il y a de fortes chances pour que les politiques qu’il s’apprête à mettre en place provoquent de fort mouvements de contestation sociale. »

 

« L’action violente, cela n’intéresse pas grand monde à Lille »

Faut-il s’attendre à des mobilisations toujours plus radicales ? Le mouvement contre la loi Travail a vu l’émergence de nouvelles façons de manifester, avec la visibilité accrue des casseurs protégés par le « cortège de tête », ces manifestants qui sympathisent avec les black blocs sans pour autant se mêler à leur action. Camille tient à relativiser l’importance des casseurs, bien qu’il ne les condamne pas : « ce qui est important, c’est de faire cohabiter des pratiques contestataires différentes, pas de généraliser le cassage ou la violence. Le cassage n’est pas une fin en soi. De toute façon, à Lille, la casse, ça se limite essentiellement à quelques types qui font des tags. »

« L’action violente, cela n’intéresse pas grand monde à Lille », poursuit un autre membre de l’AG lutte. Parce qu’elle n’est « pas comprise » dans cette ville, contrairement à Paris où les blacks blocs recueillent plus de sympathisants ; mais aussi du fait des trajets des manifestations imposés par la Préfecture. Depuis la loi Travail, celle-ci limite en effet le perimètre des manifestations à Wazemmes et Moulins. « Dans ces quartiers populaires, la casse n’aurait pas de sens. Tous les symboles du capitalisme, comme les banques, en sont absents. », affirme ainsi un des membres de l’AG. Le boulevard de la Liberté, à la lisière du centre, représente une sorte de « frontière imaginaire infranchissable » : l’ancrage territorial joue donc un rôle majeur pour les manifestants.

 

Un graffeur lors d’une manifestation © Clément Bolano

Aucun trajet n’a été déposé en Préfecture pour la mobilisation de dimanche. Les manifestants craignent donc d’« avoir les flics sur le dos », mais ils comptent sur le soutien des habitants du quartier, plus fort que dans le centre de la ville. La « manif sauvage » permet de bousculer les codes des manifestations traditionnelles sans susciter le même rejet que l’action violente, tout comme les slogans virulents, le spectacle, la pyrotechnie, les masques…

Mais l’essentiel reste avant tout de créer de nouveau lien sociaux, d’encourager chacun à se réapproprier le champ de la politique : au-delà des manifestations, certains membres de l’AG lutte lilloise donnent des conférences en France et à l’étranger, entretiennent des relations avec des syndicats, émettent des livrets thématiques… « Ce qui nous intéresse, c’est de créer un nouveau rapport de force politique, pas physique ».

 

*Camille est, à l’origine, le nom sans sexe ni identité que se sont donnés certains Zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Il a depuis été repris par de nombreux manifestants, afin de préserver leur anonymat. L’ensemble des personnes interviewées pour cet article ont ainsi choisi de se présenter sous ce pseudonyme.

 

Gabrielle Trottmann et Stanislas Meltzheim

 

 
   

Copyright © 2017 | Red Mag designed by Themes4WP

Nous contacter

Pour toute question, contactez-nous par mail.

2017 HEBDO, LA NEWSLETTER DE L’ESJ LILLE

Votre adresse mail :

Télécharger notre application

“Ma Campagne” – réalisée en partenariat avec France Télévisions

Disponible sur Google Play

 Site réalisé par les étudiants de l’ESJ LILLE

« Au charbon » est le site dédié à l’élection présidentielle de 2017 de la 92ème promotion de l’ESJ Lille et de la 22ème promotion de la filière PHR.