« S’il vous plaît, ne nous quittez pas » : l’élection vue d’Allemagne

VU D’AILLEURS. Les Allemands observent avec intérêt la joute électorale entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, cruciale pour l’avenir du couple franco-germanique. À quelques heures du dénouement, les médias allemands insistent lourdement sur les enjeux de l’élection.

 

 

Ni Macron, ni Le Pen… mais De Funès. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) a choisi l’acteur français pour illustrer sa « une » du samedi 6 mai. Le titre et le texte qui accompagnent sa photo prêtent beaucoup moins à rire que les films de l’intéressé. Le quotidien classé au centre droit (240 000 exemplaires au premier trimestre 2017) commence par un solennel « C’est votre choix », dans la langue de Molière, avant de s’interroger sur le devenir de la France. Dans la même veine, le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel souligne que l’enjeu de l’élection est le « projet de paix européen ». Le FAZ déplore aussi le manque d’« amour » de certains candidats pour l’Allemagne.

 

 

Même gravité dans le ton pour la « une » du Handelsblatt (droite, 88 800 exemplaires) des 5, 6 et 7 mai. Le quotidien économique parle d’une « élection du destin », et l’image est moins fantaisiste que celle du FAZ. « Macron sait qu’il est la dernière option démocratique et européenne pour les Français », poursuit le Handelsblatt. L’économiste Thomas Piketty, à qui le quotidien donne la parole, évoque des électeurs français « résignés ».

 

Merkel appréciée en France

Die Welt (centre droit, 92 000 exemplaires journaliers) déjoue les attentes en sondant non pas la popularité des finalistes, mais celle d’Angela Merkel auprès des Français. D’après une enquête d’opinion de la Fondation Bertelsmann, « 55 % des électeurs de gauche et […] 52 % des électeurs de droite » approuvent la politique de la chancelière. Des scores supérieurs au taux d’approbation européen d’Angela Merkel (49 % pour les électeurs de gauche et 43 % pour ceux de droite). « Les résultats contrastent fortement avec le ton utilisé en France pour parler de l’Allemagne ou d’Angela Merkel, parfois très virulent », relève Isabell Hoffmann, spécialiste de l’Europe à la Fondation Bertelsmann.

Die Welt relève également que 42 % des électeurs de gauche et un tiers des électeurs de droite envisagent l’avenir de la France avec sérénité.

 

Une missive suppliante dans le Zeit

L’hebdomadaire Die Zeit (centre gauche, 413 100 exemplaires quotidiens) opte pour le registre lyrique, en envoyant une « déclaration d’amour politique » en trois langues (allemand, anglais et français) à l’Hexagone. L’article, tourné sous forme de lettre, alterne entre suppliques (« S’il vous plaît, ne partez pas. Ne nous quittez pas. Nous avons besoin de vous ») et autoflagellation (« nous comprenons seulement maintenant que nous ne pouvons pas continuer sans vous »). Pour une plus grande diffusion, les versions francophone et anglophone sont libres d’accès, là où la germanophone est réservée aux abonnés.

 

 

Tout comme les autres acteurs du paysage médiatique d’outre-Rhin, l’hebdomadaire insiste sur l’importance du lien franco-allemand, gage de paix – « L’amitié franco-allemande n’est pas une question de goût. Pas même de sympathie. La paix entre nos deux pays est la preuve que la paix entre des ennemis jurés est somme toute possible – malgré tout ce qui s’est passé entre nous. »

 

Marine Le Pen, cette « joueuse de pipeau »

 

 

Et le plus grand quotidien européen, dans tout ça ? Du haut de ses 1,621 million d’exemplaires quotidiens, Bild relaie les propos de Sigmar Gabriel, qui qualifie Marine Le Pen de « joueuse de pipeau ». Le tabloïd double cette métaphore imagée d’un article plus « people » sur l’ascension éclair d’Emmanuel Macron, « encore inconnu il y a trois ans ».

 

Pour le SZ, même avec Macron, l’Europe n’est pas sauvée

 

 

Dernier titre allemand de premier plan, le Süddeutsche Zeitung (centre gauche, 305 000 exemplaires) lie l’élection française à ses enjeux européens. À contre-courant de l’enthousiasme allemand autour de l’européanisme macroniste, le quotidien rappelle à ses lecteurs que « si Macron a d’illustres idées pour le futur de l’Europe, il n’a pas encore présenté de plan concret ». Le Süddeutsche Zeitung ajoute que tant que les gouvernements ne seront pas formés des deux côtés du Rhin (les élections fédérales ont lieu en septembre en Allemagne), il sera difficile d’avancer sur le front européen.

La presse allemande est assez méfiante, après les multiples rebondissements de la campagne. Des surprises dont l’Allemagne n’a d’ailleurs pas été exempte. Dernier exemple en date : le ralliement du ministre des Finances Wolfgang Schäuble à Emmanuel Macron. Dans un premier temps, le chrétien-démocrate avait favorisé la proximité idéologique en soutenant François Fillon. Les démêlés judiciares du Sarthois, conspué outre-Rhin, l’ont finalement convaincu de se rallier au leader d’En Marche ! Tout comme le social-démocrate Sigmar Gabriel. Les deux partis de gouvernement qui s’effacent derrière un nouveau venu, ça ne vous rappelle rien ?

Damien Gaudissart

 
   

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