Au Touquet, on vient chercher “un selfie avec le futur président”

EN CAMPAGNE. Le candidat d’En Marche a voté ce dimanche au Touquet. S’il gagne, la station balnéaire chic du Pas-de-Calais pourrait bien se transformer en quartiers d’été du président, car le couple Macron-Trogneux y possède une résidence secondaire. Sous la pluie, les badauds étaient là, les journalistes aussi.

« Dans le Pas-de-Calais, on a déjà deux miss France, une miss Univers, un prix de la meilleure vache laitière au Salon de l’Agriculture, et bientôt sans doute, un président ! » Au Touquet, la même blague circule de bouche en bouche. 9h30, la ville est quasi-déserte, la rue Saint-Jean silencieuse, seuls quelques joggeurs téméraires affrontent la pluie sur la digue. Autour de la mairie, les journalistes, français et étrangers, sont déjà là. En attendant la venue d’Emmanuel Macron, annoncée vers 10h30, on s’installe et on peste contre le mauvais temps, un crachin typique  de la Côte d’Opale, qui tient éveillé mieux que le café.

Escabeaux et K-ways pour les journalistes

Quelques caméras tournent déjà : « On est venus accueillir notre futur président ! » s’exclame une Touquettoise au micro de l’une d’elles. 10h. Reuters s’est taillé la part du lion, debout sur un muret, caméra pointée sur le parvis. Serrés  les uns contre les autres, affublés de K-ways, les journalistes commencent à monter sur leurs escabeaux. Le Monde et l’AFP en ont installé un à leurs noms, aux premières loges, pour marquer leur territoire.

 

Il faut dire que la bataille sera rude. Surtout que personne ne sait par où le candidat va arriver. « Il va tromper l’ennemi en passant par une porte dérobée », croit savoir une électrice. Zut, l’ennemi, c’est nous, les journalistes. Certains médias sont bien organisés. L’AFP a deux caméras : une pour filmer l’entrée latérale, où on espère que Macron va arriver, l’autre pointée sur l’entrée principale, d’où il va sortir après avoir voté.

 « Il y avait plus de monde pour Macron que pour la sortie de la messe ! »

Philippe, 53 ans, est justement venu pour ça : montrer à son fils Arthur, 10 ans, « ce qui se passe autour du vote : la police, les médias… » Il habite ici depuis 35 ans. Hier, Arthur a joué au tennis au club de la ville. Sur le terrain d’à côté, Emmanuel Macron s’entraînait. « Il joue bien ! », s’amuse le papa.

« On le voit régulièrement, il fait un peu partie de la vie d’ici. »

« On le voit régulièrement, il fait un peu partie de la vie d’ici. Hier, on a fait nos courses dans le même magasin que Brigitte [sa femme], la sécurité avait tout bloqué ! Et la semaine dernière, on a mangé dans une brasserie, La Choppe, il était là aussi, accompagné d’une vingtaine d’agents de sécurité. »

« Dès qu’il vient dans sa résidence secondaire, les flics bloquent toute la rue »

Philippe est « l’un des 193 Touquettois qui a voté Mélenchon au premier tour ». Un oiseau rare dans cette ville ancrée à droite, qui a voté pour François Fillon à plus de 50%, et où Emmanuel Macron est arrivé deuxième avec 30,39%. « J’ai hésité à voter blanc, mais face au Front National, l’enjeu est trop important. Ce qui est dramatique, c’est qu’on a l’impression qu’il est normal que le FN soit au second tour, contrairement à 2002 ».

L’heure fatidique approche. Les badauds affluent. « On va peut-être vivre un moment historique », souffle l’un d’eux. Louis, cheveux blancs et parapluie, est aussi venu assister au spectacle. Il a une place stratégique, de l’autre côté de la rue, en face du perron. « J’habite à Cucq, c’est à 5mn en voiture. Il vaut mieux voir Macron ici que de s’emmerder à aller à Paris ! », rigole-t-il. « Il y a toujours une de ces meutes derrière lui ! » Depuis qu’il est « monté en puissance » politiquement, « dès qu’il vient dans sa résidence secondaire, les flics bloquent toute la rue Saint-Jean ». « Le bar d’à-côté va bien tourner, avec tous les journalistes qui vont venir y boire un coup », croit-il savoir.

Une vague humaine face à Macron

10h50. Emmanuel Macron est en retard. Pour patienter, plusieurs Touquettois suivent BFMTV en direct sur leur téléphone. Un caméraman est posté devant la villa du couple. « Ca y est, il est parti de chez lui ! » s’excite un jeune homme, le smartphone constellé de gouttes de pluie. La foule s’impatiente, les journalistes trépignent.

« Il y a toujours une de ces meutes derrière lui ! »

Soudain, plusieurs voitures aux vitres teintées arrivent. Ceux qui ont parié sur l’entrée latérale se félicitent. Pour les autres, c’est la cohue. Jour de tempête sur la côte : une vague humaine, énorme, se soulève. Chacun y va de son selfie. Les plus chanceux pourront serrer la main du « peut-être futur président ». Les perchmen essayent tant bien que mal de n’éborgner personne. Marion, déguisée tout en rose, lunettes et boa assortis, fête son enterrement de vie de jeune fille avec ses copines. Son défi ? Donner des bonbons à Emmanuel Macron. Pari presque réussi pour la future mariée, qui s’en est sortie sans être trop bousculée.

« Brigitte, par ici, un petit coucou, un petit bisou! »

A peine quelques minutes, et Emmanuel et Brigitte Macron filent dans le bureau de vote. Déjà, la vague reflue, puissante, vers le parvis de la mairie. Les Touquettois sont venus en famille ; les plus rapides sont déjà debout sur les murets, le poing levé, le smartphone prêt. Il faut être prêt à dégainer pour, plus tard, épater les amis au dîner : « on va leur envoyer en direct une photo du futur président ! ».

Il faut être prêt à dégainer pour, plus tard, épater les amis au dîner : « on va leur envoyer en direct une photo du futur président ! ».

Un photographe téméraire monte sur le pare-choc d’un 4×4. Ca y est, le voilà. « Macron, Président ! » s‘époumone une bande d’enfants. « Brigitte, par ici, un petit coucou, un petit bisou » lance un photographe, haut perché sur son tabouret. Emmanuel Macron salue l’assemblée, en montant sur le marchepied de sa voiture. Même comme ça, il n’arrive pas à la hauteur d’un de ses gardes du corps, un colosse gigantesque à la coiffure afro très travaillée. C’est déjà la fin, la voiture repart, fondant lentement la foule qui se disperse déjà.

Il est presque midi, fin de la cohue. La vague retombe aussi vite qu’elle est venue. Une Touquettoise regarde tour à tour l’église, et la mairie. « Il y avait plus de monde pour Macron que pour la sortie de la messe ! »

 

Marie-Jeanne Delepaul

 

Crédit photos : M.-J. DELEPAUL

 
   

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